‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 40 sur 89 · PREMIERS MOIS PASSÉS A I,A CASERNE · texte numérisé non relu

PREMIERS MOIS PASSÉS A I,A CASERNE

(le mes effets, uu autre me montrait la manière d'astiquer mon ceinturon et la patelette de ma giberne, etc., etc.

J'allais à l'exercice deux fois l)ar jour, excepté le jeudi et le dimanche.

Convaincu que l'ignorance est l'ennemie de tout progrès, j'engageai mes camarades de chambrée à s'instruire et je leur donnai des leçons chaque soir.

Je massociai avec trois des plus intelligents pour avoir uu journal pour nous tenir au courant des affaires publiques; nous sous-louâmes chez un libraire le journal le Siècle : nous ne l'avions que deux jours après son arrivée à Metz ; mais que nous importait, cVtait suffisant pour nous tenir au courant de la politique générale. Deux ou trois mois plus tard, je changeai lo Sithlr contre la Réforme qui était plus avancée et qui se rapprochait davantage de mes opinions.

En même temps que moi, il y avait une trentaine (le recrues qui apprenaient a faire l'exercice. Jamais les sous-ofticiers et caporaux qui nous commandaient ne m'ont adressé un mot grossier ou même un reproche; il est vrai que j'étais attentif aux explications qu'on nous donnait. Mais j'avais quelques compagnons qui étaient d'une maladresse insigne, ils mettaient hors d'eux les instructeurs les plus patients.

J'extrais d'une lettre adressée a mes parents les passages suivants :

« J'ai du bonheur d'être tombé dans une bonne compagnie: le capitaine est eu côugè elle lieutenant

qui commande k sa place est un excellent liomme; les soldats l'aiment beaucoup, il les punit rarement et toujours avec justice : aussi ils se feraient tuer pour lui s'il le fallait.

« Dans ma chaînbre où nous logeons vingt- trois, il y a plusieurs hommes qui ont du bon sens, avec lesquels on peut raisonner. Je leur fais aussi deslec*tures à hauto voix, je m'assieds sur mon lit (les soldats n'ont pas de chaise). Ils m'entourent assis sur les couchelt(»s de mes voisins et m'écoulent avec intérêt. Tous sont étonnés du silence qui régne dans la chambre depuis que j'y suis.

(( Je leur parle de la morale, je cherche h leur faire comprendre tout ce que Tivrognerie a d'horrible et de dégradant. Je voudrais leur faire détester l'eaude-vie : c'est a l'abus de cette liqueur qu'on doit l'abrutissement et la démoralisation d'une partie de Tannée.

« Dans le monde, il y a des geiis qui croient qu'un congé peut faire du bien h un jeune homme, ceux-lh ne connaissent pas les mœurs de certains soldats. Un jeune homme qui arrive à la caserne avec des r sentiments honnêtes risque bien de les perdre au contact de ces êtres abrutis qui composent le quart de l'armée. Ils sont rossards, fainéants et gourmands à l'excès: pour un verre d'eau -de-vie on leur ferait massacrer n'importe qui.

« Pour bien connaître la vie de caserne, il faut l'avoir vue de prés, être soldat soi-même. Soyez sans inquiétude sur mon compte, je suis assw. \^\ sonnable pour ne pas me laisser \\\^wewQ»w • ^>

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