‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 43 sur 89 · MÉDECINE RASPAIL · texte numérisé non relu

MÉDECINE RASPAIL

Au commencement du printemps, il y eut une maladie qui sévit sur la plupart des soldats de mou bataillon et principalement sur les jeunes. C'était une espèce d'affection scorbutique; ceux qui en étaient atteints prenaient mal à la gorge d abord, puis dans l'intérieur de la bouche, aux gencives surtout, et à la tin, il leur venait de gros boulons purulents sur les lèvres. 11 n'y avait qu'une cruche par cliambre, personne n'avait de verre pour boire, on n'avait pas encore donné de gobelets aux troupes; chacun buvait à la cruche en s'introduisant le goulot dans la bouche, de sorte que le mal pouvait se communiquer. Quoi qu'il en soit, c'était répugnant de buire' après ceux qui éta'ent infectés de la maladie.

11 y avait bien quelques adroits qui buvaient a la régalade, mais loiis n'avaient pas cette facilité. J'essayai du procédé; les premières fois, je versai irojjïort, ou je versai a colè de \v\a \io\xçJci^ \ ^^w'^Xta^

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deux cas, je me mouillai, mais au bout de quelques jours d'apprentissage, je devins d'une force passable.

J'engageai mes camarades a faire usage de la cigarette de camphre, ils s'en trouvèrent bien et furent beaucoup plus vite guéris que ceux qui laissaient a la nature le soin de les débarrasser de la maladie.

Puisque je viens di» parler do la cigarelfe de camphre, je veux dire quelques mots de Taccueil qui fut fait a Lvon au Manuel de la santé de F.-V.

Raspail. Les hommes de mon âge doivent se rappeler que la population lyonnaise s'engoua au ^\\x% haut degré de la méthode hygiénique préconisée par l'illustre chimiste. Kn 1845, i)ondant quelque temps tout le monde, excepté les médecins, usait de la cigarette : hcmimes, femmes, enfants, jeunes et vieux, riches et pauvres. Dans les rues, la plupart dos hommes avaient la cigarette de camphre a In l>ouche, beaucoup de dames ne craignaient pas d'aller a la promenade une cigarette aux lèvres.

La vente des cigarettes devint un commerce très lucratif. On ne se contenta pas d'en faire en plumes, on en fit en os, en ivoire, en coco, etc. ; il y en avait pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

L'enthousiasme se soutint quelques mois seulement; après, il n'y eut que les partisans sérieux de la méthode qui continuèrent a faire usage de la cigarette de camphi'e.

Raspail était un vieux répubUcau\\ Vv^wV v:.vi v>^v venait do lui était accueilli avec wweivxN^wc ^è^nvolY'^'

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thique par les républicains de Lyon. Je devins un iidopte convaincu delà méthode. A partir de ce moniont je fis une double propagande, propagande politique et propagande pour la nouvelle médecine.

Quand on est jeune, on ne doute de rien. Je ne me bornai pas a traiter ma famille, mais je donnai des consultations a mes voisins; bi(»nt6t ma réputation s'étendit, on vint me cherclier d'assez loin pour \m mener voir d(»snialades. On surfaisait énormément mon savoir, on voulait me faire médecin quasi malj;Té moi. La masse des ouvriers était si ignorante nlorsîet, comme dit le proverbe : Dans le pays des aveur/leSy les borgnes y occupent les premières fonctions.

Ce qui contribuait h augmenter ma réputation, c'est que toutes les consultations que j'ai données ne m'ont jamais rapporté un centime. J'en étais pour mon temps perdu et ma peine. Quand je faisais de l'eau sédative ou de la pommade camphrée pour les malades, je leurs faisais payer simplement ce que coûtaient les ingrédients que j'achetais. Ce que je faisais, c'était par pur dévouement. J'avais l'espoir en leur rendant service d'en faire par la suite des partisans de la République.

Dans le courant du mois de novembre 18î5, il m'arriva la petite aventure qui suit : Un beau-frère de M""* Jeanne fut atteint d'une fièvre cérébrale extrêmement violente. Il fallait le surveiller pour l'empècher de faire quelque acte de folie. Un médecin fut appelé auprès du malade et, malgré la stricte ob- ^wvâtion (le ses prescriptions, \e \\a^av^N^>3\MV \]^^

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rétat du malade s*aggravât. On vint me chercher» on me dit de quelle maladie il s'agissait. J'emportai un litre d*eau séilalive, un pot de pommade camphrée et je passai une partie de la nuit à frictionner le malade et à lui mettre des compresses autour du cou et aux poignets. Il se calma peu a peu et finit par s'endormir entre 2 et 3 heures du matin.

J*enYovai coucher ceux qui le surveillaient et je passai le reste de la nuit a lire.

Le malade se réveilla le matin, il me parla ; le délire avait complètement disparu, il allait tout a fait bien..

Le médecin vint, il sentit Todeur du camphre et de Tammoniaque. 11 se fâcha.

— Qu'est-ce que c'est ? Qui est-ce qui a apporté ces drogues ?

— C'est moi, Monsieur.

— Qui est-ce qui vous a ordonné ça ?

— C'est Raspail, lui dis-je, en montrant le Manuel de la santé y etc.

— Vous mériteriez, me dit-il, d'être poursuivi pour exercice illégal de la médecine.

La sœur de Jeanne s'écria : « Le poursuivre, mais mon mari serait mort sans lui ! ».

Le médecin se calma et le malade fut sur pied le lendemain.

J'avoue que la menace du docteur jeta un froid considérable sur mon enthousiasme ; il ne m'était jamais venu à la pensée que je commettais un délit en guérissant les malades à mes dépens. Dans la suiîe» je devins plus prudent. Mon départ de Lyo^ mit fin à mes exploits médicaux..

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Au mois d'aoCit 184G, je fus atteint de la d^senterie. Cette vilaine maladie me mit dans un état déplorable, j'en faillis mourir. Pendant ce temps, la garnison de Metz perdait trois ou quatre hommes chaque jour enlevés par le même mal. Heureusement pour moi, j'avais déjà eu le temps de mr^ ftùre des amis dévoués qui firent tous lours efforts pour rendre ma position moins pénible.

Voici un passage d'une lettre que j'écrivis à ma famille après maguérison :

(( Je suis heureux d'avoir de bons camarades qui ont eu toutes sortes d'attentions pour moi. Ce sont de braves et dignes garçons que je ne confonds pas avec ceux dont je vous ai parlé dans mes lettres précédentes. Ils on t bien quelques petites pécadilles a se reprocher, mais depuis que je suis avec eux, ils ne pensent plus qu'à s'instruire. Je leur ai fait partagermes opinions politiques. Je suis fier de voir qu'ils m'ont compris. Pendant que j'étais malade, ils m'ont largement prouvé qu'ils savaient pratiquer la fraternité. Je me félicite de les connaître ; leurs cœurs étaient pleins de bons sentiments, ils voyaient bien que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, qu'il y a de nombreuses réformes à opérer; mais ils n'entrevoyaient pas par quels moyens on pourrait y arriver. Il était nécessaire que quelqu'un vint le leur expliquer et leur dire que les abus, les privilèges disparaîtront tôt ou tard, qu'un jour viendra où tous les membres de la grande famille humaine se considéreront comme des frères libres et égaux.

« 11 y eu a trois surtout dont je u*oublierai jamais le dévouement. Dès qu'ils pouvaient disposer d*un moment, ils le passaient autour de mou lit, c'était à qui pourrait m*obliger. Ils se sont privés de promenade pour me tenir compagnie. Un seul sortait pour faire mes commissions et aller chercher la lié forme. Oh ! les bons cœurs ! Quel dommage que l'armée ne soit pas composée entièrement d'iiommes ile cette trompe- la. »

Le désir de faire de la propagande républicaine fut cause que je me mis en rapport avec plusieurs iUivriers messins, entre autres avec un tisseur. Ce dernier m'invita ii aller chez lui. Il fabriquait de la l»eluche pour homme, et me dit qu'il y avait près de liuit cents métiers tant a la ville qu'a la campagne. L«^s fcibricants fournissaient les métiers aux ouvriers. Les peluches ordinaires étaient payées soixante-quinze centimes le mètre, c'était une des professions les plus prospères dans le pays. Les ouvriers avaient l'habitude de passer les fers de la main gauche au lieu de les passer de la main droite comme le font a Lyon les veloutiers et les faiseurs de peluche. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ainsi. Il m'a répondu :

— Je n'en sais rien, on m'a appris à faire comme ça.

La peluche qu'il fabriquait était belle.

Les métiers étaient organisés simplement à l'ancien système; au lieu d'avoir une petite mécanique qui permet de travailler avec une seule marche ow pédale, ils avaient encore sepl mavc\w.^.

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