FIN DE L*AMOUR DE MADEMOISELLE JEANNE
Jusqu'à cette époque j'avais correspondu avec M""^ Jeanne. Ses premières lettres étaient remplies de protestation d'amour, de promesses de fidélité sans bornes, etc. Dans l'avant-dernière, elle montrait de l'impatience, elle me pressait de revenir, ce qui était impossible. Enfin dans la dernière, datée du mois de septembre 1840, elle me dit qu'elle était demandée (Ml mariage, qu'un Ixm parti se présentait, et que si je ne nnenais pas vite, elle allait so marier.
Cette déclaration me surprit beaucoup; j'étais jeune, je croyais encore h l'amour sans fin, devant durer autant que la vie. Depuis j'ai réfléchi sur bien des choses, et j'ai remarqué que l'amour et l'amitié, ces deux sentiments qui tiennent une si grande place dans le cœur humain, ont généralement besoin pour rester vifs delà vue des personnes aimées. En amour et en amitié l'habitude joue un grand rôle.
Ayez un ami, voyez-le souvent, l'habitude de le voir deviendra un besoin, vous serez contrarié si le travail, les affaires ou autres exigences de la vie vous séparent pendant quelque temps. Mais que cett(i séparation se prolonge par une cause quelconque, ce sentiment s'émoussera ; vous l'aimerez toujoav::> sans doute, mais d'utie awVte \\\^w\ftve^ si
VOUS le revoyez deux ou trois ans plus tard, ou seulement quelques mois après votre séparation. Sa vue vous causera certainement du plaisir, mais ce plaisir ne sera pas aussi grand qu'il aurait été si vous Taviez revu peu de temps après son départ.
1/amour de Jeanne n'avait survécu que sept a huit mois à notre séparation.
Je lui écrivis pour lui dire que je n'étais pas libre, que je ne pouvais pas (»ncore aller l'épouser, et que j'étais bien contrarié de la résolution qu'elle voulait prendre. Enfin je la dégageai de toutes ses promesses et je terminai en souhaitant qu'elle fut heureuse.
Malgré son inconstance, je dois dire qu'au milieu des agitations de ma vie tourmentée, je me la suis toujours rappelée avec plaisir. C'est à elle que je dois tVavoir passé quelques jours heureux dans ma jeu liesse, jours trop courts en comparaison des longs jours que j'ai vécu dans les prisons d'État.