CHERTE DES SUBSISTANCES A METZ 14S
Extrait d'une lettre écrite à ma mère le 26 férrier 1847 :
« L'hiver est long et rigoureux, «lepuis trois mois il neige et il gèle constamment. Si la misère est aussi grande à Lyon qu'à Metz, il doit y avoir bien des malheureux autour de vous. Il faut remonter a 1817 pour trouver une année où les vivres aient été aussi chers que maintenant. Le pain augmente chaque quinzaine, il se vend soixante et un centimes et un quart le kilo. C'est un prix énorme pour un pays où il se vend ordinairement de deux sous et demi à trois sous le demi-kilo. 11 y a peu de légumes, ils sont inabordables pour les petites bourses. Nos pains, nos mauvaises boules de son*, se vendent quatorze sous ; il y a un an, elles ne se vendaient que six sous.
« Chaque fois que le prix du pain augmente, les autorités s'imaginent que la population va se soulever, les troupes sont consignées dans les casernes, chaque régiment fournit un piquet de cent hommes toujours prêts à marcher.
« Les pauvres Messins ne songent guère à se révolter, ils se plaignent pourtant des accapareurs. Dans tous les cas, l'occasion serait mal choisie ; les autorités ne sont pas cause que la récolte a été mauvaise et, par suite, que les grains sont chers.
On vend du pain, dit decharité, à trois sous la livre ; il est fait, dit-on, avec des farines avariées; il faut être inscrit au bureau des indigents pour en obtenir.
^ Depuis, le pain de munition a èlè Vieu ixmèVvot^»
14i MÉMOIRES ET SOUVENIRS
a On a ouvert des chantiers pour occuper les ouvriers sans travail ; on leur fait exécuter des travaux de terrassement, ils gagnent dix-huit sous par jour, etc. »
Autre extrait :
« 31 mars 1847.
« Ma chkre mère.
« La misère devient de plus en plus grande, le prix du pain augmente chaque quinzaine, et pas de peu de chose à la fois. Le 16 de ce mois, il a augmenté de huit centimes par kilo. Il se vend maintenant soixante-seize centimes et un quart lo kilo. Si cela continue, je ne sais jusqu'à quel prix le pain montera. Il serait bien à souhaiter que la prochaine récolte fût abondante pour mettre un terme h tant de misère. »
Pendant les mois d'hiver, j'allai h la théorie avec les élèves caporaux. C'était un vieux sergent corse qui était chargé de nous faire réciter nos leçons. Cet homme, d'une intelligence bornée, avait un caractère dur comme le granit des montagnes de son pays ; rien ne pouvait l'attendrir. L'adjudant-major connaissant Tesprit méchant de ce sergent l'avait désigné pour commander le peloton de punition.
Aussitôt qu'un élève omettait une syllabe ou en ajoutait une, ce vieux dur-h-cuire s'écriait : « S..^ n... de D..., je vous f... àei\uv\^. ^^ W ^'sX.'S^wv ^fc^àî^'^