CAMP DE COMPIÈQNË. — ARRIVÉE A STRASBOURG
Le 15 août 1847, le 2* bataillon de chasseurs d'Orléans quitta la ville de Metz, celte belle place forte que l'étranger n'avait pas encore souillée par sa présence, et dont les habitants étaient fiers d'ajouter h son nom Tépithète de Pucolle.
Les premières étapes furent fiitigantes parce que la chaleur était suffocante. Ce n*est pas agréable de voyager en troupe quand la route est desséchée ; les premières files soulèvent avec leurs pieds des nuages de poussière, de manière que ceux qui viennent à la suite en sont constamment enveloppés.
Dans les marches en dehors des villes, aussitôt que le commandant prononce les mots : Pas de roiUe^ un bourdonnement se fiût entendre sur toute la ligne; il est permis aux soldats de parler. Les loustics s*en donnent tout à leur aise; ils débitent pour la centième fois des historiettes, des anecdotes, des blagues au gros sel : cela fait rire, cela distrait, et la route se poursuit sans qu*on ait le leiw]^^ ôi^ ^^w^« V\^
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fatigue. Si le sileilce se fait dans les rangs, les chefs comprennent que leurs hommes sont fatigués et, dans ce cas, pour prévenir le découragement, ils excitent les boute-en-train à chanter pour relever le moral de leurs camarades.
Ce sont le plus souvent des paroles insignifiantes ou obscènes chantées sur Tair d'un pas redoublé ; tous les répètent en chœur : cela fait oublier les souffrances occasionnées par une marche quelquefois longue et fatigante; c'est :
J'aime l'oignon frit à l'huile I .
J'aime l'oignon quant il est bon ( Gauche, droite, gauche, droite. bis.
Puis ça recommence :
J'aime l'oignon frit à l'huile ..
La durée de ce chant est illimitée ; il est en outre à la portée de toutes les mémoires.
Ou bien :
C'est le curé du village, etc.
Ou encore :
Bonhomme, bonhomme, Tu n*cs pas maître dans ta maison, Quand nous y sommes.
Bonhomme, etc.
Le vojage s'effectua sans qu'il survînt un incident c^y^ne detre rapporté, et le douzième ^owt, wqvv^
ieO MÉMOIRES Et SOUVENIRS
arrivâmes à Mouchy , à environ huit kilomètres de Compiègne.
Les troupes étaient divisées en deux parties à peu près égales : Tune était campée à Compiègne, et l'autre à Mouchy; les manœuvres se faisaient dans les terrains compris centre les deux campements.
Pendant toute la durée du camp, je fus chargé de Tordinaire de la compagnie ; la tâche était simple ; Tintendance avait fait des marchés avec des entrepreneurs qui fcmrnissaient aux troupes h\ viande et le pain de soupe. Les caporaux, habitués, d'après ce que l'on disait, à recevoir des remises d(*s l)ouchers, des boulangers et mèuu> des marchands ih légumc^s, étaient très mécontents de n'avoir plus de i)rofî(s li prélever sur la nourriture des soldats ; ils se plaignaient chaque jour de la qualité de la viande, etc. ; ils engagèrent les hommes à se plaindre aussi, leur disant qu'on les volait. Il 3" eut presque une sédition.
Le duc de Nemours, qui commandait le camp, en fut averti ; il donna des ordres pour que les vivres fussent de bonne qualité, et tout rtîntra dans Tordre.
Avant de lever le camp, le roi Louis-Philippe vint assister à la revue d'honneur ; il était à cheval, mais il me parut vieux et affaissé*.
Le défilé se fit devant le roi qui avait à ses cotés ses fils et des généraux ; derrière lui, dans des voitures, se trouvaient la reine, la princesse Adélaïde, les princes et princesses, etc.
* Louis*Philippe était ué le 6 octobre 11%, v\ vîwX v'^v ^çkv»sft»^««^• prés de soixante-quatorze ans.