ON M-OFFRE LA CANDIDATURE
traire, Tordre réel ; ils ne veulent pas seulement Tordre dans la rue, Tordre matériel, mais ils désirent surtout Tordre moral. Avant de porter Tuniforme, je désirais ce qu'ils demandent aujourd'hui; quand je serai rentré dans mes foyers, je me joindrai à eux pour réclamer les réformes que je crois utiles jusqu'à ce que nous ayons obtenu satisfaction.
— De quel pays êtes-vous ?
— Je suis de Lyon» du moins j'y ai été élevé.
— De Lyon, cela ne m'étonne pas, vous êtes un homme impossible. Les Parisiens et les Lyonnais sont (les individus ingouvernables.
Le commandant se fâcha, il fît une charge à fond sur les républicains. Je ne pouvais lui répondre sur le même ton, c'était mon supérieur et Tégalité devant la loi militaire n'existe pas pour des individus ayant des grades différents .
Le jour suivant, le général me punit de quinze jours de prison pour avoir dépassé les limites de la garnison sans autorisation. La punition était forte; je n'avais manqué à aucun service et j'étais rentré avant Theure a laquelle les sous-officiers étaient tenus de rentrer.
La prison du bataillon était située au rez-dechaussée de la maison où étaient les ateliers de la section hors rang et h une certaine distancp de la caserne. C'était un local assez grand pour contenir une douzaine de prisonniers. En face de la porte se trouvait un vieux lit de camp usé et tailladé dans beaucoup d'endroits; des détenus ne sachant comment se di:< traire s'étaient amuses a le dècovx^ev avec leurs
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couteaux ; d'autres avaient écrit leurs noms sur les murs. Dans un des coins opposés, il y avait un baquet infect: c'était tout ce qui composait Tameublement du logis; les murs étaient sales, gras, humides et puants, on y sentait une acre odeur renfermée de tabac qui prenait a la gorge.
Avant d entrer en prison, j'avais prié un de mes collègues d'aller prévenir de ce qui m'arrivait quelques amis dont je lui donnai les adresses. Le soir le Démocrate du Bas-Rhin annonça mon incarcération, toute la ville le sut très rapidement. Le lendemain, des dames républicaines m'apportèrent un énorme bouquet et un superbe rosier en Heurs, le tout accompagné d'un billet qui finissait par ces mots :
« Nous espérons fermement que le suffrage universel vous ouvrira les portes de la prison. Courage », etc.
Dans la journée des enfants vinrent devant la porte et à coté de la sentinelle crier : Vive Commissaire! Vive la République !
L'autorité militaire s'imaginant que je n'étais pas assez bien gardé par les c\\a^^^\xv^ ô^vt \w^^ X^^'îsîSsss^
pensa qu'on pourrait m'enlever d'un moment a l'autre et décida mon transfèrement h la prison de la citadelle. Je dois dire, a la vérité, qu'on y mît des formes; au lieu de me faire conduire par la garde, on me fit accompagner par le sergent-major de ma compagnie; tous mes collègues m'accompagnèrent jusqu'il ma nouvelle prison, à l'exception du maître d'armes qui craignit dej^erdre son emploi.
Un de mes amis alla raconter ce qui venait de se passer aux rédacteurs du journal le Démocrate du Bas-Rhin. Ces messieurs firent paraître un article excessivement bienveillant pour moi, dans lequel on parlait de la preuve de sympathie que m'avaient donnée mes collègues en m'accompagnant de la prison de la caserne à celle de la citadelle qui était à l'autre extrémité de la ville.
Les officiers, qui n'étaient pour rien dans cette aff'aire, rédigèrent néanmoins, à l'instigation du général, une protestation pour démentir le fait de mon accompagnement; ils la signèrent et la firent signer aux sous-officiers.
Un seul eut le courage de refuser, c'était celui qui avait fourni les renseignements au journal. Son refus lui valut d'être envoyé par punition aux isolés en Afrique. Quant aux autres, la crainte de s'attirer la haine de leurs chefs, crainte qui ne fut que trop justifiée par ce qui arriva à mon ami Poulain, fit qu'ils eurent la faiblesse de mentir, de nier un fait connu de tout le bataillon.
A la suite de ces incidents, il y eut une grande agïlùiion parmi les républicavw^ ^lta^\^owvç<^ovs;les
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têtes s'échauffèrent, les clubs décidèrent qu'une commission composée d'officiers de la garde nationale ferait une démarche auprès du général pour tenter d'obtenir ma mise en liberté. Parmi les membres de la commission se trouvaient M. Beyer, peintre de talent et capitaine de la garde nationale, puis M. Enery, professeur, tous doux candidats à la députation.
On fit de nombreuses demandes d'autorisation pour me visiter; elles furent toutes refusées. Par suite de ces refus, les journaux annoncèrent que j'étais au secret le plus rigoureux. Le public fît toutes sortes de conjectures et, l'imagination populaire aidant, le bruit courut que j'étais dans une oubliette ou au moins dans un cul de basse -fosse.
Pendant ce temps -la je ne m'amusais pas certainement,maisj'élais loin d'être aussi mal qu'onle croyait, La chambre que j'occupais était spacieuse, bien aérée, et j'avais un peu de paille sur le lit de camp.
Cette chambre, me dit-on, avait servi de prison au colonel Parquin, un des complices de Iiouis Bonaparte dans l'échauflFourée de Strasbourg.
La nourriture n'était ni saiiie ni abondante : elle se composait de pain de munition et d'une soupe* maigre chaque jour; l'ordinaire n'était pas varié. La femme du concierge, en ni'apportant la première fois l'écuelle pleine de soupe qui m'était destinée, s'excusa de ne pouvoir m'apporter autre chose.
— Croiriez-vous, me dit-elle, qu'on ne me donne que trois sous par jour pour la novvvtvtoc^ ^^ ^^^ss^^ prisonnier. Que vou\ez-\o\x^ ^v\^ \^ ^^^^^^ ^!î^^^^
quinze centimes ? Je fais de la soupe, ces pauvres garçons ont au moins quelque chose de chaud à manger.
— Quinze centimes, c'est peu, lui dis-je; je comprends qu'on n'est pas en prison pour y avoir toutes ses aises et y faire des repas plantureux, mais l'alimentation devrait être suffisante pour que la santé des incarcérés ne s'altérât pas, ou autrement on no se borne pas à priver les individus de leur liberté, on les condamne a mourrir lentement de faim.
— Vous avez bien raison. Monsieur, mais nous ne sommes pas les maîtres.
Dans le 37*^ de ligne, caserne alors dans la citadelle, il y avait un adjudant très républicain ; ce brave homme fit ce qu'il put pour adoucir ma c.aptivité. Le concierge avait trois charmantes demoiselles; l'adjudant faisait la cour à l'aînée qu'il devait épouser. En attendant, il rendait quelques petits services à son futur beau-père; il lui faisait ses écritures et lui lisait le journal. Il sollicita et obtint pour moi l'autorisation de descendre chez le concierge où je pouvais prendre quelques suppléments de nourriture et y passer une partie de la journée. Le logement du cr)ncierge était au rez-de-chaussée; l'entrée était au bas de l'escalier qui conduisait à ma chambre; il était convenu que la porte de ma prison resterait ouverte pendant que je serais en bas, et, dans le cas où un chef viendrait visiter la maison pour un motif quelconque, je devais monter rapidement l'escalier et rentrer dans îna chambre. Ma position fut bien améliorée p:\v suvl^ Ae c^^ ^vv^xw^^xsxfewv^. ^^
lisais les jouruaux« je faisais les écritures du con«cierçe à la place de Tadjudant ; ce dernier venait me tenir compagnie le plus qu'il pouvait. Au bout de quarante- huit heures, j*étais regardé comme un ami par toute la famille.
La délégation nommée par les clubs se rendit auprès du général, exposa la situation,, parla de reffervescence d'une partie de la population et pria le général d'ordonner ma mise en liberté pour calmer les républicains, sans quoi ces messieurs ne répondaient pas de la tranquilité publique. En outre, ils demandèrent à me voir, afin de rendre compte à ceux qui les avaient délégués de la manière dont j'étais traité.
Le général accorda l'autorisation de me voir pour le lendemain, mais il ne voulut pas promettre ma mise en liberté : il dit qu'il verrait, qu'il réfléchi rait, etc.
Le matin du jour où je devais être visité par la commission, le général chargea le colonel du 37* de ligne de s'assurer par lui-même de la situation qui m'était faite. Il vint le matin à l'heure du rapport, je me trouvais chez le concierge ; pendant qu'on alla lui ouvrir, je remontai vite pour entrer dans ma chambre, mais je trouvai la jmrle fermée, à mon grand désappointement. Le geôlier porte-clefs qui faisait le service intérieur, l'avant trouvée ouverte, l'avait fermée, sans s*inquiéter si j'étais dedans ou dehors.
Le colonel demanda où j'étais. La dame du concierge s'empressa de dire :
— Je vais Je chercher, mou co\o\i^*
— Non, je veux voir où il loge.
J'entendais ce qui se disait au bas deTescalier; j'aurais bien voulu être dans ma chambre avec la porte fermée ot verrouillée sur moi. C'est la seule fois de ma vie que j'aie désiré être en prison. Je craignais que ma présence sur le palier n'attirât des désagréments a ce l)on et brave concierge.
Le colonel monta.
— C'est vous qui êtes le sergent Commissaire?
— Oui, mon colonel.
— Comment se fait-il que vous soyez la ?
J'allai répondre, mais la femme du concierge me
tira d'embarras.
— Mon colonel, nous l'avons fait descendre en bas un moment; il a l'air si doux, nous avons pensé qu'il n'y avait pas de danger, mais c'est la première fois, mon colonel, je vous jure que c'est la première fois.
— C'est bon, fît le colonel.
Puis, s'adressant à moi :
— Il me semble que vous n'êtes pas tenu à un secret aussi rigoureux qu'on veut le dire. — Ouvrez, Madame.
La concierge appela le porte -clefs et fît ouvrir.
— C'est la que vous logez ?
— Oui, mon colonel.
— Vous n'avez pas de couchette ?
— Non, mon colonel, cinq livres de paille composent toute ma literie.
— C'est aujourd'hui que nous votons. Voulezvous voter ?
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— Certainement, j'y tiens beaucoup.
— Eh bien, vous êtes raisonnable, vous ne voulez pas tenter de vous évader ? Je vous ferai accompa « gner par un de mes sergents- majors.
— Pourquoi m'évaderais-je ? Je n'ai aucun intérêt* h le faire.
A 10 heures, un sergent-major qui avait le bras orné île trois chevrons vint me chercher et nous allâmes au quartier Finckmatt où la garnison ^votait.
Après avoir exercé mon droit de citoyen, je revins en compagnie de mon surveillant me faire emprisonner de nouveau.
Entre 4 et 5 heures du soir, je reçus la visite de la commission qui [wait fait des démarches pour obtenir ma mise en liberté. Les citoyens qui la composaient m apprirent qu'ils étaient délégués par la garde nationale et par les clubs ; ils me mirent au courant de ce qui avait été fait et me parlèrent de l'attitude de la population. J'en fus très touché, mais je priai ces messieurs de recommander le calme à nos amis, leur disant que je serais désolé, s'il survenait quelque chose de fâcheux à cause de moi.
Quand la nuit vint, je me promenai quelques instants dans Tobscurité, allant et venant d'un mur à Tautre dans ma chambre ; puis je m'étendis sur la paille. Je pensai à la République, aux élections, à ce que l'on ferait de moi si je n'étais pas nommé. Que pourrait- on me faire, me disais -je? M'envoyer finir mon congé en Afrique ? C'est la moindre des choses. Je passerai par Lyon, j'aurai le bonheur de revoir ma famille que je n'ai pas \v\e Àe^\\\^ Vv^x^^xx^*^^^"^^^^^^
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je vais trouver changés mon frère Hippolyte et ma petite sœur Marguerite. Ils doivent être grands a présent. Avec quel plaisir je vais embrasser ma mère et ma sœur Annctte : elles sont si bonnes pour moi !
Je finis par m'endormir. Sur un matelas ou sur la paille, pc^u importe, quand on est jeune on dort partout.
Une porte qu'on ferma bruyamment me réveilla ; je changeai de position, le lit n'était pas tendre. Je fermai les yeux pour me rendormir, lorsqu'un bruit se produisit non loin de moi et une voix de femme m'appela par mon nom. Je me levai brusquement comme si j'avais été mû par un ressort. Je ne savais d'où pouvait venir cette voix, je ne pensais pas au petit guichet ou vasistas placé au milieu de la porte, les geôliers s'en servent pour surveiller les prisonniers.
— Qui est-ce qui m'appelle ? dis-je,
— C'est moi, Monsieur Commissaire.
Je reconnus la voix, c'était celle d'une des demoiselles du concierge.
— Je vous ai dérangé, vous dormiez peut-être?
— Non, Mademoiselle, j'étais éveillé, lorsque vous m'avez appelé, d'ailleurs je ne me plaindrai jamais d'être dérangé par vous. ^
— Mon père vient de recevoir du général une lettre qui vous concerne, je ne sais a quel propos, mais je viens vous prévenir afin que vous ne dormiez pas. Quand mon père sortira, je tacherai de lire la lettre otje reviendrai vous d'wo ce ^vVeW^ v^v\tiviue.
Je remerciai cette aimable demoiselle qui avait la bon té de s*intéresser à moi.
Pour me tenir éveillé je me promenai. Mon cerveau travaillait, je fis toutes sortes de conjectures, et à la fin je pris le parti de ne plus y penser,
Lii demoiselle revint, ouvrit le petit guichet et m'appela :
— Eh bien, Mademoiselle, avez- vous lu cette fameuse lettre ?
— Oui, Monsieur, vous allez nous quitter.
— Tant mieux !
— Tant mieux, répéta -t-elle, vous n'êtes pas «gentil ce soir. Monsieur Commissaire.
— Pardon, Mademoiselle, c'est la prison que je quitterai avec plaisir, mais je n'oublierai jamais les attentions et les bontés que vous et votre famille avez eues pour moi. Si je reste à Strasbourg, je viendrai vous voir, si vous le permettez.
— Venez souvent. Monsieur, mon père aime à causer avec vous et mes sœurs et moi nous aimons à vous entendre. Bonne nuit.
— Merci, Mademoiselle, et bonne nuit.
« Je vais donc sortir de prison demain, me disaisje, je reverrai mes amis avec bien du plaisir. »
Je m*étendis de nouveau sur la paille, mais je restai les yeux fermés sans dormir,
La demoiselle vint m appeler encore une fois, je me dirigeai vers la porte.
— Y a-t-il quelque chose de nouveau. Mademoiselle?
— Je viens vous dire que je \a u\îv\^ ^xv^\vi \.w^^^s>-
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lettre; j'étais si contente que je m'étais empressée de vous annoncer votre mise en liberté pour demain, mais il y a une condition que je n'avais pas lue. M. l'adjudant X vient d'arriver, il a lu la lettre et dit qu'il n'est pas sûr encore que vous sortiez de prison. Le général donne l'ordre de vous mettre eu liberté demain matin, si, d'ici lîi, il n'est pas venu de contre-ordre.
Je remerciai la demoiselle de ces nouveaux détails, puis elle referma le guichet.
Il était 10 lieures, le clairon de garde sonna Textinction des feux ; que faire dans l'obscurité? j'allai me recoucher.
Dans la nuit j'entendis du bruit; je me levai, je regardai à travers les barreaux de la fenêtre : je vis des soldats rangés en bataille, on faisait Tappel ; un moment après on fit former les faisceaux et les hommes remontèrent dans leurs chambres.
Ces pauvres soldats ont été déranges bien inutilement, la ville fut très calme.
Le. lendemain matin, le concierge, n'ayant pas reçu de contre-ordre, m'ouvrit les portes de la prison. C'était le 13 mai 184Î), le jour des élections.
M. Eugène Beyer fut une des premières personnes de mes connaissances que je rencontrai; il était coiffé d'un chapeau de feutre à larges bords, il portait de grandes bottes qui montaient jusqu'aux genoux, il était en outre enveloppé d'un grand manteau dont un des coins était jeté par-dessus l'épaule; il était bel homme ci j)ortait nvli5sleiue\\\. e^ ç.o^\xx\x\^ \yw ijeu
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excentrique. Dès qu'il me vit, il s'écria : Salut au prisonnier de ta République!
Je lui serrai la main et lui demandai où* il allait dans ce Costume. • .:
— Je vais à Offenbourg ; il y a aujourd'hui une grande réunion de patriotes badois; si les. choses se passent ainsi que je Tespère, nous chasserons le grand- duc et nous proclamerons la République aujourd'hui.
Je lui souhaitai bonne chance. En effet, les Badois chassèrent dans la journée leur grand-duc qui vint avec toute sa suite chercher l'hospitalité dans la petite ville de Ilaguenau.
Après l'avènement de la République en 1848, un souffle révolutionnaire passa sur les étrangers résidant en France. Des expéditions s'organisèrent de tous côtés. Les Belges partirent avec l'espoir de renverser le roi Léopold, mais dénoncés par les émissaires du gouvernement de Bruxelles, ils se laissèrent surprendre et battre par les troupes royales à Risquons-tout.
A Lvon, les Savoisiens voulurent révolutionner leur pays ; ils s'emparèrent de Ghambéry par surprise ; peu après les troupes piémonlaises les chassèrent et firent un certain nombre de prisonniers.
Les Allemands des bords du Rhin s'armèrent aussi pour chasser les tyrans de leur pays. Le grand-duc de Bade avait des espions qui le renseignaient sur tous les mouvements du cov)^^ ^^>^^^^^\wv\^.^
Quand les volontaires traversèrent le Rhin, les troupes badoises les attendaient de pied ferme; une grande partie de la colonne fut écrasée avant qu'elle pût se ranger en bataille et le reste fut contraint de chercher son salut dans la fuite. Ce n'est qu*à la suite de la journée du 13 mai 1849 que le gouvernement grand-ducal fut renversé et remplacé par la République, laquelle fut détruite à son tour par les troupes prussiennes après la prise de Rastadt.
A l'exemple des autres étrangers,les Polonais voulurent aussi faire une tentative pour délivrer leur malheureuse patrie; une expédition s*organisa, ils passèrent par Strasbourg où la préfecture leur délivra des passeports. Quelques Français faisaient partie de Texpédition, seulement leurs noms èiaiienl polonisés^ on y ajoutait tout simplement la syllabe ski. Je fis la connaissance d'un volontaire lyonnais du fau« bourg de Yaise; il se nommait Colin, mais sur son passeport il portait le nom de Colwski. Il leur fallait traverser TAliemagne pour arriver en Pologne. Signalés a tous les gouvernements de la Confédération germanique, ils n'atteignirent pas le but de leur voyage; ils furent emprisonnés et obligés de renoncer à leur projet.
En arrivant h la caserne^ j'écrivis une lettre à ma famille pour la rassurer sur mon compte. En voici un extrait :
« Strasbourg, lo 13 mai 1840.
a Je ne suis plus k la prison de la citadelle grâce aux démarches que les habitants dç Strasbourg ont faites auprès du général.
« Les Strasbourgeoîs ont été si bons et m'ont donné tant de preuves de sympathie que j'en suis fier; je m'efforcerai de me rendre digne de l'estime de tous ces braves gen.s.
« Mais tout n'est pas fini pour moi, l'avenir est gros d'orage ; quoi qu'il m'arrive, je suis résigné à tout souffrir pour la République.
« Adieu », etc.
Le général, cédant à la pression de l'opinion publique, avait ordonné ma mise en liberté, mais le jour suivant, il envoya un ordre au commandant du dépôt du 2° bataillon do chasseurs à pied qui devait le faire lire à l'appel de 11 heures. Cet ordre était conçu dans un style laconique :