PROCLAMATION DES ONZE REPRÉSENTANTS MONTAGNARDS DU RHÔNE
Dès 3 heures la place des Tonneaux se remplissait cTune foule sUcncieuse et pacifique, avide de saluer de ses acclamations les noms de ses élus; un bataillon était dans la matinée venu i*enforcer le poste de THùtel de ville, mais la vue do nos soldats n*a plus, pour la démocratie, rien que de sympathique et de rassurant ; on prétendait que des barils de poudre et des munitions de guerre avaient été intiH)duits dans le palais municipal, mais periU)nne ne s*en inquiétait, et ces mesui*es d*intimidation n'excitaient, même chez, ceux qui y ajoutaient foi, que le sourire de la pitié et du mépris.
Vei*s 8 heures, le travail du dépouillement étant achevé, les scrutateur s'avancèrent sur le grand balcon, un roulement de taml)Our se fit entendre, auquel succéda le plus reh'gieux silence, et \c» noms des onze candicats démocratiques furent pi*oclamés dans loinh^e de majorité que les* suffrages leur ont donné.
Chanay 72639 suffrages
Doutre 71334 —
Pelletier • 71 139 —
Benoît. 70 968 —
MoreUet 70934 —
Mathieu (de la Drôme). .... 70 659 —
Greppo. • ^ 7023Î —
Fond. . • "iQ^Va —
Faure 70 107 suffrages.
Commissaire 69920 —
Raspail (Benjamin) 69308 —
Chacun de ces noms était accueilli par des applaudissements enthousiastes; celui de Raspail fut accompagné d*un cri unanime parti de tous les cœurs : L*amnistie! Tamnistie! Puisse Técho en retentir jusqu'à Doullens et adoucir la rigueur des quelques jours d*une captivité que notre tiiomphe va faii*e enfin cesser.
Mais la scène la plus touchante nous était réservée pour la p!*ocIamatiou de Commissaire» le sergent; ce fut alors comme un éclat de tonnerre : Vive la ligne ! vive Tarmée républicaine, ci*iaient les citoyens pressés sur la vaste place ; Vive la République ! vive nos frères de Lyon ! répondaient les soldats groupés sur les marches du perron, et Témotion gagnait tous les cœurs, et des larmes étaient dans bien des yeux, et des mains inconnues se serraient, et la blouse et la tunique s'embrassaient comme pour imaginer le règne de la fraternité qui nous attend.
Puis comme à un signal donné, et par un de ces merveilleux mouvement d*instinct populaire, la foule s*écouIa paisible comme elle était venue, satisfaite sans ostentation d^avoir, dans sa manifestation, usé de son droit et accompli un devoir, et triomphant par sa retraite sans désordre et sans clameurs, aussi dignement des provocateurs, qu*elle les avait fièrement défiés par sa présence.
Le 23 mai 1849 fut le jour fixé pour le départ des nouveaux députés du Bas-Rhin.
Dès le matin les maisons étaient pavoisées, des drapeaux et des banderoles tricolores flottaient à toutes les fenêtres.
Il était venu une grande quantité d*hommes de la campagne pour prendre part à la manifestation. On peut évaluer ou moins a cvue^xxaivXft mi2\^ V^ XL^xsNhra
des personnes qui voulurent nous accompagner en dehors des portes de la ville a une distance de qua tre ou cinq kilomètres.
Les citoyens se placèrent par rangs de huit k dix de front; les gardes nationaux en uniforme sans armes prirent la tête de la colonne ; après eux venait la musique qui jouait des airs patriotiques; derrière elle marchait les représentants , puis venait la masse de ceux qui s*èlaient joints à la manifestation ; ceuxci chantèrent la Marseillaise^ le Chant du départ et le Chant des Girondins.
Cet immense cortège traversa la ville en passant par les rues les plus larges. Sur tout son parcours les dames étaient aux fenêtres : les unes agitaient leurs mouchoirs, d'autres jetaient des bouquets et des billets contenant des devises écrites à la main. On m'en remit plusieurs ainsi qu'à mes collègues. En voici quelques-unes que je me rapelle :
T rat aillez pour le bien du peuple!
N'oubliez pas ceux qui vous ont nommés!
Affermissez la République.
Le peuple compte sur ses représentants, etc.
A quatre ou cinq kilomètres en dehors de la ville, la diligence qui faisait le trajet de Strasbourg à Paris nous attendait, des drapeaux flottaient aux quatre coins de Timpériale.
Nous limes nos adieux a ceux de nos amis qui restaient et nous partîmes. Les membres du comité et quelques autres citoyens avaient des voitures à eux dans lesquelles ils nous conduisirent ^usc^'ë. Saverne où une collation avail ^V^ y^^^\^^%
Le sous*préfet et les principaux républicains de la ville vinrent s'entretenir avec nous quelques instants.
Nous nous séparâmes. Nos amis reprirent la route (le Strasbourg et nous, nous montâmes cette fois dans la diligence de Lafîtte et Gaillard pour nous rendre à Paris.
Je n'oublierai jamais cette belle journée, journée pleine de ces émotions qui laissent des souvenirs ineflfaçables. Combien les Strasbourgeois se sont montrés bons, dévoués, enthousiastes; ils étaient pleins d'espoir pour l'avenir de la République; avec quelle franchise ils nous parlaient : on sentait que les paroles partaient du cœur quand ils nous disaient: « Faites votre devoir, nous ferons le nôtre. »
A peine étions-nous assis dans la voiture que je disà mes collègues : « Que le peuple est bon ! Comme il se donne tout entier à ceux en qui il a confiance ! Celui qui le tromperait serait bien coupable ! »
La diligence était en retard, le conducteur fit fouetter les chevaux pour rattraper le temps perdu. Dans toutes les vilU^s que nous traversâmes, des républicains vinrent nous saluer en criant : Vive la République !
Je refaisais en sens inverse une partie de la route que j'avais faite à pied en revenant du camp de Compiègne; je revis le village entre Saverne et Phalsbourg où ma compagnie avait été logée ; j'avais été adjoint au fourrier çomx îavv^ Y^fe^^^^^ V^% billets
de logement, et, à ma grande surprise, j'avais vu un maire français qui ne savait pas un mot de la langue nationale : il ne parlait qu*allemand; ce fut Tinstituteur, qu'on envoya chercher, qui servit d'interprète entre le maire et moi.