‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 6 sur 89 · MON PERE ET MA MERE · texte numérisé non relu

MON PERE ET MA MERE

àpfée alors de vingt-six ans (le (> novembre 1821). Ma mère n'était jamais sortie de son village ; elle parlait le patois de son pays et très peu le français, ainsi que la plupart de ses contemporaines. Elle fut charniéo i)ar les discours que lui tint nîon père (|ui avait, nous disait-elle plus tard, la lanr/ne dor(*e. Ma mère, robuste camiiaguardo, était une excellente femme, c'était la bonté même, un cœur d'or dans un corps de chêne ; elle prêta l'oreille aux propositions de mariage que lui fit mon père, sans s'efiVayer de la rude tâche qui l'attendait.

Quand j'ai été grand, ma mère me disait naïvement on me pariant de son mariage : « Plus on voulait m'en détourner, plus jo le voulais ; ton père m'avait ensorcelée avec sa belle langue. D'ailleurs, on ne gagnait guère d'argent au pays. Avant la mort de ta grand-mère, j'avais été domestique et je ne gagnais que dix écus (trente francs) par an ; aussi, mon ambition était d'épouser un homme d'état. » Ma mère voubiit dire un homme qui exerçait une profession, qui avait un état.

Fille d'un cultivateur, elle avait eu le malheur de perdre sa mère depuis longtemps déjà. Mon grandpère maternel était resté veuf avec six enfants, trois garçons et trois filles dont ma mère était l'aînée. Elle fit de bonne heure l'apprentissage de tout ce que la vie a de pénible pour les pauvres; elle dut servir de mère à ses frères et sœurs, tous plus jeunes qu'elle. •

En racontant ma propre histoire, j'aurai à parler de mes parents ; je vais commencer le récit de ma vie.

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