PROCLAMATION DES ECOLES
Citoyens, •
La Constitution do la République française a été violée par le pouvoir exécutif.
La majorité royaliste île rAssoinblée législative, par son onlrc (lu jour, se rend complice de sa trabison. Elle se met ollc-niénio liors la loi.
La lutte est aujourd'hui entre la République et ses éternels onnemis.
lia minoritf* do rAK^emblée, la Montagne, soutient houIo Tinviolabilité do nos droits,
A vous, citoyens dos écoles do Paris, qui avez pris Tinitiative
de la protestation vongorosse de Février, de vous réunir les
premiers autour du drapeau constitutionnel; au signal de nos
représentants, marchons tous en avant au cri de : Vive la Répu-
^ blique!
Le Comité des étudiants républicains :
Rabut, A. Blondin, Cœur de Roy, Duvivier, Fonviellc, Faurias, Hélie, Hubbard, Lebloys, Mourizel, Joubert. Moutard, Watripon.
Le 12, il y eut à la Chambre une longue séance qui se prolongea jusqu'à 10 heures du soir. La majorité repoussa la mise en accusation du président et de ses ministres, par 377 voix contre 7; la Montagne s abstint de \oVeT-
2tô MEiMOIRES ET SOUVENIRS
Par ce vote, la majorité s'associait à la violation de la Constitution.
Un des enragés de la droite, avec lequel j'eus une discussion assez vive à la bibliothèque de TAssem-bléc, me tint ce langage :
« Nous savons aussi bien que vous que la Constitution est violée, mais elle est violée dans l'intérêt du grand parti de l'ordre qui veut le rétablissement de la monarchie, et nous ne voulons pas qu'elle soit violée aux yeux <lu pays. »
Voilk quelle éUiit la bonne fois de ces soi-disant défenseurs de la famille, de la raligion et de la propriété.
A la suite du rejet de la mise en accusation du l)Ouvoir exécutif, la Montagne ne considéra pas son local de la rue du Hasard suffisamment sûr. M. Victor Considérant offrit les salons de la Démocratie pacifique; il fut convenu qu'on s'y réunirait pour prendre une détermination.
J'arrivai au rendez -vous un des premiers, mes collègues arrivèrent successivement et, enfin, la séance s'ouvrit.
Un membre de la réunion demanda si Ton avait des nouvelles des quartiers ouvriers, si Ton connaissait les dispositions de la population. M. M. N... dit qu'il avait des renseignements très exacts. Selon lui, « la masse de la population ne bougerait pas, parce qu'elle ne comprenait pas bien ces questions de violation de la ConstituViou, qyCVV^' vvn^^V^^^^'^^î^^^^^^
petit nombre criiommes dévoués, toujours prêts à sacrifier leur vie pour la République, mais qu'il croyait qu'on agirait sagement en se bornant à une manifestation pacifique »
M. Baudin, député de TAin, mort héroïquement, le 2 décembre 1851, en défendant la Constitution violée encore une fois par Louis-Napoléon licmaparle, demanda la parole. 11 parla dans le même sens que M. M. N..., et conclut comme lui ii une simple manifestation.
Pendant que M. liaudin parlait, M. Michel (de Bourges) était debout, les deux mains appuyées .sur sa cann(s la tête baissée, les veux à demi fermés, dans l'attitude d'un homme qui médite et se prépare k parl(u\ Avant que M. Baudin eut fini son discours, M. Michel releva la tète et demanihi la parole.
Depuis 1834, Michel (delîourjfes) avait la réputation d'un j^n'and orateur : aussi, lorsque son tour de parler arriva, il se fit un i)rofond silence dans la salle, chacun était avide de renten<lre et de connaître son opinion.
Les hommes sont ainsi faits; ils s'imaginent volontiers que celui qui a un grand talent oratoire doit nécessairement être un grand politique.
Michel commença son discours par cette phrase:
(( Citoyens, hier vous avez été beaux, aujourd'lmi vous avez été grands, demain vous serez sublimes », etc., etc.
Ces paroles, prononcées par l'orateur avec sa voix forte et pénétrante, avec l'accent et le ton qui lui ètniimi ])ropres, prodwWwetvV \\tl ^Çl<è\. \\sv\sv^\i^<^ ^>\\
les auditeurs : ils furent enfiévrés soudainement, et de pacifiques, les dispositions de la réunion devinrent belliqueuses.
Michel, comme tous les grands orateurs, était un grand artiste. Il mo semble encore entendre la voix du tribun au début de son discours, c'était comme un cre^eenr/o grondant qui éclata au mot sublime. Pendant un moment je me sentis éloctrisé, je subis l'influence du discours de Michel ainsi que les autres représentants, bien que je ne partageasse pas leur opinion sur Tarmée. J'étais convaincu que nous marchions à un échec certain.
Michel termina son discours en recommandant remploi des moyens violents. Sa parole avait produit un tel effet que Baudin redemanda la parole et, sous l'impression des paroles enflammées de Michel, il fit un discours excessivement révolutionnaire.
C'est r.i uii exemple remarquable de l'influence des grands orateurs sur les assemblées.
Si Michel ne fût pas venu ou se fût abstenu de parler a la réunion, il est i)rol)able que tout se serait borné, le 13 juin, a une simple manifestation pacifique.
Des délégués appartenant à différents comités vinrent aux renseignements. On introduisit un ancien constituant, M. X...; il parlait, disait-il, au nom d'un grand nombre decito^'ens. Il proposa à la Montagne de se réunir dans la salle Molière, rue Saint- Martin, aj(mtant qu'il disposait de six mille k<.\\vc-
mes armés qui formeraient la garde des représentants
et protégeraient leurs délibérations.
Personne ne crut a l'existence des six mille hommes armés et la proposition ne fut pas acceptée. MM. Ledru-RoUin, Victor Considérant et Félix Piat rédigèrent une proclamation qui fut remise aux délégués de la presse qui attendaient, dans une pièce a côté, l'issue des délibérations de la Montagne.
Il était 3 lieures du matin quand on se sépara, et Ton so donna n^ndez-vous dans la matinée, rue du Hasard.
Quant on réfléchit à la manière dont les choses se passaient, on trouve que tout était mené avec beaucoup d'imprudence.
Voilà des représentants qui jouent leur liberté, leur vie peut-être, qui préparent une prise d'armes, la logique les poussait la. Ils trouvent que la salle habituelle de leurs réunions no leur off're pas assez de sécurité. A l'assemblée on se dit à voix basse qu'on se réunira dans les salons de la Démocratie pacifique^ afin d'éviter les embûches de la police, puis le secret est si mal gardé que des délégués des différents comités viennent aux renseignements. Malgré les indiscrétions, la police n'a rien su. La police politique est généralement très mal faite; en dépit de nombreux mouchards ou agents secrets qui ont déposé dans le procès de Versailles, il a été facile, pour ceux qui avaient assisté aux différentes réunions, de constaler que la police ne sava\lY\^iv, ;x\i^ç^>\\\^^\vV. 'çv^^x.
Le 13 juin, les journaux la Révolution démo-cratique et sociale^ la Démocratie pacifique^ le Peuple, la Vraie République et la Tribune des peuples publièrent la proclamation de la Montagne.