‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 62 sur 89 · DECLARATION AU PEUPLE · texte numérisé non relu

DECLARATION AU PEUPLE

Le Président de la République et les ministres sont hors la Constitution ;

La partie de TAssemblée qui s'est rendue hier leur coaiplice par son vote s*est mise hors la Constitution.

La garde nationale se lève ;

Les ateliers se ferment;

Que nos frères de Varmèô ae ^o>XN\«QXkfôo\. i^*^*^ ^«ox. ^s^xs^^s^^

Si2 MÉMOIRES ET SOUVENIRS

et que comme tels le premier de leura devoirs est de défendre la Constitution.

Que le peuple entier soit debout!

Vive là Constitution ! Vive la République ! ,

Le Comité de lu jtresse républicaine.

Le Comité démocratique et socialiste.

Les Délégués du Luxembourg.

Le Comité des écoles.

La proclamation de la Montagne était beaucoup trop longue; elle exposait la situation sans dire assez clairement ce qu'il fallait faire. Les ouvriers ne comprennent pas ces sous-entendus, ces réticences, et les violations de 0)nstitution les touchent peu.

Vers les 10 heures du matin, le 13, je me rendis rue du Hasard. Les représentants étaient peu nombreux. Ceux qui étaient là paraissaient inquiets, agités; ils sortaient a la recherclie des nouvelles et rentraient. Ceux qui arrivaient étaient entourés, on les questionnait, on leur demandait si la i)roclamation avait produit de Teffet sur Tesprit de la population, s*il y avait de Tagitation, de l'effervescence dans les faubourgs, etc.

En général, les réponses n*étaient pas favorables au mouvement.

Quelques citoyens, désirant faire une manifestalion pacifique, avaient convoqué la population pour il heures, place du Château-d'Eau.

Voici un paragraphe de Ta^^^V ^ \ôl %^^^^ Tcaîsx^-

nale, publie par les soins des organisateurs de la manifestation.

Nous, (lolégiios dé la S^' légion, engageons, au nom de la patrie en danger, les citoyens appartenant a toutes les légions de la Seine à se réunir nujounrhui mercredi, à 1 1 heures du matin, au Ch&teau-d*i*Iau, en face de la mairie du V^' ari*ondissement, en tenue, sans aucune arme, pour, de la, nous transporter à TAsscmliléo législative, afm de lui rappeler le respect dû à la Constitution, dont la défense est confiée au patrioti^^mo de tous la citoyens.

Je trouvais quMl était absurde de convoquer, sans aucune arme, des citoyous qui devaient nécessairement se lunirter contre des troupes armées : c*était les (*xposer à se faire massacrer sans défense. Qui veut la fin doit vouloir les moyens. De deux choses Tune : ou Ton voulait renverser le {çouvernement'qui avait violé la Constitution, et alors il fallait lattaquer carrément avec toutes les ressources qu'on pouvait avoir ; on n'igfnorait i)as qu'un pouvoir quelconque qui dispose d'une armée ne se laisse pas détruire sans se défendre; ou bien, on ne voulait pas renverser le gouvernement, mais le rappeler seulement a la stricte observation delà loi, et, dans ce cas, a quoi pouvait servir cette manifestation? A rien> si ce n'est a i)r()curer au gouvernement une facile victoire qui devait le rendre plus fort.

Tout le monde savait que le général Changarnîer, en prévision des événements, avait renforcé larmée de Paris en ftiisant venir des troupes des garnisons de Versailles, de Saint-Germain, de Fontainebleau, fVErreuXf d3 Rambouillet, de Melvuv. d'Ovléans, etc.

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Le gouvernement était donc prêt. Je sais bien que la manifestation n*est pas le fait des représentants ; j'ai toujours pensé qu*un i)ouvoir occulte l'avait organisée dans l'intérêt de Louis-lîonaparte ; seulement, ce qu<î je veux constat^T» c'est que ceux qui dirigeaient la Montagne n'ont rien fait pour l'empêcher.

La manifestation partit de la place du Cliâteaud'Eau, suivit la ligne des boulevards et se dirigea du côté de l'Assemblée, Lorsque la tête de la colonne arriva près de la Madideine, le général Changarnier, jugeant le m<mient opi)ortun, la fit c(mper en. deux, au débouché de Ja rue de la Paix; il la fit charger à <lroite et à gauche par les 2* et 3* dragons, sur la chaussée, et dans les contre-allées par les G**, 7* et 10® bataillons de cliasseurs à pied et i)ar le bataillon de gendarmerie mobile compo.'^^é des anciens gardes municipaux.

Après cette charge, qui fit un certain nombre de victimes, la manifestation fut terminée, les citoyens se dispersèrent en criant : Aux armes !

Alors des représentants vinrent dans la rue du Hasard annoncer que la manifestation avait été disl^ersée violemment, et que des citoyens sans armes avait été frappés.

Les membres les plus influents de la réunion décidèrent d'aller au Conservatoire des arts et métiers en passant par le Palais national pour prendre le colonel Guinard et les artilleurs qui étaient avec luu

Dans cette journée, il y o.wV Wwwviovo^ ^\\v^^^viNss^

de la part d'hommes qui auraient pu jouer un grand rôle; ils désiraient le renversement du gouvernement, mais ils ne prenaient par les mesures qu'il fallait pour ol)t<»nir ce résultat.

Il aurait fallu nommer une commission investie d'une sorte d<» dictature pendant les événements. 0*tte commission aurait donné des ordres, réuni tous l(»s élénuMits <ropposition (»t dirijçé le mouvement. Au lieu d(» cela, personne ne voulait assumer la reslK)nsal)ilité d'une» prise d'armes; tout s'est passé sans ordre, sans dinn-tion ol dans Tanarcliie la plus cornplèt(».

Sur 203 représentants qui avaient voté contre l'orflre du jour pur et simjdo au sujet de l'interpellation de L(»dru-R(dlin, dont 148 avaient signé la mise en accusation du président et de ses ministres, il y en eut à peine une soixantaine qui exposèrent leur vie ce jour la.

MM. Ledru-RoUin, Michel (de Bourges) et A'ictor Considérant étaient les trois personnages les plus influents; ils formaient un groupe à part dans le Conservatoire ; ils décidèrent un peu tard de faire afficher un appel aux armes.

M. Ledru -RoUin écrivit cet appcd avec un crayon; la feuille de i)apier était placée sur le fond de son chapeau.

Ce placard était ainsi conçu:

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