‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 65 sur 89 · MON ARRESTATION A SAVERNE · texte numérisé non relu

MON ARRESTATION A SAVERNE

vée, fut entourée par des gendarmes, et le maréchal des logis, après avoir demandé les papiers aux voyageurs, les lisait a la lueur d'un falot que tenait un de ses hommes. Lorsque mon tour arriva, je lui montrai ma médaille de représentant.

— Avez- vous un passeport? me dit le maréchal des logis.

— Non, Monsieur, mais la médaille suffit pour les représentants.

— Elle peut suffire à Paris, mais dans les départemenls il faut nécessairement un passeport ; je suis obligé de vous arrêter.

— Vous n'en avez pas le droit. Réfléchissez à ce que vous allez faire. Je suis représentant du peuple et inviolable en vertu de l'article 30 de la Contitution.

J'avais dans ma poche un exemplaire de la Constitution de 1848 ; je lus au maréchal des logis l'article 37 ainsi conçu :

« Ils (les représentants) ne peuvent être arrêtés en matière criminelle, sauf le cas de flagrant délit, ni j:oursuivis qu'api'ès que l'Assemblée a permis la poursuite », etc.

— Vous avez bien compris? Si vous mettez la main sur un représentant du peuple, vous encourez une grave responsabilité.

— Qui me prouve que cette médaille est bien la votre ?

Je lui fis voir le congé temporaire que m'avait délivré le ministre de la guerre pour assister aux séances de l'Assemblée.

Le maréchal des logis parut satisfait, il se retira

avec ses gendarmes, et j'entrai dans un hôtel pour attendre que le jour parût.

La visite des gendarmes ne me sembla nullement extraordinaire ; je savais que le gouvernement, depuis le 13 juin, avait donné des ordres pour qu'on exerçât une surveillance active sur les voyageurs qui voulaient passer la frontière.

La conmiission qui avait été chargée d'examiner la demande en autorisation de poursuites dirigée contre idusieurs de mes collègues, une quinzaine de jours auparavant, avait mis huit jours avant do faire son rapport. Je pouvais donc espérer qu'il en serait de même pour moi ; je croyais, par conséquent, avoir tout le temps nécessaire pour passer en Suisse, m'ima ginantque le gouvernement ne me ferait pas arrêter avant que la Chambre eût accordé l'autorisation de me l)oursuivre.

Je <h)is avouer que j'étais bien confiant. Dés que le gouvernement fut prévenu de mon départ, il télégraphia au lieutenant de gendarmerie de Saverne pimr qu*ii m'arrêtât ; de plus, il prévint la commission de la Chambre des députés que j'étais en fuite et que j'allais échapper si elle ne se hâtait de faire son rapjïort. Aussi, chose extraordinaire pour un cas (le ce genre, l'on vit une commission, nommée dans les bureaux a 1 h. 12, venir le même jour à 3 heures faire son rapport à l'Assemblée ; il concluait naturellement à l'autorisation de poursuites.

La gauche en masse s'abstint de \oV.^v> ^^^w\^

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