PROCES DE VERSAILLES «H
air véridique a l'affaire, c'est qu'il se soit trouvé un Iioinme chargé de représenter la France a l'étranger, un ministre plénipotentiaire du nom de Lefebvre qui ait pu prêter les mains a une semblable supercherie. Voici une copie de cette lettre idiote, telle qu'elle est sortie du cerveau du policier bonapartiste ; sa lecture fait voir à quels moyens avaient recours ces gens-là pour combattre leurs adversaires.
TRADUCTION d'UNE LETTRE DE l'accusé COMMISSAIIIE, ÉCRITE EN LANGUE ALLEMANDE AU MEUR CHARLES GEORGES, A LANDAU.
Il Commissaire^ sons-officier du 2* bataillon de chasseurs à 'pied^ actuellement représentant du peuple à VAssemblée nationale à Paris^ à Charles Georges^ propriétaire^ Pontdu'Cloitre^ à Landau,
f Paris, le 28 mai 1849.
« Citoyen Georges,
<c La République existe en France, c*est connu, mais ce n*est point une République avide et vide connue on la veut eu Bavière, c'est une République noble adaptée aux droits du peuple.
« Ton bien -aimé père, à tête vénérable, trépassé depuis longtemps, a été républicain pur sang.
c( I*énctre-toi bien de ces principes honorables qu*il professait IM>ur le bien public et universel, et n*aie pas peur (ravoir i*ecouri à tous les moyens de publicité pour éclairer le monde si opressé et de Texciter à la vengeance foudroyante.
« La voix du peuple est la voix de Dieu. L'époque est arrivcie où le présage de Siebcnpfeigcr va s'accomplir.
« Citoyen (îeorges, et vous tous, citoyens de Landau qui avez toujours conservé des t-entiments pui's, soyez persuadés qu'une véritable fermeté ne laissera pas de sauver TEurope.
«t La République, intitxluite heureusement en France, accueillera positivement, avec Taide du suprême, dans son ciel (la Montagne), tous les nobles, chevaliers, princes, ducs, comtes, barons, rois, empereurs, avec leur train de canaille, à moins qu*ils ne prê(î»i'ent <le se plonger eux-mêmes, et en général, dans un abîme profond, pour èivo. libérés de toute peine.
« Vive donc la République générale, démocratique et sociale fi*anvaise !
a Salut et fraternité.
<« Commissaire, sous-ofificier au 2^ bataillon de chasseui*s à pied, actuellement représentant du peuple à TAssemblée nationale, à Paris.
« Mande-moi immédiatement ce qu*ilen est de Landau, Bade, Wurtemberg, etc., et quelles sont les opinions bourgeoises; si nous pouvons nous metti'c eu route et nos troupes de quelle force devraient-elles rtre.
« D'un seul coup, la Prusse, l'Autriche, et la Russie devront I>érir *.
« Vivent les Hongrois et lu nation polonaise. » A gauche est écrit :
« Pour copie conforme :
<c Munich, le 13 août 1849, « Le Secrétaire général au ministère des Affaires étrangères^
a Rappel. »
Plus bas est écrit :
ic Vu à la légation de France, en Havièro, pour légalisation de la signaturo ci-dessus de M. Rapi>el.
ic Munich, le 14 août 1849,
« Le Ministre de France, a Armand Lefebvre. »
Les républicains slrasbourgeois, h Texemple de
< Au Las du texte allemand, on lit les mots français suivante : « Vive les Hongrois et la nation poloutvisel »
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ceux (le Lyon et de Paris, avaient voulu faire connaitreleur opinion sur la violation de la Constitution. Ils avaient aussi fait une manifestation qui avait été promptement dispersée par la troupe. Des arrestations furent faites, et les principaux organisateurs de l'affaire furent emprisonnés. La chambre des mises en accusation, craignant un acquittement, ne voulut pas qu'ils fussent traduits devant un jury alsacien, et, pour cause de suspicion légitime, les envoya devant le jurj- de la Moselle.
Leur procès commença à peu près en même temps que le nôtre. Le 24 octobre nous apprîmes avec infi. niment de plaisir qu'ils étaient tous acquittés à Tunanimité.
Cet acquittement aurait été de bon augure pour nous, si nous avions comparu devant un jury ordinaire, mais en 1840, sauf quelques exceptions, les conseils généraux étaient formés de la fine fleur de la réaction et du cléricalisme. Les rares républicains que le sort avait désignés avaient été récusés par le procureur général, M. liaroclie, de sorte que Tissue du procès n'était pas douteuse; malgré cela, un certain nombre de mes coaccusés esj éraient que le haut jury imiterait le jury de la Moselle. Il est si doux d'espérer!
Pour éviter les déceptions, j'ai l'habitude de n'attendre que le mauvais coté des événements; si mes prévisions ne se réalisent pas, je suis surpris très agréablement.
En dépit de cette vieille habitude, l'acquittement de mes nniis de Strasbourg me îîù^îvvX. Ty\^d\\t ^U
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(le temps eh temps, j'avais une lueur d*espoir, mais je ne m*attachais pas à cette idée ; le raisonnement me faisait abandonner mes espérances et më rappelait que j'étais en face d'adversaires politiques, et, en politique, dans des circonstances semblables, il n'y a trop souvent que des vainqueurs qui frappent des vaincus.
La prison de Versailles n'était encore que la prison préventive, ce n'était pas encore la prison avec toutes ses rigueurs. Mes coaccusés recevaient les visites do leurs familles et moi celles de quelques amis. En dehors des audiences nous avions peu de temps a dépenser, les journées passaient vite.
A Paris,j avais été harcelé par ceux qui voulaient faire mon portrait: à Versailles, c'était autre cliose, beaucoup de gens avaient la manie des autographes ; de tous côtés on me présentait des albums sur lesquels il fallait écrire quelques mots. Un sculpteur ivpublicain, un des célèbres de notre époque, M. Etex, voulut laire ivne médaille sur laquelle devait se trouver les profils des trois sergents Boichot, Rattier et moi. (.)n me pria de poser, c'était beaucoup trop d'iionneur qu'on me faisait; j'y consentis, bien que toutes ces exhibitions dans lesquelles les vaniteux se complaisent m'aient toujours contrarié. Je comprends qu'on fasse le portrait des hommes qui ont rendu de grands services à leur pays ou qui se sont distingués dans les sciences, dans les lettres ou dans les arts, mais je ne comprends cas i\v3l owlti^^^\^\^v
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trait de jeunes hommes complètement inconnus quelques mois avant les circonstances qui les ont mis en relief.
Ainsi qu'il avait ete convenu, M. Michel (de Bourges) fît, au commencement du procès, un grand discours pour contester la compétence du tribunal; après lui, M. Madier de Montjau aîné développa des conclusions dans ce sens. — Le tribunal passa outre.
Tout se réduisit dès lors à l'audition des témoins et aux explications fournies par ceux de mes coaccusés qui voulurent se défendre.
Le 12 octobre, M., le président fit le résumé des débats. !M. Bérenger (de la Drome) se montra bienveillant et impartial pour un certain nombre de mes coaccusés et pour moi; aussi son résumé ne fut pas publié dans le Moniteur.
Le jury délibéra toute la nuit. Nous restâmes sur pied également, alt(Midant qu'on vînt nous chercher pour nous lire le verdict. Dans la matinée du 13, on nous fit comparaître pour la dernière fois devant la haute Cour.
Dix de mes coaccusés furent déclarés non coupables : ce sont MM. Forestier, Achintre, Lemaîlre, Maillard, Vernon, Merliot, Angelot, Baune aîné et Alyre Bureau.
Dix- neuf de mes coaccusés et moi, nous étions reconnus coupables, les uns de complot et d'attenlat, d^nutres de complot seulemeul ov\ v5l aVX^wVaX^V^ wfex^
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trois parmi ces vingt étaient reconnus coupables, mais avec des circonstances atténuantes.
La haute Cour, après s*ètre retirée dans le lieu de ses délibérations pour fixer les peines, revint dans la salle, et, en séance publique, prononça son jugement.
Dix- sept étaient condamnés à la peine de la déportation et trois a cinq ans de détention.
Les déportés étaient MM. Deville, Fargin-FayoUe, Daniel Lamaziores, Gambon, Vauthier, Pilhes, Boch, J. Maigne, Guinard, André Pasquet, Dufélix, Napoléon Lebon, Paya, Langlois, Cliipron, Schmilz et moi.
MM. Suchet, Monbet et Fraboulet de Chalandar étaient condamnés a cinq ans de détention.
A peine le président eut-il terminé la lecture de Farrét de la Cour, que, tous, spontanément, nous criâmes : Vive la République démocratique et sociale Puis nous chantâmes la Marseillaise et h Chant du départ.
On nous reconduisit dans la prison sans interrompre nos chants.
Les familles de mes amis eurent Tautorisalion d'entrer encore une fois dans la prison. La déception était cruelle pour ceux qui avaient espéré un acquittement.
Il uy avait plus d'illusion a se faire, nous nous rouvions en face de l'affreuse réalité.
Les femmes et les enfants de mes pauvres amis sortirent des cellules les yeux rouges, tous avaient pleuré.
Uu silence et une tristesse mortels semblaient régner dans la prison. Mes codêVeww^^ ^v>w\.\sî^^^-