PROCES DE VERSAILLES
part étaient si forts et si courageux, prenaient un air sombre, soit à cause de la nuit que nous avions passée sans dormir, soit a cause de la sévérité de Tarrét de ]a haute Cour.
La peine de mort ayant été abolie en matières politiques, en 1848, on nous avait condamnés à la déportation, peine perpétuelle. Nous étions tous jeunes, ii l'exception de MM. Deville et Guinard, et bien qu'en politique on n# compte guère sur la perpétuité des peines, ceux qui ne se repaissaient pas de chimères craignaient que notre captivité ne durât bien longtemps.
M. Hubert avait été enlevé le jour même de sa condamnation, sans qu*il sut en quel lieu on le conduisait; ce n'est que plus tard que nous sûmes qu'il avait été transféré à Doullens.
Dans la journée, un gardien nous prévint officieusement de nous tenir prêts à partir. On nous parla de Blaye, du mont Saint-Michel, comme lieu de détention, jusqu'à ce que le gouvernement eût fait voter une loi pour fixer un lieu de déportation.
J'écrivis quelques lignes ix ma famille pour lui apprendre ma condamnation.
« Prison do Voi'saillcs, le 13 novembre 1849.
« Ma CHERE MÈRE, etc.
« Courage, nous nous reverrons plus tard ; ne désespérez pas, cet état de choses ne saurait durer longtemps.
(( Le procès s'est termiuë \)aY nvw^V. c»\3A^\û3Ql^-
lions, dont dix-sept a la déportation et trois a cinq ans de détention. Je me trouve dans la première catégorie.
« Je compte partir ce soir, mais je ne sais pour quelle destination ; on parle de Blaye et du mont Saint-Michel.
a Je vous écrirai dès que je serai arrivé dans la nouvelle prison.
« Si j étais fataliste, je trouverais que le nombre treize est un nombre singulier pour moi. J'ai été nommé représentant du peuple le 13 mai 1849 ; poursuivi pour les affaires du 13 juin, le procès a commencé le 13 octobre et s'est terminé le 13 novembre. De plus, je suis né en 1822 et, en additionnant tous les chiffres de ce millésime, on trouve encore le nombre treize.
« Adieu, ne vous tourmentez pas, cela n'avancerait à rien. La sépara ti(m, je l'espère, ne sera peutêtre pas de longue durée.
« Je vous embrasse tous, etc.
« S. Commissaire. »
Après la sortie des visiteurs, ou nous dit de nous préparcîr à partir sans nous faire connaître le lieu de notre destination.
Les détenus politiques ne sont jamais prévenus d'avance du lieu où Ton doit les conduire. On craint probablement qu'ils ne préviennent leurs parents et leurs amis et que des tentatives ne soient faites pour les enlever des mains de leurs gardiens.
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