‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 77 sur 89 · MAISON D^AUUÊT DE MAZAS. — PARIS · texte numérisé non relu

MAISON D^AUUÊT DE MAZAS. — PARIS

Rèffles à observer par le détenu placé dans cette cellule.

Il est expressonicnt défendu <le chanter, de parler à haute vois ou de chercher à étahlir des intelligences avec les aut!*cs iloicnus. La nicnie recommandation est expresscnient faite pour le temps du trajet au parloir, ainsi qu'aux pi'omcnoirs.

Le détenu doit tenir sa cellule constamment pmprc et n'y faire aucune dégradation ni aucun dessin sur les murs, sous peine de punition.

11 doit tenir dans la plus grande propreté le siège et la cuvette du conduit d'aisance et n'y jeter que Teau absolument nécessaire au maintien de la propreté; ce siège étant destiné au dégagement

^ D<»puis mon passage à Mazas, diverses améliorations ont été apportées dans l'intérieur des cel\u\e%.'

du mauvais air qui i)ourrait exister dans la cellule, le détenu aura soin de n*en jamais fermer Torifice, car, 8*il le faisait, la ventilation ne {louvant s*opérer, Tair ne se renouvellerait pas et le manque d*air pur serait ti*ès nuisible à la santé.

Tous les matins, a Theure qui sera indiquée par le surveillant de la galerie, le détenu roulera son hamac et son matelas, les attachera ensemble avec la courroie à ce destinée, et placera le tout pi*opre et bien paquoté sur la planchette.

I-.a couverture et les (h*aps sei'ont plies avec régularité et placés Bur la tablette qui se ti'ouve au-dessus de la porte.

L*heure de dresser le lit, le soir, sera également indiquée par le gardien, les lits ne devant jamais être tendus pendant le jour*

Loi*sque le détenu a l)Csoin de parler au surveillant, il doit tirer le bouton do fei* placé à côté de sa porte, ce qui fera résonner un timbi*e d*appel destiné à pi*évenir le surveillant.

Il ne doit jamais appeler de la voix et surtout ne pas déranger ftnns un motif urgent les préposés a la surveillance.

Loi*squ*il sera appelé, soit au parloir, soit au promenoir, soit au greftc, le détenu devra s'y rendre avec célérité et en observant le plus grand silence.

Aux heures de distribution des vivres, il tiendi*a sa gamelle Bur la planchette située devant le vasistas de sa porto, de manière à ce que le surveillant puisse la prendre facilement et que le service soit pi*omptement fait.

11 est i*esponsabIe des dégradations qu'il ferait, soit à sa cellule, soit au coucher ou mobilier. Si le détenu désire être visité par le méilecin ou avoir d'urgence une entrevue avec le directeur, l'aumônier ou autres employés, il en préviendra le surveillant chef de sa division qui se chargera de prévenir qui de di^oit. Le prévenu peut également nîclamer la visite de l'inspecteur général ou lui faire passer ses réclamations. Chaque fois que le détenu sortira de sa cellule pour aller au greffe, au pi*omenoir ou au parloir, il aura soin de se munir de la petite plaque qui se tix)uve suspendue ix la porte de sa cellule, afin de la représenter à sa renti*ée, au surveillant de la galerie pour s'en faire reconnaître*

Les détenus qui par suite de condamnation désirewt Cqx\wv;sc appel de }eur jugement^ écriront pour ceVtX axx 'çt^wx^mv ^^\^

Republique. Leur signature apposée au bas de la lettre, devant être légalisée par le greffier, ils ne signeront qu*en présence de cet employé ; ceux qui no sauraient point écrire feront verbalement connaître leur désir au surveillant de la galerie.

Lorsque le détenu sera au parloir avec son visiteur, il no devra élever la voix qu'autant qu'il sera nécessaire pour so faille entendre ; dans le cas contraire, le surveillant chargé de la police le ferait iuunédiateniciit sortir, et rentrer dans sa cellule.

Toute infraction sera punie conformément aux règlements.

MM. Enner}'^ et Laboulaye revinrent me voir ; le colonel Forestier, mon ancien coaccusé de Versailles, vint aussi me faire une visite. J'ai été touché delà démarche de ces braves citoyens. J'eus aussi le plaisir de revoir M. Proudhon qui, quoique prisonnier, était venu visiter MM. Blanqui, Pilhes et Langlois. M. Proudhon subissait à Sainte-Pélagie une condamnation a trois ans de prison pour délit de presse, mais il obtenait de temps en temps l'autorisation de sortir en ville.

L'aumônier de la prison vint plusieurs fois causer avec moi, dans ma cellule ; c'était un Alsacien, grand partisan de la médecine Raspail. Il aimait à raconter de petites anecdotes drolatiques qui prouvaient qu*il n'était pas ennemi d'une douce gaieté. Kn somme, c'était un homme aimable, bon et complaisant. II me parla quelquefois des affaires politiques, mais jamais de confession.

Le premier jour que j'ai passé h Mazas, j'entendais parler sans savoir d*oii prove^uaveul \e^ \^xi^^% ^v

arrivaient h mon oreille. Je cherchai et je reconnu que le conduit d*aisance servait aux détenus pour communiquer entre eux. Ils s'en servaient alternativement comme d un porte- voix ou d'un cornet accoustique. Ces détenus étaient là pour délits de droit commun ; leurs conversations avaient lieu en français » et en argot quand ils ne voulaient pas être compris par des tiers.

Je restai onze jours dans la prison de Mazas ; le 30 octobre, à 5 heures du soir, on vint me chercher pour remonter encore dans une voiture cellulaire.

Ces onze jours ont influé énormément sur la santé et sur le caractère de mon vieux codétenu, M. Deville. Il a publié une relation de son séjour h Mazas qui, je crois, n'a pas été étrangère aux améliorations qui ont été apportées dans l'établissement après notre passage.

Le gouvernement avait pris le parti de réunir à Belle-Isle tous les détenus politiques qui se trouvaient dans les prisons de DouUens, de Riom, de Clairvaux et du mont Saint-Michel.

Néanmoins, la mesure n'était pas générale, puisqueMM. Barbes, Raspail, Guinardet quelques autres restaient dans la prison que j'avais quittée.

Cette concentration des condamnés politiques sur un même point, dans une île, était une de ces nombreuses mesures que Bonaparte a prises pendant les trois années qui ont précédé le 2 décembre 1851 » et qui n'étaient dans sa pensée (w\e\e^ ^t^^^\^^^ ^>^

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