‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 78 sur 89 · VOYAGE DE MAZAS A BELLE-ISLE-EX -MER · texte numérisé non relu

VOYAGE DE MAZAS A BELLE-ISLE-EX -MER

coup d*Ëtat qu'il méditait depuis son élection h la présidence.

A Belle-Isle, les détenus politiques étaient impuissants ; entourés d'une population hosliie h la République, ils n'avaient aucun moyen de s*opposerau coup d'Etat.

Dans les autres villes du continent, ils.auraientpu être délivrés par les citoyens qui se seraient kvés pour résister à la violation de la loi, et ils auraient grossi les rangs des défenseurs de la République.

Louis-Napoléon Bonaparte, avant de trahir son serment, avait d'avance calculé froidement les chances bonnes ou mauvaises do la i>artie qu'il voulait jouer, et ne négligeait rien pour mettre le plus d'atouts possible dans son jeu.

Pendant mon stgour dans la prison de Mazas^ j'appris que h s condamnés politiques étaient réunis à Paris d'abord et, qu'en suite, on les faisait monter dans les wagons du chemin de fer jusqu'à Angers; de celte ville, un bateau h vapeur les transportait à Palais. Les Nantais avaient fait une sorte d'ovation aux prisonniers républicains. Une foule de citoyens montés dans des barques et des canots avaient entouré le bateau à vapeur pour saluer ceux qu'on transportait a Belle-lsle ; des cris de A'ive la République avaient été poussée de tous les côtés. Les détenus avaient répondu à ces cris, puis tous avaient entonné des chants patriotiques et républicains.

Le gouvernement, craignant qu'une évasion ne fût préparée par les républicains nantais, fît rester à Mazns onze détenus parmi c^vx^l c\\\'U considérait, à

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tort OU à raison, comme les plus dangereux. Le choix ne fut pas évidemment ce qu^on aurait voulu qu'il fût ; on avait fait partir des hommes très énergiques, ot dans ceux qui restaient à Mazas, il y en avait quelques-uns qui ne Tétaient guère.

On m'avait fait Thonneur de me comprendre dans les onze plus ou moins importants ou dangereux; cela me valut le désagrément de faire la route en voiture cellulaire au lieu de la faire comme les autres en chemin de fer et en bateau à vapeur.

Comme on ne me donnait pas à choisir le mode de transport, je fis bon cœur contre mauvaise fortune. Je m'installai comme je pus dans le compartiment de la voiture cellulaire qu'on me désigna. Ou nous amenait un a un, de sorte qu'une fois fermé, on ne savait pas avec qui on devait faire la route, mais bientôt j'appris que mes dix compagnons d'infortune étaient MM. Deville, Gambon, Yauthier, Daniel Lamazières, Pilhes, Langlois, Napoléon Lebon, Ghipron, Kléber et lUanqui.

A la gare, le gendarme chargé de nous conduire se crut obligé de nous faire un petit speoch pour nous iléfendre de chanter et de parler. Nous ne tînmes aucun compte de cette défense absurde, nous parlâmes et nous chantâmes. Le gendarme devint furieux, il nous dit des injures et menaça de nous mettre au pain sec et à l'eau tout le long de la route. A'oyant que sa menace ne faisait pas plus d'effet que sa défense, il prit le parti de se taire. Quelques instants après, nous cessâmes de chanter, et l'incident a'evit pas ùe suite.

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