‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 79 sur 89 · VOYAOK DE MAZAS A BELLE-ISLE-EX-MER · texte numérisé non relu

VOYAOK DE MAZAS A BELLE-ISLE-EX-MER

Nous arrivâmes k Angers à 6 heures du malin; le chemin de fer n'allait pas plus loin alors; on remit la voiture sur ses roues, le conducteur alla chercher des chevaux et nous roulâmes toute la journée du 31, pendant toute la nuit suivante et jusqu'au lendemain a 10 heures.

On nous fit descendre dans la maison centrale de Vannes. Le directeur de cette prison nous fît placer dans une petite chamhre sale,^lans laquelle était un haquetd'une odeuret d'une malpropreté repoussantes. Nous étions parqués comme un troupeau dans une écurie. Nous écrivîmes une lettre collective à M. Boulage, préfet du Morhihan, dans laquelle nous le priions de donner des ordres pour presser notre départ et de vouloir bien se rendre à la prison.

A midi, le préfet vint nous voir, nous lui renouvelâmes notre demande de départ. Il nous répondit qu'il ne pouvait prendre sur lui de nous faire embarquer la nuit par un gros temps; la mer était mauvaise. Nous insistâmes. Il consentit a notre départ et nous dit que nous irions coucher au fort Penthièvre, a quatorze ou quinzo\lieues de Vannes.

M. lioulage paraissait assez bien disposé, c'était un des rares préfets nommés par M. Ledru^RoUin maintenus par Bonaparte; il était accompagné de sou secrétaire. Tous les deux étaient découverts en nous parlant; nous Tétions tous aussi, à l'exception de M. Napoléon Lebon qui était coiflé d'une toque; mou codétenu, irrité par les souffrances endurées dans la voiture cellulaire, vint, la pipe à la bouche, se mettre eu fncc du préfet et lui parla sau^ ?»c découvrir.

:ir>l MEMOIRES ET SOUVENIRS

M. le préfet ne fut par content : il dit qu'il était venu pour écouter nos réclamations et non pour être insulté.

Le bruit de notre arrivée s'était répandu dans la ville; c était le 1*' novembre, fête de tous les saints, les ouvriers ne travaillaient pas, ce qui fait qu'à 2 bcures, quand on nous fit remonter dans la voilure cellulaire, une foule nombreuse stationnait aux abords de la prison et dans les rues que nous traversâmes. La plupart des personnes qui étaient là étaient venues pour salidaire leur curiosité; pourtant un certain nombre de citoyens nous témoignèrent leurs sympathies en nous saluant et en criant : Vive la République! Le surveillant s'était relâché ^le la rigueur avec laquelle il voulait i ous traiter en[partant de Paris. Tous les vasistas donnant dans le couloir étaient ouverts; cela nous permettait d'y passer nos tètes et de voir, par la portière située à l'arrière de la voiture, le public qui encombrait les rues.

Unecentaine de républicains avaient été nousattendre au bas d'une montée; ils escortèrent la voiture en chantant des chansons républicaines. Dès que nous fûmes au sommet de la côte, le cocher fouetta les chevaux; nous laissâmes alors derrière nous ces braves citoyens qui nous saluèrent une dernière fois par les cris de : A'ive la République.

A Aura}', la voiture fut entourée par la populalation pendant qu'on changeait les chevaux et qu'on faisait d'autres préparatifs ; la foule se \jres>^ti\\. ^^^-

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