VOYAGE DE MAZAS A BELLE-ISLB-EN-MER
rière la voiture pour voir nos onze têtes passant à travers les vasistas ; dans le couloir il y eut même quelques bousculades.
Dans tous les paj's la foule est avide de spectacle. L'empressement de ces bons Bretons me rappelaient ce que Cromwell répondit à un courtisan qui lui faisait remarquer combien il y avait de gens qui se pressaient sur son passage et désiraient voir Son Altesse : Il y en aurait bien davantage si Von me conduisait à Véchafaud.
On nous apprit que la voiture cellulaire ne pourrait aller jusqu'au fort de Penthièvre, parce qu'elle était trop lourde pour rouler sur les sables et trop large pour certains étranglements du chemin.
Le maire d'Auray requit deux voitures; il requit également un détachement de gardes nationaux, qui devait nous escorter. Le préfet avait fait réunir plusieurs brigades de gendarmes qui formèrent Tavant garde du convoi.
Nous approchions de la mer, on craignait davantage une évasion, et voilà, sans doute, pourquoi toutes ces précautions étaient prises.
Nous changeâmes de voiture dans le village.de Ploërmel. En ne tenant pas compte de la station que nous avions faite dans la prison de Vannes, il y avait plus de cinquante heures que nous étions enfermés, cahotés et privés de mouvements dans la voiture cellulaire.
On nous lit monter dans les deux petites voitures requises ; sous le rapport de Tespaco, nous n'étions ^ïière plus a notre aise. Mais ce (\ii'il y avait de pré-
deux pour moi, c'était de pouvoir respirer Tair à pleins poumons, c*élait de voir devant moi aussi loin que ma vue et la nuit me le permettaient ; je n'avais plus devant les yeux ni les parois de la voiture cellulaire, ni les murs d'une prison; j'éprouvais un immense soulagement, je ne sentais plus les fatigues du voyage.
I^ température était douce, bien que Ton fut déjà au commencement de novembre, le ciel était étoile, le vent s'était calmé, tout annonçait une belle nuit.
Nous arrivâmes au fort Penthièvre a l) li. 1/2 du soir. L'officier qui commandait le fort ne voulut pas nous recevoir.
J'ai reçu de nouveaux ordres, nous dit-il, il faut que vous alliez à Portaliguen où vous serez embarqués sur un lougre de la douane.
Depuis Aura}' un de mes compagnons de voyage souffrait de la soif, il avait demandé a plusieurs reprises qu'on lui donnât un peu d'eau. « Le capitaine Kl éber l'engagea à prendre patience. Le commandant du fort est un officier qui sort de mon régiment, je le connais beaucoup, nous aurons ce que nous voudrons, il nous fera donner de l'eau et nous laissera acheter du vin si nous le voulons. » Lorsque nous fûmes en présence de l'ancien camarade de mon codétenu, celui-ci lui parla.
*— Me reconnaissez -vous?
— Oui, je vous reconnais, mais je ne cuis rlea Saire pour xûus.
VoVAOE de MA^AS a i3ELLE-ISLE-EK-MEll &)
— Ne pourriez-vous pas nous faire donner un peu. d'eau?
— Non, non, je ne puis rien faire pour vous.
Le commandant du fort s'éloigna de la voilure où se trouvait son ex-capitaine. Ce dernier, stupéfait, ne savait s'il rêvait, tellement il était étonné de s'être vu refuser un peu d'eau par son ancien camarade de
régiment.
Les gardes nationaux d'Auray furent remplacés par des soldats du fort; les gendarmes furent aussi remplacés par d'autres gendarmes, et le convoi reprit sa marche.
Deux soldats porteurs de falots marchaient en tète de la colonne.
Le maréhcal des logis qui commandait les gendarmes était ivre. Sa conduite fut ignoble : il insulta et menaça a tort et à travers, on aurait dit un fou furieux. Le convoi avançait lentement sur les sables.
Nous étions prisonniers et sans défense, entourés de soldats et de gendarmes commandés par un homme en état d'ivresse, exposés aux injures de cette brute, isolés au milieu de la nuit sur cette presqu'île de Quiberon, qui nous rappelait la défaite des royalistes par l'armée républicaine. Deux ou trois détenus ^ prompts a s'alarmer crurent un moment qu'on vou* lait nous fusiller. C'était une crainte absurde, mais la peur ne raisonne pas. 11 est clair que si l'on eût voulu se défaire de nous, il aurait été bien plus facile de nous faire étrangler dans \a \mso\i v^l^^V^vl^^^'^^'s*
murs sont bien épais, personne n*aurait rien vu, ni rien entendu.
Il était près de minuit lorsque nous arrivâmes à Portaliguen. Nous descendîmes de voiture au bord de la mer. J'avais les jambes engourdies» tellement nous avions été serrés ; je frappai du pied, je fis quelques mouvements et la circulation du sang se rétablit bientôt.
Un conducteur des Ponts et Chaussées, qui avait été sous les ordres de M. Vauthier, lorsqu*il était ingénicMir dans le Morbihan, ayant appris que son ancien chef devait arriver, avait fait préparer un potage et quelques autres comestibles que mes amis trouvèrent excellents. Quanta moi, j'étais trop occupé à contempler la nu»r, spectacle nouveau pour moi^ pour penser a manger.
Quelle différence entre la conduite de ce bon et brave conducteur des Ponts et Chaussées et celle de l'officier commandant le fort de Penthièvre !
Une chaloupe vint nous chercher et nous transporta à bord du loxtgre^ petit navire ponté, qui était à l'ancre à une centaine de mètres du rivage ; douze gendarmes s'embarquèrent avec nous.
C'était la première fois que je voyais la mer; je ne la connaissais que par ce que j'en avais lu dans Malte-Brun ou dans les voyages de circumnavigation, ou encore dans les romans maritimes. Je mis largement à contribution la science de mon ami Langlois, ancien officier de marine, qui voulut bien me donner un grand nombre d'ex\)l\calvov\% ^wt \si \c5ss\rgation et sur les d'fféreule^ )p;\vV\^^ ^w vx^vc^^- ^^