‹ Mémoires et souvenirs de Sébastien CommissaireChapitre 81 sur 89 · VOYAGE DE MAZAS A BELLE-ISLE-EN-MER · texte numérisé non relu

VOYAGE DE MAZAS A BELLE-ISLE-EN-MER

faisais comme les écoliers ; à mesure que je me rappelai d'un terme de marine, je demandais ce que c'était G j ce que cela signifiait.

Malgré les deux nuits passées en voiture cellulaire, je restai toute la nuit debout sur le pont, je n'avais pas sommeil ; j'éprouvais beaucoup de plaisir a regarder les matelots manœuvrer les voiles.

Le vent était contraire ; il fallut louvoyer, courir des bordées à droite et a gauche, ce qui nous fit mettre, pour aller de Portaliguen a Belle-Isle, trois fois plus de temps qu'on en met lorsque le vent souffle dans la bonne direction.

Le 2 novembre, a heures du matin, on jeta Tancre devant Palais, port principal de Tile.

Le lieutenant qui commandait le petit navire descendit a terre et alla prévenir de notre arrivée le directeur de la prison.

A 8 heures, on leva l'ancre et l'on nous conduisit à quelques centaines de mètres de là, dans un lieu propice au débarquement. Tout l'équipage du lougre avait été plein d'égards pour nous ; nous u*eùmes qu a nous en louer.

Nous sautâmes tous à terre, a Texceplion de M. Pillies qui avait les jambas enflées et ne pouvaient marcher. Il était beaucoup plus grand et beaucoup plus gros que nous ; il avait eu de la peine a entrer dans un compartiment de la voiture cellulaire; S3n développement physique l'avait condamné à l'immobilité et avait amené l'enflure des membres inférieurs. Il resta a bord et fut transporté sur une civière un peu plus tard.

Du bord de la iner à la prison» le trajet se fit à pied ; nous étions entre deux rangs de soldats et de gendarmes, et, de chaque côté, des Bretons et des lîretonnes qui étaient venus pour nous voir.

L'aspect de la campagne me causa un vif plaisir; je promenais ma vue sur les alentours, elle n'était pas limitée par des murs ; je voyais au-dessus de ma tôle et tout autour de moi, du zénith a Thorizon, le ciel bleu ; je voyais des maisons, des arbres et des cultivateurs qui labouraient leurs champs.

Toutes ces choses paraissent insignifiantes quand on les voit chaque jour, mais lorsqu'on a vécu emprisonné, on les apprécie autrement.

Je pensais que Ton allait nous réunir à ceux de nos amis de DouUens qui étaient arrivés avant nous ; il n'en fut rien ; on nous conduisit dans une maison isolée, ayant appartenu, dit-on, au fameux surintendant Fouquet, et à laquelle on donne le nom de Chàleau-Fouquet en souvenir de son propriétaire.

Une chambre au deuxième étage avait été préparée pour nous recevoir ; elle était vaste, mais mal éclairée. Elle renfermait onze couchettes; c'étaient des lits militaires réformés ; il y avait, en outre, onze chaises, une table avec deux bancs en bois de chêne.

Jusque-lh, j'avais presque toujours eu une cellule pour moi seul, a la Conciergerie, h Versailles, à DouUens et à Mazas ; mais au Château-Fouquet, nous étions onze dans la même chambre : c'était le régime de la promiscuité avec tous ses inconvénients.

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