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Barbes leur parla h travers les barreaux d'une fenêtre et leur recommanda le calme; il ajouta qu*il fallait laisser faire le directeur et lui laisser tout l'odieux de l'arbitraire.
Gambon, Maigne, Daniel Lamazière et moi, nous parlâmes dans le même sens.
Le directeur voulut faire de cela une grosse affaire : il fit venir deux compagnies d'infanterie, des gendarmes et tous les gardiens disponibles. On fit charger les armes à la troupe pour nous intimider, puis on vint nous saisir pour nous mettre au cachot. Le directeur nous fît conduire dans la citadelle et l'on nous enferma dans une petite casemate humide sous le rempart. Le directeur retourna dans la pris(m et fit empoigner dix-huit autres détenus ; quelques-uns furent mis avec nous et les autres furent enfermés dans un autre cachot.
\j\\ instant après, nous entendîmes des trépignements, des cris, puis la voix de l'inspecteur qui hurlait : AhaUez-lCy atlrapez-lc i^ar les jambes. C'était notre camarade Duvillard que l'on maltraitait.
Ces cris, le bruit de cette lutte, nous surexcitaient au plus haut degré; nous nous attendions à ce que pareille chose nous arrivât. En effet, on vint ouvrir la porte du cachot, et l'on nous dit de descendre pour être fouillés devant la troupe. Les soldats, nous l'avons vu après, étaient rangés en bataille, le fusil chargé, devant la porte du couloir qui conduisait au cachot. Nous ne voulûmes pas subir cette humiliation; nous refusâmes de uov\^ lavs'à^t ^o>\\\\&\!*
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Alors commença une scène de brutalité sauvage. Le directeur donna Tordre de nous entraîner de vive force. Les gendarmes et les gardiens se ruèrent sur nous, nous frappèrent à coups de crosse de fusil; puis les coups de poing, les coups de pied et les bousculades firent leur jeu. Les gendarmes et les gardiens étaient trois fois plus nombreux que nous, nous devions être vaincus. On nous entraîna un à un par un couloir en pente, garni d'escaliers h environ un mètre les uns des autres. Ceux qui refusaient de marcher ou qui n'avaient pas pu se maintenir debout dans la lutte étaient traînés par les jambes et la tète frappait sur les dalles h chaque escalier.
lîarbès fut le premier arraché du cachot et entraîné par le couloir au bas du rempart. Je fus saisi et en traîné comme lui; quand j'arrivai devant les soldats, la lête nue, les vêtements en désordre et traîné par les gardiens, lîarbès, s'adressant aux soldats, leur dit en me montrant : « Soldats, voyez comment on traite un des vôtres ; celui que l'on traîne ainsi, c'est le citojen Commissaire, ancien sous- officier de chasseurs et représentant du peuple. »
Le directeur furieux, hors de lui, s'écria : « Empêchez-le de parler» faites- le entrer là. Il désignait du doigt une porte ouverte dans le mur du rempart.
Barbes fut poussé et entraîné vers la porte désignée par le directeur. Avant d'entrer, il appuya une main de chaque côté des montants et s'arc-bouta, mais les gardiens firent lâcher prise à une de ses mains et il fut jeté dans ce nouveau cachot ; chacun fut traité de la même manière et Vou twtMc \^ ^wV^ .
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Nous élions huit qui avions subi les brutalités des gardiens, MM. Barbes, Maigue, Daniel LamazièrCi Langlois, André, Mazin, Barrère et moi.
Ce cachot resseniblart à un corridor irrégulier ; il avait à peu près deux mètres de largeur près de répaisse muraille où élait la porte d'entrée et diminuait de largeur jusqu'au fond où il n'avait plus que quatre-vingts a quatre-vingt-dix centimètres; sa longueur était d'environ cinq mètres. La voûte, très élevée, était percée d'un trou dont l'orifice devait être au niveau de la partie supérieure du rempart. Les murs, de pierres brutes, n'avaient jamais été enduits de mortier. On y sentait une odeur de moisi particulière aux lieux humides.
Environ une heure après celte scène, la porte s'ouvrit; on nous donna nos coiflures qui étaient restées dans le premier cachot ; on plaça près de l'entrée une cruche pleine d'eau, un baquet et deux boites de paille.
Nous étendîmes la paille sur la terre et nous désignâmes les places pour nous coucher. Barbes, qui était le plus grand d'entre nous, fut placé à l'entrée, afin qu'il put s'allonger pour dormir ; ensuite nous nous plaçâmes a côté les uns des autres ; la moitié, c'est-adire quatre, furent obligés de dormir sans pouvoir s'étendre : le cachot n'était pas assez large. Le jour suivant, on renouvela notre eau et l'on nous apporta du pain ; le quatrième jour seulement nous eûmes de la soupe.
Dans la prison de DouUens, les condamnés de VersaiJIes étaient coiwcww^ viwVv^ tM-^vk'wvva batterie par-
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ticulière pour se reconnaître dans le cas où ils seraient séparés dans la même prison sans pouvoir communiquer. Cette batterie pouvait se battre sur les planches ou contre les murs; celui qui l'entendait devait répondre; c'était le moyen d'indiquer sa présence sans être obligé de crier, ce qui aurait pu le faire punir. Lorsque nous fumes seuls, nous détachàmes une pierre du mur et nous fîmes la batterie a tout hasard. Nous voulions savoir si nos amis étaient restés dans le premier cachot où nous étions d'abord. Apres avoir exécuté la batterie, nous prêtâmes Toreille, mais nous n'entendîmes rien ; nous recommençâmes et bientôt nous entendîmes des coups sourds; c'était notre ami Gambonqui nous répondait. Cliaque jour, nous nous servions de cette batterie pour nous dire bonjour le matin et bonsoir avant de nous endormir.
Le cachot n'était éclairé que par la lumière qui passait par le trou de la voûte et par celle que filtrait une ouverture de quelques centimètres au-dessus de la porte.
Entre le lever et le coucher du soleil on y voyait assez pour distinguer les objets, mais h aucune hinire de la journée on n'y aurait assez vu clair pour lire, si nous avions eu des livres.
Une sentinelle se promenait jour et nuit devant la porte. Parmi les soldais qui furent appelés à faire faction devant le cachot, il s'en trouva plusieurs cornllètement dévoués aux idées républicaines; ils se mirent en rapport avec des parents de détenus qiii étaient venus se fixer à Talavià. \iv\ ^^ ^^^ \!«^iî^.^^^^
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se chargea de nous faire passer plusieurs objets que jyjmo Vauthier lui avait remis.
Une nuit, on frappa des petits coups à la porle; Tun de nous se leva et demanda à voix basse ce qu*on désirait; la sentinelle dit qu'elle avait un paquet de cigares et des allumettes à nous faire passer.
Le bas de la porte joignait mal; en creusant uu peu avec le manche d'une cuillère on arriva vite à faire passer la boîte d'allumettes et les cigares. Les fumeurs Barbes, Mazin etBarrère furent très salisfaits et remercièrent chaleureusement le brave garçon qui s'exposait à une punition sévère pour nous obliger.
Une autre nuit on nous fit passer de la même manière une lettre, du papier, des plumes et de Tencre, Nous eûmes de la peine à lire la lettre; elle était de la femme d'un détenu; elle nous disait que nous pouvions avoir confiance on la personne qui nous remettrait la lettre. Cette lettre fut lue par l'un de nous a la clarté des allumettes que deux autres brûlaient alternativement.
Le lendemain on nous donna de la viande; je peu ■ sai au luminaire qui nous manquait; je proposai de mettre de coté la graisse pour faire un lampion. Le hasard nous servit à souhait: on nous donna un bout d'os à moelle; je le mis de côté pour en faire la lampe que je projetais. Le jour suivant on nous donna du lard ; on en mit une partie en réserve. Je remplis de lard l'os creux, je fis une mèche avec la moitié de la houppe d'un Lonnet de coton et j'allumai. Li Jumière q^ue now^ ào\\\m\. wc^lv^ lamçe n'était pas
belle, Todeur qu'elle répandait n'avait rien d'agréable; néanmoins, elle nous rendit des services telle qu'elle était. D'ailleurs, nous n'avions pas à choisir et, dans notre situation, nous n'avions pas le droit d'être difficiles.
Deux ou trois jours après la confection de notre lampe, un factionnaire nous fit passer de nouveau un paquet de cigares. Nous lui demandâmes s'il voulait se charger de mettre h la poste des lettres que nous écririons; il nous dit qu'il s*en chargerait bien volontiers. On alluma la lampe et, à sa triste lueur, j'écrivis quelques lignes a ma mère pour la tranquilliser à mon sujet.
Nous restâmes dix-sept jours dans cet affreux cachot, accroupis ou couchés sur la paille, dans la crasse et la puanteur. L'humidité me glaçait jusqu'à la moelle; je craignais d'y contracter des douleurs rhumatismales, mais Thomme a la vie dure.
Tous mes amis se sont bien portés ; il n'y a que moi qui ai souffert pendant quatre jours d'un mal de dénis très douloureux.
En général, nous faisions bon cœur contre mauvaise fortune; c'était un moyen de narguer nos geôliers. Nous passions une partie du temps a chanter, à déclamer et a raconter des histoires. Langlois'nous faisait le récit de ses voyages maritimes et de ses aventures dramatiques en Patagonie. Barrère et moi nous racontions des histoires de caserne. J'ai
' M. Amédée I<angKiis, es-oflicier de marine, a été colonel d*une lésion de 11 gainle nationale pendant le siège de Paris. Il fut bUaté à Buzeaval et nommé député eu ISll.