JE SUIS MIS AU CACHOT
déclamé toutes les tirades de tragédie dont j*ai pu nie rappeler. Chacun de nous faisait ce qu'il pouvait pour distraire ses compagnons d'infortune.
Les soldats avaient vu une nartie des mauvais traitements que nous avions subis; ils le racontèrent dans la ville, en exagérant probablement. Nos amis de la Montagne furent informés de ce qui se passait et le gouvernoment fut interpellé en séance publique. Le minisire promit de faire faire une enquête. 11 envoya un inspecteur général des prisons s'assurer par lui-même si les faits articulés a la tribune n'étaient pas empreints d'exagération.
L'inspecteur général vint à Belle-Isle, s'enquitde l'origine du conflit, se fit ouvrir notre cachot, nous salua, donna un coup d'œil dans Thorrible fosse où nous étions et lança un regard écrasant au directeur qui l'accompagnait, puis il se retira a demi suffoqué.
Que se passa-t-il entre l'inspecteur général et le directeur de la p]|'ison ? Nous ne l'avons jamais su. Mais une demi-heure s'était a peine écoulée qu'on nous fit sortir du cachot. Combien de temps y serions nous demeurés sans l'intervention de nos amis de l'Assemblée législative?
Le directeur avait évidemment fait trop de zèle en nous mettant dans ce lieu infect. Jamais d'autres détenus n'ont étéremis dans ce cachot. Dans la suite l'administration fit construire des cellules de punition pour ceux qui commettaient des infractions nw règlement. Ces cellules étaient propres et saines et ne
3W MKMOIRKS ET SOUVENIRS
ressemblaient en riei\ au petit cachot de la citadelle.
Au lieu de nous ramener dans nos anciennes chambres on nous conduisit dans le quartier des cellules.
11 y avait six cellules par corridor; j*eus pour voisins les citoyens liarbès, Daniel Lamazière, Maigne, Gambon et Vauthier.
Le citoyen Blanqui était dans le corridor h c6(é.
A quelque chose malheur est bon, dit-on : cela fut vrai pour mes amis et pour moi. Notre mise au cachot fut cause qu'on nous fit passer dans le quartier des cellules où nous étions beaucoup mieux sous le rapiîort du logement et de la tranquillité.
Pendant notre siyour au cachot, le directeur avait fait enlever nos malles, et sans le moindre scrupule les avait fait ouvrir; puis il avait visité nos papiers et s'était emparé do tous ceux qui étaient à sa con venance. On ne r.ous rendit nos malles, qui contenaient nos livres et i:otre linge, que le 1*** juillet, juste un mois après notre sortie du cachot. C'était un supplément de punilion.
Lorsque je réclamai les papiers qu'on m'avait enlevés, le directeur me dit : « Je les ai envoyés au ministre de l'Intérieur; écrivez-lui, il vous les rendra, s'il le juge à propos. » Mes papiers furent perdus. Heureusement que ces papiers qu'on m'avait voîés m'étaient tout personnels ; depuis longtemps j'avais l'habitude de ne jamais rien garder de ce qui aurait pu compi'omettrc quelqu'un.
A la suite de celte affaire, le directeur et l'insçec-