‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 13 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Départ de Loais XVI pour Vareopes et son retour. — ÀAsemblée législatWe.— Goniniencenient delà guerre.— Émeute du ao juin. Illuuons des royalistes.— Tentatives de M, Lafayctto en faveur du roi.— Leur impuissance et %b fuite.

L'assemblée constituante continuait cependant de travailler à l'œuvre de sa mauvaise constitution ; mais elle fondait le système représentatif, bienfait qui nous a coûté si cher^ et qui seul peut sauver la France. Tous les pouvoirs étaient venus se réfugier dans le sein de cette assemblée ^ depuis que le roi n'avait pas su les

MÉMOIRES ET 80UVBNI119 BU G. LAYALLETTE. Si

conaeryer. I/opii|iion pi|bKque, souveraine ca* prioiease et jalouse , aTait coifiinencé son règne orageux. Louis, qu'elle éloignait du trône, sentant qu'il ne régnait plus, pensa qu'il retrouve^ rait son sceptre et sa couronne là où son frère et le petit troupeau d'émigrés qui l'entourait essayaient, sous le joug de l'étranger, une attitude menaçante. Ne pouvant plus espérer de trouver des Francis pour l^aider dans sa fuite , le roi confia. son projet à un étranger, Pambas" sadeur de Suède. Cette entreprise fut conduite avec une habileté et un dévouement dignes d^une plus heureuse issue. Le 2 1 juin , à huit heures du matin, Paris apprit avec un extrême étonnement que toute la famille royale avait disparu. Mais à ce premier sentiment succéda brusquemmnX une indifférence si générale, et le parti de se passer du roi et de la royauté fut si prononcé, que la grande question de ta république parut décidée. Scellement la honte d'avoir été dupes fit naître dans beaucoup de gens le désir de voir arrêter les fugitifs. On connaît les détails de Tarrestation à Yarennes. Drouet le maître de poste, que j'ai connu long-temps après, m'a dit que le roi aurait passé sans obstacle s'il avait voulu monter à cheval au moment oà il fût arrêté; que

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lui, Drouet, était trop ému pour avoir en ce moment une volonté ferme; que d'ailleurs l'escorte était plus que suffisante pour contenir le petit nombre de curieux qui s'étaient assemblés autour de la voiture; qu'enfin plus tard encore, quand le tocsin en eut rassemblé un plus grand nombre, quelques mots prononcés en roi les auraient dispersés ou contenus. Mais il ne voulut pas, ou plutôt il n'osa pas. Que l'histoire serait sévère pour ce prince si son infortune eût été moins grande!

Sa rentrée à Paris offrit le plus triste et le plus imposant des spectacles. Une immense population s'était pi'essée sur son passage ; cent mille hommes sous les armes bordaient la route et les Champs-Elysées jusqu'aux Tuileries; un sentiment de délicatesse autant que de fierté avait imposé silence à cette multitude. Un homme qui aurait été privé de l'organe de l'ouïe aurait cru voir une entrée solennelle , et cet appareil formidable était pour des prisonniers. C'était 4a seconde fois qu'ils traversaient, dans les angoisses, celte place décorée de la statue de Louis XV. Ib devaient encore s'y arrêter une troisième fois,, pour y périr par la main du bourreau. La vue de cette famille brisait le cœur. On com*

DU' COMT£ LAVALLETTE. 55

roençait à s'épouvanler de cette incompréhensible destibée y et les âmes timides s'en éloignaient comme de ces êtres marqués du sceau de la fatalité, et dont l'approche donne la contagion du malheur. .

L'assemblée nationale prit le seul parti raisonnable qui lui restait, ce fut de suspendre les fonctions royales; et Louis XYI prit le plus mauvais , celui de vouloir encore être roi, lorsr que sa ftiite avait consacré sa résolution de ne pas vouloir exécuter franchement les lois nouvelles, et sa haine pour tout ce qui s'était passé depuis la révolution. Son retour forcé, et toutes les circonstances qui l'avaient accompagné, avaient détruit la majesté du trône et toutes les illusions sans lesquelles^ la royauté n'existe pas en France. Peu de temps après , la constitution terminée fut présentée à son acceptation , il la signa ; et ici commence la longue série des actes qui lui ont été reprochés dans son procès. Tout est difficulté pour une ame faible. Mille dangers se présentaient à l'esprit du roi ; et il faut avouer qu'il était encore plus malheureux par les gens qui l'entouraient que par ses dispositions personnelles. Une foule d'ambitieux assiégeaient les portes du palais. Le roiiprit pour ministres, lui

qui n'avait pas de foi à la constitution , des hommes qui voulaient l'exploiter à leur profit, et qui tantôt luttaient contre la déraison publique , mais qui trop touvent la caressaient. Où lui laissa cependant essayer, d'abord asses tranquil-* lement, les faibles prérogatives de Ift royauté constitutionnelle^ Il put former une garde pûur la protection de sa personne; mais il lui donna pour commandant ses amis, ennemis de la ré*^ volution. La loi compléta cette garde de soldats et de sous-offîciers travaillés par l'esprit révolu^ tionnaire » et l'on y fil entrer en petit nombre des fils de citoyens placés là seulement comme échantillons de la bonne foi royale. Aussi la dés-^ union passa bientôt l'espérance des républicains^ et le roi d'ailleurs ne ptit aucun soin pour s'uttà-^ cher sa nouvelle garde : les attentiolis, la séduc<^ tion des paroles^ et tout Tartifice aimable aveê lesquels on attire les hommes étaient inconnui depuis Henri IV à sa postérité. L'étiquette dédai^ gneuse méprisait de tels moyens comme un ma^ nège vulgaire; aussi je ne sais plus isotts quel prétexte un décret de l'Asseiûblée l^slàtive pf 0-» nonça la dissolution de cette trOupe^ déjà élevéi^ au nombre de plus de quinte tenta hommeè> Deux obscurs municipaux vinrent la tirer du

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palais des Tuileries et e'en ûreut suivre jusqu'à rÉcole*-Militdire^ où elle mit trânquillemeat bas les armes : lelemlemaio il n'en restait plus traces» Cependant, par une singularité qui n'appartient qu'à l'histoire de notre j^e^ des rangs de ces soldats obscurs ^qui venaient de passer sous le joug le pliis honteux, sont sortis un maréchal de France (Bessières)^ homme éminemment distingué par son courage autant que par son fidèle dévouement à son maître^ et un roi reconnu par loua les souverains de l'Europe^ dont la vie fut si éclatante par sa brillante valeur, et qui aurait mérité d'obtenir de belles pages dans l'histoire si^ dans ses derniers jours, il n'avait pas flétri sa couronne par une odieuse ingratitude envera son bienfaiteur.

£i' Assemblée constituai te> fatiguée de ses longs combats I avait cru , par désintéressement autant piBut^étre que par découragement, devoir abaadonner le champ dé bataille z l'Assemblée législative lui succéda. Celle-ci trouva autour d'elle la haine àe la royauté dans le peuple , la haina de la Constitution dans le roi , le découragenient dans les honnêtes gens^ et une action pleine d'^nei^ie pour la république. L'assemblée se partagea sous deux bannières. I^ parti le plus nom-

breux et le plus riche en talens, ce qui est singu* lier, travailla à la destruction de la monarchie avec une ardeur et un aveuglement tellement déplorable ^ que ceux de ce parti qui vivent encore, n'ont jamais pu donner de motifs satisfaisanspour justifier une telle frénésie. L'AssembJéelégislative à son ouverture avait reçu le roi d'une manière indécente, et le livre de la constitution avec une solennité ridicule. Il ne faut qu'indiquer au peuple la route de la destruction et du mépris, il y marche à pas de géant; et dans cette circonstance il ne se trompa pas, car il prodigua toute sa haine au roi , et bientôt ensuite tous les ridicules à la constitution. Mais le roi était une victime en réserve, sans défense, et qu'on saurait bientôt retrouver pour la sacrifier. Avant tout il était nécessaire de détruire les lois fondairientales. On attaqua donc cette constitution dans son essence, dans les ministres chargés de l'exécuter, dans le roi chargé de la protéger. Depuis trois ans on publiait des lois avec une profiision isans bornes : ces criées journalières leur avait ôtë la gravité, qui est leur caractère le plus essentiel; aussi le mépris eut peu de chose à faire pour les prostituer. Restait encore le souverain , dépouillé, outragé, cet ecce homo qui avait tout

supporté sans lever les yeux devant une nation dont la première et la plus constante idole a toujours été le courage. Il fallait abattre ce roi, et jamais entreprise n'a été conduite avec une audace plus éclatante. Le nombre des outrages, leur gradation, leur diversité et jusqu'au terrible moment de la chute, tout fut calculé avec un sang-froid et une profondeur de combinaison qui n'ont aucun exemple dans Fhistoire. Si l'heure fatale de la destruction a été reculée, il n'en faut pas faire un' mérite aux efforts de la cour j les révolutionDaires voulaient tout prévoir, et il leur importait de couvrir d'ignominie la victime avant de l'abattre.

Les souverains de l'Europe pensèrent alors qu'ils ne devaient p^ rester étrangers aux résultats de nos dissensions; non pas que la révolution de France les effrayât, car ils espéraient trouver son af&iblissement dans nos désordres. La puissance de cette nation brillante leur avait fait payer sa gloire si chèrement! sa civilisation même, qu'il avait bien fallu laisser pénétrer chez eux, blessait tant les amours-propres ! Quand ils aperçurent enfin que les grandes questions de l'organisation sociale attaquaient les trônes , ils se décidèrent à prendre le parti d'opposer des

58 MÉttOIBSS ET SOUVENtAS

digues au torrent qui les oikeiiaçait Deux d'entre eux se réuairént à Pilnitz chei l'âècteur de Saxe^ trop sage t>our approuver leurs desseios f trop Êdble comme souverain pour pou* voir les repousser de ses Etats. On vit, à côté d*un empereur d'Autriche et d'un successeur du grand Frédéric , un prince français souscrire au dé"merobrement delà France et à son déchirement, sans oser ou daigner dire un mot en Êiveur de sa patrie. La nouvelle de cet acte inouï ^ et qui ressemblait tant au déchirement de la Pologne^ tomba dans Paris comme la foudre. La grande question delà guerre fut agitée dans l'Assemblée législative. Les discussions qui eurent lieu dans cette chambre obtinrent moins d'influence sur l'opinion que celles des Jacpbins, où Robespierre commençait à dominer. Cet homme vota contre la guerre. Avait-il le pressentiment que la gloire militaire lui serait un jour fatale? craignait •>> il que les Français ne fussent battus; que les étran^ gers ne détruisissent la république qu'il voulait fonder, et ne le punissent des forfaits qu'il allait commettre? Cependant malgré^a £action la guerre fut résolue. C'était le parti le plus sage à prendre; car l'ennemi était bien décidé à la commencer, et la Fmnce) mal préparée, aurait perdu tous

DV GÔMT£ LAVALLETTE. &g

les avantages de l'agression. Le roi nomma pour che& de l'armée les généraux qui s'étaient prononcés pour la révolution, MM. Lafàyette, Luck* ner^ Montesquieu, Biron^ de Broglie^ Custines, Kellermann, Beauhailiais, etc.

Mais déjà les Jacobins, puissance formidable^ avaient parcouru ud chemin immense en avant de Ces patriotes de 1789. La république était le gouvertiéûient favori de ceux-là ^ et ceux-*ci en étaient restés à la monarchie constitutionnelle. La première action de la guerre fut honteuse. On voulut attaquer l'ennemi sur Mons : nos ti'oupes furent repoussées avec un tel désordre, qu'on aurait été tenté de cl:*oire que c'était une affaire arrangée ou avec la cour^ ou avec les Jacobins, si la loyauté deè généraux eût été moins connue. M^ de Dillott , l'un des COmroandaiis ^ fût massacré à son retour par les soldats^ furieux de la honte dont ils s'étaient couvertSi Mais k Paris les Jacobins jetèrent tout le blâme sur le roi 9 et persuadèrent à la masse du peuple qu'il était impossible que les troupes remportassent des victoire^ avec des généraux nommés par lui. Cela était vrai; car le monarque ne régnait plus ; Tarmée ne pouvait plus tirer sa force et son or^ ganisàtion de lui. Les chefs eux-mêmes, placés

6a MÉMOIRES ET SOUVENIRS

dans bne position détestable et pressentant un changement dans PÉtat, ne savaient plus pour qui ils combattaient. Le territoire sans doute devait avant tout être protégé; mais' il fallait cependant savoir au profit de quel gouvernement. Les généraux faisaient tous partie de la noblesse; ils avaient voulu la liberté, mais dans une monarchie, et les doctrines des Jacobins devaient peu leur plaire. Ceux-ci se décidèrent à terminer toutes les incertitudes, en accélérant la chute du trône et l'établissement de la république.

J'ai dit plus haut que la garde nationale , vé^ ritable sauve-garde du roi , avait été découragée par la cour; elle fut ensuite intimidée par la faction des Jacobins. La destruction du trône et l'établissement d'une république, résolus et proclamés par des hommes furieux, que des torrens de sang à verser n'intimidaient pas, épouvantèrent les honnêtes bourgeois de la capitale. S'ils avaient été doués d'un peu d'énergie, si l'union eût régné parmi eux et s'ils s'étaient comptés, le trône aurait été préservé. Mais pouvait-on exiger que d'obscurs citoyens eussent en partage une prévoyance qui avait manqué aux hommes du plus haut rang, et qu'ils se fissent

DU COMTE LAVALLETTE. 6l

tuer pour un souverain qui ne voulait pas se défendre? Us se tinrent donc à l'écart, et lers factieux, délivrés de cet obstacle, ja'eurent.plus d'ennemis à combattre que le régiment des gardes suisses. Le roi l'avait préféré pour sa protection à ses suje^ts, parce qu'il lui paraissait sans doute plus' copiroode de solder des étrangers que de s'attacher des Français. Il ne fut pas difficile aux Jacobins d'échauffer le peuple contre les Suisses. Bientôt, par leurs discours et leurs écrits., la rage égala celle des taureaux de l'Espagne contre la couleur rouge. « Pourquoi des paysans de la « Suisse forment-ils la garde du roi des France çais? Pourquoi ces hommes, si étrangers à nos « moeurs, à nos usages, à notre langue, se trou- « vent-ils entre le peuple et le roi constitutiona nel ? N'y a-t-il donc plus de soldats français ? « La garde nationale est suspecte à la cour; il hii «faut des étrangers pour gardes, en attendant 9. des étrangers pour triomphateurs. La famille (c royale , les généraux , les puissances ennemies « sont liés par un pacte secret dont l'exécution a se développe chaque jour; la trahison est par- « tout, et si l'on ne prend bientôt des mesures, «la France entière, et surtout Paris, vont être « mis à feu et à sang. Il n'y a pas un moment à

6ai MÉMOIRES ET SOUVENIBS

«perdre. » Ces discours séditieux circulaient dans mille pamphlets, étaient répétés dans toutes les réunions de la populace avec cette énergie grossière si puissante sur elle; ils échauffaient des têtes ardentes qui depuis long-temps avaient perdu jusqu'au souvenir de l'ordre et de la soumission. Les Jacobins entrèrent donc en cam<r pagne; mais ils voulurent cependant commencer par un essai, et obtenir sans doute, au milieu de la fureur d'une sédition nouvelle, ce qui leur paraissait encore incertain dans une attaque réglée. Le 20 juin , la masse du Êiubourg s'ébranla et descendit sur le château des Tuileries, sous le prétexte d'exiger du roi la sanction de plusieurs décrets qu'il avait refusée. Le général l^afayette n'était plus à Paris ; les chefs de division commandaient la garde nationale à tour de rôle ; mais aucun d'eux n'avait d4nfluence. L^ordre qui fut donné aux citoyens de se réunir au château ne fut point exécuté , et la famille royale fut réduite à ses propres forces et à ses courtisans, qui ne parurent pas. Les factieux entrent au Château , brisent les portes et pénètrent jusque dans Tappartement du roi, qui s^avance noblement vers eux. La vue du prince, son maintien si calme déconcertent les premiers qui s'étaient

' DU COAITK LAVALtETrE. 63

aîvancés, et qui probablement éraient les plus

déterminé^. Ce premier moment sauva lé roi et

sa £imille. L^s cris et les imprécations de la foule

qui suivait furent sans effet : le moment du mas*

saorè était manqué, et les chefs ne purent le

retrouver. Il s'établit une espèce de dialogue bi-

sarre eiitre le roi et ces hommes grossiers. Leur

vanité fut flattée; mais il ne put éviter Tignomi*

nie du bonnet rouge : les cris de rage , les injures

les plus atroces ébranlaient les voûtes. La reine

était surtout l'objet des plus terribles menaces ^

et cette princesse était dans la salle. La condes*

cendance du roi ne fut do^c jpoint une faiblesse:

il faut gémir sur sa destinée , et considérer cette

insulte barbare du bonnet rouge de même œil

que la couronne d'épines placée sur la tête du

législateur des chrétiens. Ce misérable triomphe

satisfît les Jacobins ; ils firent écouler la foule ,

bien décidés à prendre des mojens plus décisifs.

La journée du qo juin avait signalé )e triomo

phe des factieux; mais ouvrit-elle enfin les yeux

à la cour et à ce parti royaliste qui prétend

s'être montré toujours si courageux, et qui s'est

toujours proclamé si puissant? Si 1^ roi avait

encore des illusions, il ne pouv^iit les tirer que

des succès des ennemis de la France. Déplorable

64 MEMOIRES ET SOUVKlffRS

ressource! Mais il devail bien sentir que leur triomphe était son arrêt de mort. Quand une grande masse d'hommes, conduite par des che& audacieux et habiles , a placé tous les excès et toutes les violences entre elle et la réconciliation, elle ne doit assurer ses succès que par des crimes. Il ne restait donc au roi que le parti le plus noble à prendre; c'était l'abdication ; c'était de d^oser tous les pouvoirs de la royauté, de quitter les Tuileries en plein jour, à pied, en* touréde sa famille, de licencier sa garde, d'éloigner ses amis, et de mettre sa vie entre les mains des magistrats. Mais f 'était une action grande, et ce prince n'en e^t pas le sentiment.

Je sais qu'il est facile de raisonner d'après les événemens; mais ici la conduite était tracée par la position. Plus d'espérances , plus d*amis dévoués jusqu'à l'héroïsme, et il fallait que le dévouement actif s'élevât jusqu'à la mort; plus de pouvoir, car ses ennemis le tournaient contre lui; flétri sur le trône, il fallait enfin redevenir homme. Cette noble démarche aurait frappé tous les esprits : le peuple n'avait encore vu en lui qu'un roi. vulgaire; mais ce roi se dé* pouiUant de la pourpre , descendant du trône et disant à la nation i- a Je vous ai gouvernés pen?

« dant dix-huit ans avec modération ; vous m'en- « levez la force nécessaire pour tenir les rênes «de l'Etat, vous voulez une république, éta- « biissez-la ; je cède à votre volonté. En aban- « donnant le trône, je vous demande la vie de ma « femme et de mes enfans. Quant à moi, je reste « entre vos mains : vos outrages et vos supplices a peuvent s'épuiser sur mon corps ; mais mon ame «appartient à Dieu, vous ne pouvez ni l'affaiblir ce ni l'abaisser. » Ou je copnais bien mal les Français, ou de tels accens les auraient profondément émus, s'ils ne les eussent ramenés. L'infortuné monarquevoulut au contraire conserver un sceptre brisé dans ses mains; l'on en con* naît le résultat.

Parmi les personnesque je rencontrais dans la société, mon attachement à Ja cause royale me fit distinguer par un gentilhomme appelé le marquis de Verdière: c'était un vieillard d'un esprit vif et chevaleresque. De longs services dans rinde l'avaient élevé au grade de marechal-de^camp; il était sans fortune, et à soixante* cinq ans il venait à la cour solliciter des dangers pour son roi, avec la même gaieté qu'il en avait brigué dans les combats pour sa gloire. Cet aimable vieillard m'avait pris en amitié, je I. 5

66 itiMôiBli^ tt àonVÈifiRs

lé voyais tou^ left jour $ et surfont datis Tititer^ valte du 20 juin a(i lô août. C'est par lui ^ que f ai pu me faift*e une idée de toutes» left illusîoiis d'enfans qui bei*Çaient ces pauvfes défenseurs du roi; ils avaient marché pendant trois années sous les outrages de leurs ennemis, et loin de fixer leurs regards sur un avenir inévitable, ils triomphaient quand un pamphlet bien acre et às^ais'ofatié de bonnes plaisanteries, obtenait quelque succès. IjC soir je le trouvais abattu, consterné; le lendemain il était rayonnant dW pérânce. C'étaient deis lettre^ reçues d^Cobletttt, qui ânnoiiçaient la marche de trofe armées forhiidablès; ou l'insurrectrott d'uôe province; ou quelques complots bien obscurs qui devaient ^Sdateft* tomme la foudre , et réduire les Jacobins é¥i poussière. Mêmte après le ad' juînj il croyaît éfncbV^ àitt sucéès les plus dëi^siCi: un ittifflensè "paHi se formait dans la gardé âàftïonâle , lès ministres le protégeaient, et là fédération dû i4 juillet devait être le signal du triomphe en roi sUr ses entremis. II al'riva ce jour tant désimé, et il n^éclâira que de nbuVeauic outrâfges contre TînlFortuné monârqtfe.

Ije peuple de Paris Ss^était engoué à<;ette époque d^un député de PAssèmblée lé^slative appelé

DU COMTE LAVÀLLISTTB. 67

Pétion. Cet hoiQme gisait partie de la députa* tioa de l'uq des dépar|;emj9ns de l'aocieime Picardie. J'ai cherché vaineioient dans me» $Quvemrs, cQmtaeut il était ariivé à la iHi^iirie de Paris: les écrits du teasps n'ont conservé de lui aucune action , aucuji discours , qui aient établi s^ célébrité. Il est cependant probable que son pyarti lia a ^rpuvé quelque talent, pour Téleyer au poste én^joent de premier magistrat de la ca*» pKtalevJL uœ époque où cette magistrature avait une influence si considérable même sur l'assemblée. C'était un bomme dans la maturité de l'âge, 4}'ttne taiUe élevée et d'une figure assez distin^ guée, avec des formes polies; il avait de Tau*da^e dass le caractère , et c'est probablement cette qualité qui détermina le choix de son !parti. Peutrétre aussi cette audace n'étaitHelle que 4e l'ambition placée dans un ^esprit borné: rien oe ressemble, tant à du courage que Tigporanoe du dang«\ Pfétion était donc l'idole du^'peuple; a succédaitàM.Bailly,qui9 peu de temps savant, avait employé toute la sévérité des lois cqntre Jes factieux qui s'étaient vassembiés au Ghamp*- •dtt-Mars pour y proclayner la république ; sur leur refos de se disperser, il déploya le drapeau rouge, signal de l'exécution de la loi martiale,

et fit tirer sur eux. Mais un maire qui caressait tous les caprices de la multitude , et qui s^était voué aux républicains ^ devait exciter un grand enthousiasme. lie jour du i4 juillet^ Pétion pa^ rut à la tête de tout ce que Paris renferme de plus grossier et de plus turbulent. Plus de cent mille hommes portaient sur leurs chapeaux les mots écrits en gros caractères : Pétion ou la mort C'était le mot d'ordre du jour, et comme la maxime fondamentale de l'épouvantable anarchie qui allait exercer ses fureurs.

Le roi fut traîné à cette cérémonie avec sa famille, n put entendre encore une fois , et ce Quêtait pas la. dernière, les accensde la haine et de la rage. Il se plaça dans le même palais , à la même fenêtre, où deux années avant l'élite de la nation s'était rassemblée devant lui , pour lui rendre un hotoniage de vénération et de reconnaissance , qui alors était sincère. Sans doute la prévention avait dû, dès ce moment , écarter de l'esprit du roi les illusions qu'un peuple fidèle lui. prodiguait, et cette nouvelle représentation si sombre, ne devait être pour lui que la conséquence de la première; mais qu'elle était dififéi*ente pour les hommes qui suivaient avec attention la marche des événemens! En 1790, un

BU COMTE LAVALLETTB. 69

grand peuple, e^calté par la liberté^ puissant de la conscience de sa force et de ses droits, voulait fortement la monarchie fondée sur des lois; l'union la plus touchante semblait régner entre le peuple et le souverain. Les orages de juillet et d'octobre 89 , les désordres de quelques provinces, avaient profondément affligé; mais on les détestait; l'amour fK>ur le souverain , et la haine de Tanarchie semblaient être une garantie sacrée qu'elle ne troublerait plus là France : au mois de juillet 9a, au contraire, cette nation si généreuse, si unie, semblait avoir disparu de« vant une horde dé barbares. Les accens de la fureur et de la vengeance avaient succédé aux séntimens les plus nobles. Ce monarque , idole de la nation , cette famille , son espérance la plus chère, étaient flétris sous les plus sanglans outrages; on la traînait dans les places publiques comme dans d^s lieux d'exécution. A cette cérémonie de la fédération , le roi fut obligé de traverser deux haies d'hommes furieux qui avaient l'insulte à la bouche et la rage dans le coeur, pour arriver au milieu de la plaine du Champde-Mars , et pour y jurer dé nouveau le maintien d'une constitution qu'il avait signée malgré lui, et qui avait déjà disparu sous les pieds des factieux».

ja M^MOfRCS BT SOtJVtNIftS

M. de Jjâfayette^ à la nouTelle de l'attentat du ao juin, avait voulu soulever son at^mée et la conduire à Paris pour y protéger le roi contre les républicains ; il s'aperçut bientôt que tout sentiment d'amour et même d'intérêt pour le monarque était éteint dans le cœur du soldat. On *ne sentait déjà plus la nécessité d'un roi dans la institution, ou plutôt yn ne Tavait pas com-^ prise. L'armée était devant l'ennemi ; elle brûlait du désir d'effacer la honte de ses premiers revers, et d'affermir par des victoires l'indépendance nationale. Ce que M. de I^fajette ne put faire avec son ariïiée, il eut la noble audace de le tenter tout seul. Il vint à^ Paris , parut à la barre de l'Assemblée , s'expliqua avec énergie contre les outrages dont on avait accablé te roi , contre le projet avoué de détruire la constitution, et contre l'anarchie qui allait jeter la France dans l'abînle. Cette noble démarche, quoique appuyée par la minorité de l'assemblée, n'eut aucun succès, et peu s'en fjallut que M. de Lafayette ne fôt mis en accusation. Il se présenta ensuite au château des Tuileries ; il y fut reçu froidement. Loin de lui tenir compte de son dévouement, les préventions de la famille royale étaient si fortes, qu'on assuré que la reine déclara qu'elle aimait mieux^

périr que d'être sauvée par un tel ennemi.

Le général quitta Paris en gémissant sur le sort du roi et de la France ; il fut bientôt suivi par des émissaires de la municipalité, et peu de jours après son retour à Tarmée H se vit forcé , après l'avoir mise sur un pied respectable de défense, d'aller chercher un asile dans les pays étrangers, où il ne trouva, contre le droit des gens, que de$ fers dan^ le^ cachots de l'Aultriche.

CHAPrriŒ V.

Préparatifii de la journée du xoaoût: — Ma compagnie serend aux Tuileries. — Le roi se retire à rAssemblée. — Attaque du Châtean. — L'Assemblée législative se dissout. — Girondins.

Cette entreprise de M^ de Lafayette fit sentir aux Jacobinà qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour TaGcomplissement de leurs projets. La cour se tenait sur ses gardes; il n'était plus possible de tenter un assassinat : une attaque à force ouverte fut donc résolue , et le 4 août fut choisi. Mais soit que les conjurés ne fussent pas encore prêts , soit que ce jour fut indiqué pour

MiMOIRES ET SOUVENIRS DU G. LAYALLETTE. 73

tromper la cour^ l'atta<)ue n'eut pas lieu. M. de Verdière ne quittait pas le Château de la journée , et en rentrant le soir il me faisait partager ses craintes sans pouvoir m'inspirer ses espérances. Des émissaires, me disait-il, sont répandus dans les: faubourgs et jusqu'au milieu du club des Jacobins : on connaît tous leurs desseins. La garde nationale a maintenant pour commandant M. Mandar, ancien officier aux gardes-françaises; au premier ordre donné par lui, nous ne doutons pas du secours de vingt mille citoyens; tout ce qu'il y a d'hommes dévoués à Paris et dans la noblesse se rendra au Château : le roi montera à cheval, et cette journée, marquée pour sa perte, sera celle de son triomphe. Je m'épuisais en raisonnemens pour lui prouver que la garde nationale ne marcherait pas; qu'elle avait perdu toute confiance en sa force; qu'elle était divisée d'opinions, et surtout découragée; qu'enfin les Jacobins l'épouvantaient. Je lui représentais que le chef de division Mandar était à peine connu, et n'inspirait aucune confiance; que trois ou quatre bataillons d'hommes courageux seraient insuffisans pour repousser les assaillans, composés de l'immense populace de Paris; qu'enfin les gardes suisses étaient en horreur , et que le

74 MimOlRVS ET SOlJ¥£NIBS

peuple irrité Jes écraserait de* sa masse; qu'il serait plus $age de s'entourer de cette troupe pour quitter Paris et pour s'approcher de la Normaudie , et pour s'y faire protéger d'une cavalerie qui s'augmenterait à chaque paa. J'appuyais surtout sur |a nécessité de partir des Tuilerie» pendant la nuit; les Suisses étant maîtres du poste du Pout-Tournant, qui donnait sur la place Louis-Quiuze, les premières heures de la retraite se passeraient tranquillement. Il n'y etit pas moyen de lui Ëiire entendre raison : sans cesse il me citait les témoignages de courage et de fidé* Hté déposés dans les pétitions de dix mille et de vingt mille citoyens qui , chaque jour et dans toutes les circonstances, manifestaient hautement leur amour pour le roi et leur haine vigoureuse contre les factieux. Ce ne sont que des si'gnatures, lui disais^je ; les bourgeois ne tiendront pas au premier coup de canon. Vous ne saveis pas ce que c'est que les lamentations des femmes et les cris des enfans. Les honnêtes gens s'enlpn* œront dans leurs lits en pleurant ^ et ils n'en sortiront pas. Je ne pus le convaincre^ et il était le fidèle organe de tout ce qui entourait la famille royale. Le noble vieillarxl/au reste, n'en fut pas moins courageux; il échappa comme par miracle

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aux massacres du Château ; il se sauva à Coblentz« Peu de temps après il revint à Paris^ et il y périt sur Téchafaud,

. Ebfin le lo août fut décidément fixé par les conjurés. Le bataiHon de Saint -Antoine , dans lequel je servais ^ n'était pas décidé à prendre parti dans cette journée , quoiqu'il eût px>ur comniandant un royaliste décidé; mais ma com* pagtiie de chasseurs était commandée par Blève le fils, jeune architecte plein de résolution^ et dans lequel notre confiance était entière. Il nous fit prévenir à deux heures du matin. La majeure partie de la compagnie se réunit à lui y et nous primes à quatre heitres la route des Tuileries* Un triste spectacle nous fut offert le long du chemin. Des groupes nombreux d'hommes du peuple, armés de sabres, de piques, de pisto** lets^ traversaient la rue Saint - Antoine pour se rendre au fiiubourg, et taous regardaient d'un œil menaçant, étonnés de nous voir pt>endre un* autre chemin, et qdelques-uas nous accablaient d'injures; d'autres appelaient leurs voisins. Les femmes étaient aux fenêtres, ou embrassaient daos les rues leurs maris et leuf s fils en pleurant. La sombre énergie de Ces hommes était peinte sur leurs visages et dans tous leurs mouvemens.

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Le silence le plus profond régnait sur les quais à mesuré que nous avancions; le jour semblait reculer devant le spectacle impie qu'allait présenter une ville livrée à toutes les horreurs d'une guerre civile et du plus grand attentat.

Nous arrivàmcis dans la cour des Tuileries un peu avant cinq heures du matin. Le Château à cette époque ne présenftait pas le spectacle imposant qui en fait maintenant une des plus nobles résidences royalesv Cette grande cour y séparée de la place dans toute sa longueur par une grille, était divisée en trois parties; des maisons et des murs encombraient chaque espace ; à la place des grilles étaient élevées des masures occupées par des marchands , et la grande entrée n^était fermée que par une porte à deux battans. Peu après notre arrivée dans la cour du milieu j une compagnie d'artillerie de la section dès Blancs- Manteaux y fit son entrée avec deux pièces de «canon, aux cris de : Vive le roi ! Les bataillons des Petits-Pères et des Filles-Saint-Thomas nous avaient précédés , et étaient en bataille dans cette cour» Nous nous réunîmes bientôt en nous prodiguant les plus touchans témoignages d'amitié; de fidélité au roi et de haine aux factieux.

A cinq heures , on nous annonça que le roi

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allait nous passer en revue; il parut bientôt ^ accompag];ié de quelques officiers de sa maison et d'une vingtaine de personnes en habits de ville, armées d'espingoles, de pistolets ou de fusiljs. Sa tranquillité froide et apathique faisait mal à voirdans une si terrible position. Il nous dit en passant quelques mots que nousî n'entendîmes pas, et bientôt il remonta au Château. Cette insignifiante apparition fit une impression fort triste. Nous en fûmes distraits promptement par les grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui nous invitèrent à signer une proclamation en faveur du roi > faite par un de leurs officiers. Nous nous rendîmes dans une salle au rez-de-chaussée, qui depuis a servi d'antichambre à la section de l'Intérieur du Conseil-d'État. Ce brave homme, blessé quelques jours avant par les Marseillais aux Champs -Élysées^ s'était fait porter, sur une civière aux Tuileries, et nous eûmes le plaisir de rembra3ser. Il me par^t difficile qu'il n'ait pas péri quelques heures plus tard. Je regrette bien vivement de n'avoir pu retrouver son nom.

Les émissaires envoyés au faubourg Saint*Ântoine nous annopçaient de temps en temps que l'ennemi se mettait en marche et allait arriver :

nous étioQS bien déterminés à le repousser. Cependant un dévouement sans bornes à la cause du roi pouvait seul nous fermer les yeux sur notre petit nombre et sur l'extravagance de notre position. J'affirme comme vrai que nous n'étions pas trois cents hommes dans la principale cour^ et qu'il n'y avait personne dans celles du pavillon de Flore et du pavillon Marsan. Les Suisses occupaient tous les appartemens du Château; et pour qu'il n'y manquât rien, le général en chef de cette armée si bien disposée, était un M. dé Wittenghoff , vieillard plus que sexagçnaire^ qui parlait un français barbare, qui ne connaissait ni la France, ni Paris, qui marchait pénible^ nient , et qui certainement n'avait pas la nioixidre idée, m des ennemis qu'il avait à combattre, ni de la position qu'il avait à défendre. En vérité, si les Jacobins avaient été chargés des dispositions des assiégés et du choix du général en chef, ik n'auraient pas mieux fait.

L'approché de l'ennemi détermina le roi à se réfugier dans l'Assemblée législative. Un grenadier de la garde nationale vint nous raconter qu'il avait porté dans ses bras le prince royal sur la terrasse des Feuillans , ^toutes les insultes que la £Em»ille royale avait essuyées dans sa mar-

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che ée la part dé la populace, qui déjà, rempUs- 'Mit cette partie du jardin. Peu après M. Rœderer^ sytidicou président du directoire du départemesit de la Seine, vint au milieu de nous, et nous invita, au nom de la loi, à ne pas attaqtier, mais k repousser la force par la force. Son discours éicait fort sage, sans doute; mais qu'avions-nôus à défendre? était-ce le Château et ses meubles ?" étio»s*nous\in poste avancé? ou le roi, en abandonnant M résidence pour se réfugier au seinr de rassemblée, ne déclarait-^il pas qu'il se livrait à elle, qu'elle était maintenant le souverain, et qu'elle seule par conséquent devait donner des ordres? Cette retraite du roi et le discours de M^ Rooderer jetèrent le découragement et la confusion dans la garde nationale; les canonniers du batailton des Bkmcs^Manteaux jetèrent leurs bricoUes, mirent le pied sur la nièdiie, en déclsirant qu'il n'y avait plus rien à faire puisqu'il ti^ avait plus de roi à défendre.

Pendant cette scène j'étais placé en sentîatdle à la porte de la cour, en éace d'un Suisse, véritable machine , avec lequel il n'y avait pas vm mot i!i échanger. Mais >ub ,aide*de^camp du général Wittenghoff s'approcha de nsoi, et je lui demandai ce que son général préHeadait faire. U

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haussa les épaules, et me dit : Je ne suis pas sur qu'il le sache bien lui-même , mais je crois que notre position est mauvaise; nous avons affaire à des Marseillais ; je connais les hommes de la Provence y et si on a le projet de les ménager, nous sommes perdus. Au moment où. il achevait ces mots, des hurlemens nous annoncèrent Farrivée de ces messieurs , et les portes cédèrent bientôt aux coups redoublés des poutres qu'ils employèrent pour les enfoncer. Tout ce qui était dans la cour se dispersa. Je suivis gravement mon compagnon suisse, qui s'en retournait au pas, d'après Tordre qu'il en avait reçu, et nous entrâmes ensemble dans la salle des gardes.

Les Suisses étaient placés sur les deux bran** ches du grand escalier et dans tous les appartémens, sur trois de hauteur, en face des fenêtres; les officiers cherchaient à les animer; mais leur voix altérée trahissait leur consternation et le désordre de leur ame. J'avais cru trouver des gardes nationaux dans le Château; étonné de n'y voir que des étrangers, je balançais sur le parti que je Rêvais prendre, lorsqu'un officier suisse, me saisissant le bras, me conjura de l'accompagner jusque dans le jardin, où était sa compagnie; mon uniforme était une protection.

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Nous, descendîmes enseimbie. josqu'au. preniier , palier, en face de la porte, qui conduit à Tan* cieime salle du Cqnseil-d'Ëtat. IJt nous trouvâmes le grand escalier barré par une espèce de poutre placée en travers, et défendue par plusieurs offi-^ ciers, suisses, qui disputaient poliment le passage à une cinquantaine: de furieux dont rhabillemont affecté ressemblait beaucoup à celui des brigands de nos iliélodramêa : ils étaient ivires^ et Taccent de leur grossier langage^ et leurs juremens bizarres ,. signalaient la ville, de Marseille qui noMs les avait vomiSi On.leur répétait que la famille royale; était à i'Açsemblée , qu'il n'y avait plus persanne.au Château,. que. les^S«)issés avaient, reçq l'ordre formel d'en défendre l'entrée; mais la raison n'avait aubun pouvoir sur eux.— ^Noqs voulons entier, nous voulons visiter tous les appartemens;-^et les cris de: Vive la nation ! se mêlaient à chaque instant au dialogue^ Les. soldats, au signal ,de leurs officiers, estropiaient aussi leçri de : Vive la nation ! en élevant leurs chapeaux sur les baîoilneltes. Enfin les cpnjurés l'^eroportèfent ; la barrière. céda à leurs efforts, ils se frayèrent jQh passage, et nous en profitâmes pour deacendre. Nous étions encore sous le Viestibule, qu'une fusillade bien réglée I. 6

8;^ MÉfifdmiafs £t âoGtÊNiBfs

patftit des appan^mens, ef presque aussitôt là canobBadesefiletitfsnKiV^. Je suis bieticoi^vaitica queièe soat les^Sfiissès qui ont' cofùttiëttcé le feu; maïméoioirene m'affâsUti in^tfiftlt (¥oit)pésuf cette cinsoBstanee: Au rester elle »st fort inutile à disco^ ler ;U06t bièir prouvé que les conjui^ sont tenus silfaqtteh le t*èi^ et que si les Scrisses ôbt tiré lès preAiierb, c'est qae le projeta était de cdiiiméiicét^ te)cambatydaiKt la cour espiëmt le suecès. Jtflris alors il falllait que les Suisses desd&ildii^nr, ou pititàl <|(i'ili raiircfaàsÀent siar l'enn«itii «f Tfttts^ qiiassenftdaos les ruai, avant qu'il pèt se dévelo^ peif sitfr la fSâde* l\ pài^alt iq«ie le<le$S€âu a^ait éfé éèlé pï^endre nn fiant , puisque des Suisses pbkés dand la t$ouii de Marsan firent ùtte àdrlié; eft s'ëni" parèneot'inéme de <déur pièces de cahéti) distîs ils. furent' repoussés.. Le« premiérèar décbai^i^ partie duiCbàteao avaient tué ou b)e$âé beâfn- (H^upcle^inaiidey.etla cooi* prtecîpale avait été promptement évacuée; maist \k éanotinad^ jet^ le'dé84n*dre et là con^tet^ition parmi lesfShissèà: ife' qutttârent ksifeiiétreîsr^ rennéfni re|#ît courage^ >trdversa de-fibuVeàu la dôtfi-^ vm pas' de Qdurae^etisepiiéeipita^àtf lé» (i^psirtettleiifs. Les msdbeureor Suisees ne suti^t plu^ se déf^ndi^e : bièalot le plu^ Ubrribk massacre étir^ïhenç^j et

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fié se termina qu'à Ift mort du dernier d'entre eux. On les-poursuiifait de chambre en d^anabrte; le6 détoUis les plbs obscurs> les cdfainetë les plub retirés, leA ehelniiiées méMte, dans lesquelles qxielques-uns étaient montés, ne poretit les sao" ▼er du massacre; ofi les j'et»if par les feoétnes^ et leurs cadavres nus furent exposés aux riëées barbares ^es femmes du pëitple, comme à la Sai'Qt'-Bartfaélètm ceux dés prëtestans égorgés furent l'abjel; «des iniames plaisanteries des fem* thés dé la cour.» Deux heures auffinent pour ex* terminer douae cetits soldats aguerris, bien disciplinés, et oomm^andés par des officiers brades etdévouési Tnsiis ou Quatre cents gevitibbomtoes placés dans les appartemens qui touchent . afu parillon de Flore, et destinés sans doute à atta*" quer Pennémi par éon ûanx^ gauche, parrini^eiit à s'échapper heureiiieine>it par k gmàdé galerie du Louvre. Ils attendaient llssue du combat pomr trtompber.

Cette journée présente tous ksearàetéreà d'une bataiiie, et l'habileté autant que l'audace dél^inina le succès des révélutîonnaired. La^dôs»* position des troupes i^oykles était, cduime je l'ai indiqué plus hatit ^ dépourvue de tout bon iens. l\ è'agîsiiaît du trône et de l'existence de la famille

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