‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 16 sur 33 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Tarrive à Worms. — Trahison de Dumonriez. — ^Retraite de Custines. — Spo rappel et sa coDdamnalioo.—Alexandre Beadharnais lui succède. — Pichegru. — Mission de Saînt-Just. — Atrocités de Schneider.

Les jeunes |[ens seuls peuvent bien sentir tout le bonheur de porter une épaulette, mais surtout ceux qui sortent des rangs. Cest de la va* nité, j'en conviens; mais elle fait des héros. Je n'étais pas destiné à le devenir; ce n'est pas ma faute, car jamais je n'ai éprouvé d'exaltation plus forte. Pendant la route, je me pénétrais de tous I. 8

tenait à lui par aucun lien ; et si elle n'avait aucune affection pour un gouvernement provisoire à peine établi, elle resta du moins noblement fidèle à sa haute destination de défendre le ter* ritoire. et d'assurer l'indépendance de la patrie. Dumouriez perdit la Belgique, et fut obligé de chercher un asile dans les pays étrangers, après avoir commis deux actions honteuses : celle de pactiser avec l'ennemi de sa patrie, et celle de lui avoir livré les commissaires de la Convention et même son compagnon d'armes, le général Beuriionville. A l'armée du Rhin, l'ennemi revint aussi eu force sur nous. Francfort fut évacué ; nous nous retirâmes sur Mayence, et bientôt il fallut s'en éloigner. I^ général Custines y laissa poui* commandant en chef te général Doiré, le colonel Meynier, commandant du génie, l'adju* dant-général Kléber, chargé du camp retranché, et le commandant de la place, M. Aubert<-Dubayet. Le général Blou reçut l'ordre d'évacuer la ville à la tête d'une colonne de quelques mille hommes, et la garnison de Worms fut chargée de prendre position pour protéger cette retraite. Le commandement des quatre bataillons qui formaient cette garnison fut confié à un jeune O0icier d'état^major : c^était Desaix, si célèbre

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dépuis par tant de beaux faits d'armés et par son caractère héroïque. Le généi;al Blou , embarrassé daRS sa retraite par une énorme quantité d'équipages d'administration et ^e personnes étrangères à l'armée, dont on voulait dégager la TÎUe , ne put résister à des forces imposantes^ et fut obligé d'y rentrer. Lui et ses troupes contribuèrent puissamment à faire payer cher à l'ennenii la soumission de cette place.

Le général Custines avait une belle position derrière la Queich : il ne s'y arrêta pas, et préféra se retirer derrière les lignes de la Lutter, s'appuyant aux montagnes des Vosges et au Rhin à Lauterbourg. £n choisissant cette position si éloignée de Mayence, qu'on ne pouvait pas abandonner long-temps, le général en chef avait pour but sans doute d'obtenir un peu de loisir pour instruire et discipliner une armée jeune et sans expérience. Mais il fut blâmé par beaucoup de généraux, et particulièi ement par Coqueberty l'un de ses aides-de-camp. Cet officier, d'un mé^ rite très-distingué, lui était agréable non-seulement par des connaissances remarquables, même dans l'arme du génie, dont il sortait, mais en^ core par une franchise de caractère qui n'était pas sans àpreté. Deux jours- après Parrivéè du

J l8 MilfOIR£$ ST (OUVBNIRS

quarlier^énérai à Weîfi^emboui^^ Coquebert se présenta chet son général > et «près lui ayoir rappelé de nouveau les puissans motife qui au* raient dû lui faire préférer la position de la Queichy il lui dit durement qu*il courait des bruits fîtcheux sur sa détermination contraire , et que le mot de trahison avait même été prononcé. CustineÀ, furieux, saute sur ses pistolets, et les jetant sur la table : Si je suis un traître , lui cria<-t-il , faites*moi sauter la cervelle. Coquebert, frappé par le noble mouvement d'un« ame si odieusement outragée, fut saisi de désespoir, et ne répondit à son général qu'en se tirant un coup de pistolet à travers le visage; il tomba, la m&choire fracassée, mais il n'en mourut pas.

Dans le procès qui conduisit le général GusiiMs à l'écha&ud, Coquebert fut appelé comme tèmoin , dans l'espérance qu'il renouvellerait son accusation ; mais il se conduisit en bonnéle homme, justifia complètement son général, et «'accusa Jui-'méme d'un accès de folie. Il fut employé depuis, et fut fait prisonnier à la batjûUe d'Hondschoote. Je l'aï vu depuis à Paris, et soit par suite des mauvais traitemeosqu'il a reçus dans aa captivité, soit plutôt que cette tête, si remarquable autrefois par sa soUdîté, lût désorganisée

ô§pui» loRgtfcm^s , iJ est dfii^eiiu complèleipeiic ÎO^Q^aé? et il eu mort dans une maison de fom, quoiqu'on lui sut prodigué beaucoup de 6€iins pendant plusieurs âsioées.

Le d^rt du général Ijl(^achad7d lais^ vacpnt« 1% place d^ cbef.d'état-majoFrgénéraldeé'armée: Castioe^ la 4o&na «ku colonel d'Hillier^ , qui fut nommé maréchal-de-camp , et qui «ne choisi); poujr son aide-de-çainp. J'acceptai cet emploi avep use grande joie ^ parce que c'était un avan* cernent, ^et aussi parce qu'il me donnait l'avan* tege inappnéciable de m'instraire. L'armée alors, n^ i^'él«¥fiit pa3 à quarante mille hommes. La compositioa des généraux était bonne : la plus grande partie d'entre eux appartenait à cette partie de la noblesse qui agirait donné des preuves de ^diélité à la pairie en la d^endant contre les étrangers : ils en furent cruelleoient punis. La méfiance contre les iK>ble6 devenait chaque jou^ plas inquiète dans le pouv^au gouvernement, li'armée avait près d^elle des commissaires de la Convention qui partageaient cette méfiance.

«L'c^tmidue des pouvoirs dont ils étaient «revêtus j lenr^n fit pon<»racter promptement les abus. Le général en chef élait 6btigé Ae leur communiquer et de débattre avec, eux, non seulement

laO MEMOIRES ET SOUTEMIBS

ses plans , mais encore tous les détails de Far-* mée. Ils étaient la source de toutes les grâces , et bientôt leur influence devint dangereuse et fatale à la considération du général en chef. Beau* coup de généraux supportaient avec impatience cette hauteur de proconsuls qu'ils affectaient avec eux, et souvent ils laissèrent échapper des plaisanteries offensantes.

liC caractère violent du général Custines repoussait souvent avec emportement des contra* dictions y que l'absence de toute convenance et d'instruction militaire rendaient insupportables. Sa situation devenait chaque jour plus difficile; il fallait cependant agir. La communication avec Landau n'était plus militairement établie. Le siège de Mayence était poussé avec vigueur. Custines fut nommé à cette époque commandant en chef de l'armée du Nord , à la place du général Dampierre , qui venait d'être tué. Il ne voulut pas quitter l'armée du Rhin sans l'avoir tirée de la mauvaise position où elle se trouvait; il attaqua l'ennemi sur toute la ligne, mais sans succès. On a publié dans ce temps qu'il avait voulu faire battre son armée par le corps des émigrés: calomnie absurde ! à peine avons* nous vu cette troupe dans cette journée du

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17 mai; la vérité est, que le général qui conioiandait la droite de l'ennemi à Lauterbourg n'obéit point aux ordres qu'il avait reçus , ou qu'il les exécuta fort mal; l'ennemi qui, d'après le plan du général en chef, devait être tourné par sa gauche , n'étant point attaqué , se trouva en force devant le centre de l'armée commandée par Custines; une charge de cavalerie fut repoussée par la mitraille de deux pièces de canon masquées, et dans sa fuite, cette cavalerie entraîna quelques bataillons; le ne fais mention de cette journée que parce qu on en fit un chef d'accusation contre le malheureux Custines. Il nous quitta le lendenqiain pour se rendre à l'armée du Nord , où les préventions et la calomnie le suivirent. On le destitua bientôt après; il fut mandé à Paris, et il y périt sur l'échafaud. Sa condamnation fut un des premiers crimes de ce tribunal du sang, qui depuis en a répandu par torrens. Custines aimait la liberté, et jamais l'idée d'une trahison n'a approché de sa pensée. Les secours de la religion adoucirent l'horreur de ses derniers momens, et telle était l'espèce de fanatisme de ce temps, qu'un homme qui s'était toujours montré intrépide dans les dangers, fut accusé de pusillanimité, parce qu'en allant

au fiupplice il était 9CC0fup»gné d'uQ eçtUm^s^ tiq4i«*

Le général GustiofSis avait «on fil» pnb de lui i rarmée du Rbin ; ce jeune homme servait <eo qualité d'adjudant -g^^éral. Tous ceuic qui Tout ((^oaiiu raimaient pour toutes les qualités «upé^ rieures dont il était doué. U acoompagna sou père à l'armée du Nord 9 et eusuite à Paris; il If suivit bientôt sur Téchafaud. Il importe peu da savoir de quel prétexte ou «e servit poor con* damner cet aimable jeune bomme; les juges frommençaieal: à fouler aux pieds jusqu'aux formes les pins ocrées. Son âge, son état, ses habitudes 9 le rendaient étranger à iKHil^leslacilons ; sa piété filiale fut le seul cnime qu'on fèî lui reprocher. Il a laissé un fils unique qui ne aéra pas, j'espère, iiïfidèle aux nobles qualités de son père et à la gloire de son aieuL

Le général Alexandre de Beaubemais qui mmr plaça Custines avait aus&i fait partie de cette Assemblée constituante,^ si Séowde en homoies reeommandables. Il n'avait ni les défauts de son prédécesseur, ni son habitude du commandement. Celui«ci était vioieut jusqu'À la bnutaliié , et quelquefois incapable d'enAettdre le langage de la miôon ;maAs il. éiaM; dinde ^u soldat pour sa

frËocfaise et sa populariié» M. de Beauharoais avait un esprit très - cultivé , un caractère calmé f ornant l'ordre , la disctpline et le travail ; il était d'une activité infatigable. Son coup d'œil était juste et prompt , et sa bravoure froide et brillante le fit aimer promptement de l'armée. Modeste et même un peu circonspect, réservé devant les troupes^ leur parlant peu, il n'cibtiot pas r^ntlionsiasme du général Custines^ qui aimait a les iiaranguer, qui connaissait les noms des simples soldats, qui les visitait aa camp, dans les hôpitaux, et dont la brusqnit gaieté et les réparties étaient généralement citéet» Le général d'HillÙBrs fut aussi remplacé, et reçut ordi*e de se rendre à Paris , où bien'* tôt on le jeta dans les cacbots. Il eut pour sucoesseur^ comme cbef d'état«major, le llentenantf colonel Clarke, Irlandais d'origine , et qui , quelques années avant, était attaché k la personne de M. le duc d'Orléans. Cet officier commandait un «sca^hron du t»^ régiment de csavalerie à 1 a£feire du 17 mai. Il eut son cheval tué sous U$i dans une charge, et ne trouvant pas à se remour ter, ii prit un fuâl et se plaça dans une compagnie de grenadiers. (Cette action fut regardée •fors comme tnès- courageuse, et il fut nomané

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colonel. M. de Beauharnais le prit pour chef d'état-major^énéral, en lui faisant obtenir le grade de maréchal-de*cainp. M. Clarke joignait au goût et à l'habitude du travail d'état- major toute la souplesse d'un homme qui veut parve* nir, et cette espèce d'esprit de conduite dont on accuse les gens de son pays. Il ne resta à l'armée que jusqu'au i a octobre. Il fut alors destitué et envoyé à Paris. C'est la seule campagne qu'il ait faite comme militaire. Il est mort maréchal de France. Taurai plus d'une occasion de parler de lui; et quoique j'aie i m'en plaindre, j'espère que je n'altérerai point la vérité.

M; de Beauharnais s'empressa de marcher sur Mayence; quoique la résistance de l'ennemi devînt chaque jour plus opiniâtre, il parvint cependant à le repousser. Après cinq jours de combats, nous étions maîtres de Spire et de Frankenthal; encore deux jours, nous étions sous les murs de Mayence , lorsque la nouvelle de la capitulation de cette ville fut annoncée au quartier- général. II fallut revenir derrière la Lutter.

La garnison de Mayence, au commencement du siège , n'avait encore que de la bonne volonté. Les généraux étaient audacieux et in^

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siruits; mais les attaques des. assiégeans furent si vives et si opiniâtres , et les assiégés, officiers et soldats acquirent une instruction et une valeur si éclatantes y qu'en sortant de cette ville , ce corps était le plus formidable que la république pût opposer à ses ennemis.

I^s Prussiens, pressés de s'emparer de cette barrière du Rhin, et s*occupant peu de savoir quel parti le gouvernement français pouvait tirer de ces troupes, se contentèrent de stipuler qu'elles rentreraient dans l'intérieur et qu'elles ne serviraient pas contre l'ennemi pendant un an. Cet article de la capitulation sauva la république et coûta cher à l'ennemi. La garnison de Mayence , commandée par l'intrépide général Kléber, courut en poste dans les départemens • de l'ouest; on sait que les Vendéens en furent écrasés , et l'année écoulée, nous revîmes les débris de cette armée encore une fois sous les murs de Mayence.

De retour à Weissembourg, il fallait se préparer promptement à repousser les attaques d'un ennemi devenu formidable par la jonction de l'armée prussienne, et d'ailleurs libre dans tous ses mouvemens. Mais les commissaires de la Convention voulurent^ avant tout, supprimer les distinctions qui existaient encore entre les

ia6 MiiioiEEs ET MirrcmM

troupes de ligne et les batmllons de vcrfotiftttres nationaux. Cette amalgame était une opérdttoti délicate et dangereuse au moment d'une attaque décisive; les généraux en présentèrent tous les inconvéniens : loin de les écouter, on tint leurs représentations pour suspectes, et à cette époque, un décret de la Convention ayant prononcé la destitution et l'éloignement de tous les officiers nobles , l'armée du Rhin se trouva tout à coup dans une confusion déplorable et dont Tennemi profita bientôt* Le décret frap* pait M. de Beauhamais: désobéir était s'établir en révolte ouverte contre le gouvernement. Les* commissaires lui proposèrent cependant d'attendre un ordre individuel et la nomination de son successeur; mais le comité de salut public l'avait déjà désigné : son choix était tombé sur le général Delmas, jeune officier plein de mérite^ mais d'une expérience bien foible alors pour un tel commandement, et surtout dan$des<Ân30nstanees si difficiles; il était d'ailleurs k Landau i et cette place venant d'être bloquée^ son retour à l'armée était impo5SBible.

Le général Beaubamais était désespéré de quitter rarniée^ San ame élevée ne pouvait en-* vîsager sansdésespoîrsooéioigoementdo théâtre

BIT OOnÊm LkYkluhVtVK. I^J

de hi ^oiret et des oonibatà aUx^els ta patrie

appelait tous Ids Français; soti retoar dan« Fiii-

lérîéur était d'ailiôure enVii*cmiié de datigor^s î)

s'était proncmoé constannneot pour un gouvet^

Dément représentatif^ et quoiqu'il sentit qu'il

fgdiait soutei^tr cette république née au milieu

de» tempêtes^ le système et les excès des Jaco*

hitm lui faisaient horreur. £n£ln , les membres

de VAssemblée oonstituaate étaient en butte aux

persécutions; et la conduite la plus piHre et la

plus réservée était loin d'être une garantie du

repDs qu'il allait chercher dans la retraite la

plus obscure. Je mè trouvM dans son cabinet au

moment où il exhalait ses plaintes et ses regrets

dans le sein d'un ami âdèle, Lahorie, qui avait

été son secrétaire, et qui était alors tm de ses

offieiere d'état-^majon Cet officier lui donnait le

teoliseil d'attaquer l'ennemi^ de livrer bataille ^

de se faire tuer enfin ^ plutôt que de se livrer k

tous les outrages de ses ennemis de l'intérieur t

le conseil était plus courageux que sage. Le gé^

néral lui répondit: Je dois avant tout penser à

l'armée y à ma patrie; je ne me faié point d'illu-^

slonssurmon avenir^ mais je ne teux pas avoir

à me ri^mcher la peitis de tant de braves gens,

et toutes leë suites funestes d'une défaite : peut'*

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