‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 18 sur 33 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Parb en aoét 1794. — Ci—tilBli— ^ Taa IIL — MCtioas. — BoBaparte. — 13 1

J'ajibivai à Pans vers le milieu d août; lorsque je quittai cette ville en 179a , le peuple alors ^ affranchi du joug des lois , ivre de fureur et de ses abominables triomphes , jouissant avec un orgueil insensé d'une sauvage licence , toujours menaçant, toujours oppresseur, ne connaissait

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plus de bornes à sa tyrannie. Quel changement après le coart espace de trois années ! La disette était affreuse , la misère au comble , et ce souverain déchu osait à peine se plaindre. Ce n'était plus qu'une vile populace sans énergie, rugissant encore sous la main qui la châtiait, mais n'ayant plus même la pensée d'une révolte. Tous les matins la ville entière présentait le déplorable spectacle de milliers de femmes et d'enfans accroupis sur le pavé , à la file^ aux portes des boulangers , pour y recevoir en payant un morceau de pain. Plus de la moitié de Paris ne se nourrissait que de pommes de terre. Le papier monnaie était sans valeur, l'argent sans circulation : cette situation a duré près d'une année. Un spectacle plus étrange frappait encore les yeux de l'observateur : les infortunés qui avaient gémi dans les prisons , étaient rendus à la liberté , et comme ils avaient échappé au supplice, ils jouissaient encore de leur bonheur avec transport; les dangers auxquels ils avaient été exposés si long- temps excitaient un grand intérêt. Mais la vanité, si ingénieuse en France, en sut tirer parti ; c'était à qui prétendait avoir le plus souffert , et comme il était dé bon goût d*avoir été persécuté, une foule de gens quit

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s'étaient cachés , ou avaient acheté leur tranquil- Uté à force de bassesses /se vantaient d'avoir gémi dans les prisons. Des milliers d'innocens avaient péri sur Técha&ud ; mais si l'on s'en fut rapporté aux récits de la haine et de la vanité, la moitié de Paris eût emprisonné ou massacré l'autre moitié. A cette époque, le désordre de la société était porté à son comble ; les rangs avaient disparu, les richesses avaient changé de main: comme il était encore dangereux de se vanter de sa naissance et «le rappeler une ancienne existence, les nouveaux enrichis voulaient donner le ton, et joignaient à tous les travers d'une mauvaise éducation tous les ridicules d'un patronage sans dignité. Une autre classe, plus recommandable , les artistes, trouva de la considération dans le besoin que beaucoup de gens éprouvaient de chercher des distractions, et même des ressources dans les arts de Fimagination. Ce goût d^s arts généralement répandu , acheva de jeter dans les modes, et jusque dans les mœurs de la capitale , un dévergondage inconcevable ; les jeunes gens se coifiaient en victimes, les cheveux relevés sur le sommet de la tête, poyr rappeler les infortunés qu'on conduisait au supplice; les femmes, au contraire, imitaient, dans

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leurs vétetnens/les usages de rancienne Grèce. On ' ne croirait pas sans l'avoir vu que des femmes charmantes , bien élevées , et d'une naissance distinguée , portaient des pantalons couleur <le chair 9 se couvraient les pieds de co*thuraèS) étaient à peine vêtues de robes de gaze et transparentes , et le sein découvert , les bras nus jusqu'aux épaules y se présentaient ainsi dans les lieux publics , et loin de révolter la pudeaF, n'excitaient que l'admiration et les applaudissemens. Les anciens palais, les. jardins particuliers, étaient transformés en asiles de plaisirs; c'était l'Elysée, c'était Papbôs, Tivoli, Idalie, etc.; et partout une cohue, une étourderie turbulente , un débordement de mauvais ton , et un mépris de toutes les bienséances > qui> excitaient la honte et le dégoût.

Mais entre ces deux extrêmes de la popula^ tion'du faubourg Saint-Marceau et de la Ghaussée-d'Ântin , se trouvait l'estimable bourgeoûsne , et cette multitude d'hommes éclairés , amis de la patrie et de la liberté, dont l'indignation y comprimée par la terreur , se redressa avec une énergie qui amena enfin la catastrophe du i3 vendémiaire. J'ai besoin pour en développer les cfiuâes de jeter un coup d'oeil sur le

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gottveriKeaient de TAssemblée conventionnelle. Cette assemblée s'émit trouvé iixàvgée d'un énorme fardeau. Le roi avait été . précipité du tt*oue, et la monarchie n'existait plus; elle établit la répuMique par a^cdamation et sans con^ sulter les Finançais ; et elle fit mourir le roi^ dont l'existence l'embarri^sait. Bientôt elle sentit qu'elle était composée d'élémen& trop hostiles pour donner à la marche des affaires une direo tton sûre et rapide. Elle forma donc dans son sein un gouvernement appelé Ccnnité de salut public ^ chargé .d'organiser l'administration générale, et de diriger tous les efforts de la France oontre les ennemis du dehors; elle institua aussi ufiComitéde sûreté générale pour réprimer les attaques des ennemis intérieurs. Les succès des Vendéens et des étrangers poussèrent ces deux comités au-delà de toutes les idées raisonnables , et firent seiitir à la Convention qu'U fallail: vaincre À tout prix ou périr. La défense fut poussée avec tout l'acharnement et l'énergie qu'inspire le sentiment de là sûreté personnelle et de la ven^ geance. La direction savante imprimée aux atrii^es, et suivie par elles avec un admirable courage^ préserva la France du. joug étranger; mais les progrès de la guerre civile^ et lesefforts.se-

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crets des royatiates, peuvent-ils servir de justi*ficatioa aux massacres et à Taffreuse tyrannie dont la patrie a été victime pendant si long^ temps ? non , les doaiinakeurs de cette assemblée resteront à jamais chargés de toute la hain>e que ne cessera d'inspirer aux races futures un régime de barbarie dont l'histoire n'offre pas un second exemple. J)e toutes les leçons que présente l'histoire des passions humaines , il en est une 'surtout sur laquelle le moraliste doit insister aveeibrbe: c'est l'inipossi&ikté où seront toujours) même les plus honnêtes gens , de s'arrêter dans la route de l'erreur, tine fois que les passions les y auront entraînés* Certes., si, peu d'années avant Tépoque de tant de crimes, on eût présenté à tous ces hommes, devenus ai barbares , le tableau de tous ceux idoot ils se soint rendus coupables, il n'en est pas un, Ro^ bespierre lui-même, qui n'eût recnlé d'épour vante. On caresse d'abord des théories, l'îfxk»ginatâon échauffée les présente sous un aspect ^tile et d'uiie ^ exécution facile ; on se meft à l'œuvre^ on avance, sans s'en apercevoir., d'erreurs en fautes, de fautes en crimes; bientôt l'esprit empoisonné gâte et dessèche toute sensibilité , et £nit par décorer du nom

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de raison d'État les plus horribles excès.

Il faut le dire aussi , beaucoup de ces hommes affreux ont trouvé leur justification , et peutêtre des encouragemens, dans les éloges que les historiens de tous les temps ont prodigué aux fléaux de Thumanité; l'éloquence de la chaire elle-même n'a pu se garantir de cette funeste manie. Quel est Técolier auquel on n'a pas fait apprendre le magnifique portrait de Cromwell , par Bossuet : un homme s'est rencontré^ etc.? Quel est l'ambitieux qui peut balancer dans le crime, en lisant un tel éloge, par le premier des orateurs sacrés? Le cardinal de lUchelieu atrouvé pour apologiste même le grave et sage auteur de V Esprit des Lois; sa cruauté, ce besoin du sang et de la vengeance, sont considérés par la plupart des historiens comme des combinaisons d'un esprit supérieur , ou tout au plus comme un superbe dédain de l'humanité. La mémoire de cet homme a peut-être fait plus de mal à la France, que son génie ne lui a fait de bien. L'exécrable maxime: les morts ne repien^ nentpasj est écrite en lettres de sang dans toute son histoire; et j'ai de bonnes raisons de croire que les meneurs de la Convention l'avaient pris pour modèle. Cet affreux système de tuer ses

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«anf^misy au lieu de les soumettre, de régner enfin par la terreur , est commode pour les esprits médiocres et les âmes étroites ; mais les génies élevés ont d'autres maximes: ils savent très -bien que les supplices sont de misérables moyens de gouvernement. Henri IV fut le plus indulgent des souverains , et il ne réussit qu'en s'attirant toutes les affections ; une seule fois il se laissa séduire par cette fatale et sanguinaire politique ; ce fut un tort grave : la mort de Biron, quoi qu'on en dise, fut inutile à son autorité et à la génération suivante.

Les fureurs de la Convention devaient avoir un terme. Le gouvernement qu'elle avait établi dans son sein lui fit sentir cruellement sa tyrannie ; la peur enfanta le désespoir : des milliers de victimes égorgées jusque sous ses yeux avaient trouvé cette assemblée insensible. Elle ne le sacrifia qu'à sa sûreté ; mais elle ne prévit pas que le mépris universel allait succéder à la terreur. En vain elle chassa de son sein et fit punir ceux de ses membres qui s'étaienrèouverts de sang; en vain elle fit rentrer ceux qui s'étaient honorés par leur courage et leur huma* nité ; la haine et l'indignation vinrent l'assaillir de toutes parts ; et telle était sa triste position , I. n

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quWle né pouvait retourner au bien qu'enioarée des défiances des hommes honnéf es^ et k trAvers les clameurs et les menaces d'ui»e p€))ulàoe dont elle avait complété ta perversité en encon* rageant tous ses excès. Au «nois de prairial , le faaboarg Saitit-Antoine vint l'assiéger et chercher des victimes jusque dans son sein; & elle ne succomba pas, on le doit à Théroîque vertu de Boissj^d'Ânglas, dont l'admirable courage subjugua la multitude. Elle prit enfin un parti sévère, le seul qui pouvait réussir: des troupes de ligne fiirent appelées, et Picbegru les conduisit jusque dans le faubourg. Les factieii^it fiinsnt désarmés et humiliés. €ette victoire, qui ne coûta pas une seule goutte de sang, nous délivra pour long-temps, j'espère, des foreurs de la populace.

Quaad j'arrivai à ï^ris, ces événemens avaient eu lieu. La Convention alors achevait une con^» stitution qui n'était pas boums, mais qui don*nàit de l'iiidépendance et de la force â^ pouvoir exécutif, et qui conservait te ^système représen*tatif ; mais on ne voulait plus rien recev<^ir de «es main» souillées, et , malgré tous ses efforts, elle obtint peu de suffrages^ Les conventionnels^ n'avaient pas voulu renouveler la faute commise

par l'Assemblée constituante, qui avmt abandonné son «oeuvre à des mains jalouses et enne* noies; ils avaient rendu une loi qui portait que les deux tiers de ses membres seraient conservés dans les nouveaux conseils établis par la con* stitiUiQfî. L'opinion publique les repoussait presque tous; au^si, les citoyens^ réunis en assemiblées primaires poiu* voter spr cette consti* tutipn et sur cette loi des d^u% tiers, furent bientôt publiquement exaspérés par des orateurs qMe Je malbeur et le ressentimexul avaient aigris, et secrètement par des royalistes adroiljs. «Doit- <c«n encore voir siéger, pendant plutôeursannéesy «parmi des légÂslateurs, doit-on confier jposdes* « tpaées^d^s hommes qui ont favorisé et parts^4 « h pins affreuse tyrannie? Nous ne vouions plus « 4'^ux, qu'ils s'éloignent ; c'est bien assez d'apcep- (ct^r leur ouvrage et de consacrer leur impunité t( p^r un généreux oubli de tous leurs forfaits. «jCes discours passionnés , .répétés dans toutes les as* sewJUéesiavec véhémence, émurent les esprits; ejt* a^ès avoir fait de vains efforts pour rejeter r«ctei:onstitutioBuel et la loi sur les deux tiers^ les citoyens résolurent de repousser, le^ armes à la main , ceux qVils n'avalent pu parvenir à tH^arter par leurs votes. Le général Menou com-

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mandait en chef la division militaire. Le général d'Hilliers m'associa à tous les détails de son étatmajor. Les troupes àe ligne dont on pouvait disposer ne s'élevaient pas à cinq mille hommes. C'était assez pour maintenir la tranquillité; mais c'était insuffisant contre une garde nationale hostile , et qui était composée de trente mille hommes bien armés. Il était alors impossible de tirer des troupes des armées : la guerre était active ; les troubles de la Vendée n'étaient pas calmés; la répression des brigandages des chouans exigeait beaucoup de monde. On prit donc le parti d'en imposer sur le nombre, en multipliant les mouvemens de la garnison; c'était faire sortir les troupes par une porte pour les faire rentrer par une autre. €e petit manège fut bientôt€onnu; l'audace des meneurs des sections s'en accrut, et l'attaque fut décidée. Le la vendémiaire au soir (a octobre), plusieurs bataillons de la garde nationale avaient pris les armes ; les bataillons des Petits-Pères et des Filles-Saint- Thomas s'étaient rassemblés dans la rue Yivienne. Le général Menou les fit cerner par des troupes de ligne, et les soinma de se séparer : il pouvait les y contraindre sans engager un combat; mais un orateur sortit des rangs, et se mit

à haraaguer le général avec une chaleur qu'il communiqua à ses camarades. Menou eut la faiblesse de récouter, et même de lui répondre; alors tout fut manqué;' les bataillons restèrent; le général se retira en donnant une preuve de son indécision et des soupçons au gouvernement sur sa fidélité. La Convention sentit qu'un tel homme pouvait tout perdre : on lui ôta le commandement pendant la nuit, et le député Barras en fut investi; elle nomma aussi une conmiission de salut public, à laquelle elle donna des pouvoirs étendus. Barras était un homme de résolution qui avait puissamment contribué à la chute de Robespierre, le 9 thermidor; commissaire de la Convention à l'armée du Midi , en 1793 , il y avait remarqué un jeune officier d'ar-» tillerie, dont le courage et les conseils avaient eu une grande influence sur la reprise de Toulon. Ce jeune homme, destitué, après le 9 ther« midor, par un de ses anciens camarades, appelé Aubry^ qui siégeait à la Convention , était arrivé à Paris depuis quelques mois, sollicitant sans succès sa réintégration dans son grade de général de brigade ; le dépit et le dégoût lui avaient fait solliciter, dit-on,, la mission d'aller, à la tête d'une compagnie de canonniers ^chez les Turcs,,

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pour leur enseigner les manœuvres d'artilLerte; il se disposait à partir, lorsque Barra» le fit venir, le présenta an comité y qui le consulta sur b crise dont il fallait se tirer à tout priifi. Les œem* bres de ce comité n'étaient d'accord que sur un point , c'est que tout était perdu si les sections l'emportaient. La guerre civile altak étendre ses ravages sur toute la France, et les pli» habiles ne pouvaient en calculer les suites; maiacom^ mencer par tirer sur le peuple leur paraissait épouvantable. Les uns voulaient feire des concessions qui auraient rendu le mal sans remède; d'autres voulaient attendre stoïquement la mort à leurs places comme de vrais Romains. L'offîeier d'artillerie se moqua de leurs scrupules et de leur ridicule résolution ; il leur prouva que les Parisiens n'étaient que des fous conduits par des intrigans; que le gouvernement avait pour lui la force et son bon droit; que rien n'était plus facile que de dissiper sans beaucoup d'effusion de sang des bataillons sans expérience ^ sans chefe habiles , et qui n'avaient pas de canons. Sa fermeté, son éloquence , le sentiment d'une grande supériorité qui se faisait sentir jusque dans sa contenance , inspirèrent la confiance , et firent entrer la persuasion dans tous les esprits. Ce

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jeune homme s'appelait Bonaparte. On lui donna le coaimandement de rartillerie^ et on le laissa maître de toutes les dispositions de défense. Il rassembla sur-le-champ tous les ofEciers , s'assura de leur obéissance; U fit entité placer deux pièces de canon à l'entrée de la rue Saioit*- Nicaise, une autre en face l'église Saint-Rocb 9 au fond de la petite rue du Dauphin 9 deux autres dans la rue Saint-Honoré, près la place Vendôme, enfin deux autres en face du pont Royal y sur le quai Voltaire; des réserves d'infanterie furent placées derrière les pièce3 pour les protéger, et sur la place du Carrousel ; la CH* Valérie fut placée sur . la place Louis XV. Il fit ensuite connaître aux bataillons insurgés qu'ils étaient bien libres de rester à leur poste tant quils en conserveraient l'envie; mais (Jue, s'ils dépassaient d'un pas les limites fixées, ou s'ils tiraient un seul coup de fusil, on les repousserait à coups de canon. Cette fermeté ^ loin d'imposer aux ennemis, leur persuada qu'on avait peur, et qu'on n'oserait pas tirer sur eux. Apres beaucoup d'hésitation, et les derniers poussant les premiers, les bataillons s'ébranlèrent, et quelques coups de fusil annoncèrent l'attaque. A l'instant, la mitraille des trois pièces de ca»

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non, portant le ravage et l'épouvante, détermina la fuite, mais si brusque, si rapide et si complète , qu*iin coup de canon à boulet , tiré presque au même moment dans le prolongement de la rue Saint-Honoré, n^atteignit personne. On avait placé le général Carteaux sur le Pont- Neuf avec un bataillon d'infanterie de ligne pour conpTer la communication entre les deux rives de la Seine. Je fus chargé d'aller lui porter Tordre de tenir ferme; mais il s'était déjà retiré sous le jardin de l'Infante , et les colonnes des sections débouchaient déjà sur le quai de la Monnaie, pour s'emparer du pont Royal et attaquer les Tuileries de ce côté. Le général qui commandait au bas du pont leur envoya Tordre de ne pas avancer ; ils n'en tinrent aucun compte , et ils reçurent en plein la décharge des deux pièces de canon , et se dispersèrent. C'en était assez pour dégoûter les citoyens ; mais les plus échauffés, dont ta terreur s'était calmée quand ils se crurent loin du péril, voulaient encore recommencer Tattaque; ils s'étaient emparés du Palais-Royal, et, en vrais fous, ils prétendaient pouvoir se défendre dans cette mauvaise enceinte. La nuit heureusement porte conseil ; le matin, les chefs se mirent en sûreté, et cha-

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€un rentra chez soi. La paix fut signée le lende^ main , et tout rentra dans l'ordre. Je ne crois pas que la troupe de ligne ait perdu plus de quatre ou cinq hommes; du côté des sections, la perte a été considérable : les détails les plus exactement recueillis portent le nombre des morts à quarante, et après de deux cents celui des blessés. Ce calcul ne paraîtra pas exagéré si Fon considère que les marches de l'église Saint-Roch étaient couvertes de monde, que la pièce de canon qui fut tirée dans cette direction n'était pas à plus de soixante pas, et que les bataillons de larueSaint-Honoré remplissaient toutl'espace à une grande profondeur. Toute cette armée avait pour chef principal un général Danican , homme à peu près inconnu, même dans l'armée où il avait servi quelque temps, et qui n'est pas sorti de son obscurité, même depuis la restauration.

Le gouvernement sentit que des recherches trop sévères sur cette affaire ne contribueraient qu'à exaspérer les esprits, et qu'il devait jouir avec modération d'une victoire achetée par le sang des Français. Une commission militaire fut cependant établie pour effrayer les chefs; mais elle acquitta tous ceux qui lui furent présentés^

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à l'exceptioa d'iia malheurei» éaiigré nommé LafoAt, qui &*étail glissé dans Paris pour kilri* guer en Êiv^ur de ses maîtres , et qui s'était sî- :gnalé par beaucoup d^emportement; il fut con* damné à mort;,cep»idaDt il aurait été smivé, si son dévouement extrême à la cause des Bour* bons ue lui eût pas fait rejeter tous les moyeiis dont il pouir^t user pour é^nter sa condamna* tion.

Les royalistes prétendent, depuis quelques années, que cette insurrection des Parisiens était un géûéreux effort en feveur des Boup* bons; j'affirme que cela n'est pas vrai. J'étais placé dans une position avantageuse pour suivre le }eu des passions et des intrigues qui ont amené cette malheureuse catastrophe du i3 vendémiaire. J'étais lié avec beaucoup de gens estimables qui avaient pris parti pour les sections; je n'ai trouvé aucun penchant ni dans la multitude, ni dans la plupart des chefs , à désiner le retour des Bourbons^ encore moins aucun projet de les rappeler. La mort du roi était détestée par tous les hommes sensés; mais on aimait la liberté : la haine de la Convention était portée au plus haut point , mais à cause de toutes les horreurs dont elle avait couvert la Frsnce. Je

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demandais aux plus éehfluffés ce qu'iU voulaient mettre à la place de ce gouvernement expirant; ib me répondaient : Nous ne voulona plua de lui y nous ne voiilona rien de Un; nous voulons la république et d'honnèlea gêna pour gouver* ner. Us n'allaient pas plus loin» Quelques in^* nuations furent faites, il est Yrai, dans les sec* tions, en feveur de la famille royale; mais si faibles , si détournées, qu'on y fit peu d'atten» tion. Personne ne s'avisa de prononcer le nom de cette famille; je crois bien que si les sections l'eussent emporté , les tentatives auraient été plus directes et plus hardies ^ peut-être même serait-elle parvenue à rentrer; mais alors la guerre civile aurait éclaté partout , et si dix-huit ans plus tard, à l'aide de toute l'Europe ^ elle n'a pu se maintenir sur le trône, quel eût été son sort à une époque où ta France, non encore façonnée au joug, était travaillée par toutes les habitudes et les idées républicaines, et par une énergie qui ne pouvait souffrir aucun frein !

Deux jours après le i3 vendémiaire, Barras présenta à la Convention tous les officiers-généraux et d'état-major qui avaient contribué à la sauver. Le général Bonaparte y était , mais confondu dans la foule : au moment où Barras.

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