CHAPITRE XIX
Motifs de TexpédîtioD de Syrie. — Régnier. — Kléber — Bon. — Lannes.— Marat. — Départ de l'expédition. — Prise d*El-Arish. — ^Prisede Jaffii. — Présence d*esprit do général en chef. — L'armée arrive devant Saint-Jean-d'Âcre.— Perte de la flottille qui portait les munitions de siège.
AvAMT d'entrer en Syrie , il me parait convenable de faire connaître les motifs de cette expédition.
Il était indispensable d'assurer la conquête de
agS MjiMOIRES ET. SOUVENIRS
l'Egypte par celle de Syrie, et surtout par la possession des places maritimes.
Les deux pays ont besoin de se secourir sous le rapport des productions^ comme sous les rapports politiques.
L'Egypte n'a point de hors ; une partie de la Syrie en est couverte. Les échanges s'étendent même à beaucoup d'autres productions. Le désert seul les sépare , et la nécessité d'établir uu ou deux forts à l'entrée du désert est indispensable pour la possession, de l'É^pte.
A ces* considéralMn» génénàt» etf de tous les temps j il faut ajouter tes circonstances parti* culières que la politique venait d'établir.
En déclarant la guerre à la France, le sultan devait jeter contre nous toutes les peuplades armées de la Syrie. Le pacha qui commandait dans cette province trouvait ses avantages à devenir notre ennemi r il se réconciliait avec la Porte en lui rendant service ; il tirait beaucoup d'argent des Anglais , et trouvait par la guerre moyen de soumettre ou d'éloigner de lui Ibrahim-Bey, dont la présence en Syrie Fimportunait et inquiétait même.
De son côté, le général Bonaparte voulait iter aux Anglais les moyens de communication
et de débwqueitoeiit sur iincf étendue de qualf e* ringt lietxes de côtes. 11 comptait s'emparev dé» places marttifûâs pmir \es fortifier. Il eopéraît mdtti^ dans son parti one portion con^idérablâ des peuplades de Sjnrie, et particiilièi^tmeqt les Dn»es et ks Maronites j Mnsiihiiaiis sobîsoia** tiqnei dont les ùiostiifs ne s'acoèanoodent poîsil aireé osUes des Turcs, et cftii n'ont diantre pôiol de contact avec etix que les impôts éBortnes qu'ils sont obligés de payer ^ et les vexations do toute espèce qu'ils sont forcés desubir. Enfisï, il espét^t contraindre, par là^ la Porte à s'expliquer ottrertetoent, car il ne cotmaissoit pas encore la déclaratioa de guerre des Turcs contre la France* Il mit à la tefe de ses troupes d'expédition le général Régnier, qui comâiaBdait favatit* garde, le général Kléber j le général Bon , le général Lannes , et Murât pour la cavalerie.
Il laissait en Egypte le général Desaix , acharné à la poursuite de Monrad-Bey , et qui contenaif toutes les province^ an Hatit-Nil , jmqti'au* cataractes; té général Diigiid cotnm.indâit au Câiré^ le fielta depuis Rosette jusqu'à Damîette. H avait sous ses ordres le général Lanusse , dont le courage et l'activité suffisaient pour maintenir la tranquillité âûm toutes ces vastes provinces. La
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saison était hmrMe poor TeipéditioD de Syrie ; elle coromeDça au mois de janvier 1 799* Le désert qui sépare l'Egypte de la Syrie est de quatre-vingt lienes; dans cet espace se troave le puits de Ra* tieby qu'il enferma dans un fort, pour que l'armée ne manquât pas d'eau. Deux journées plus loin, on trouve le fort d'£l-Arish, qui renferme de l'eau meilleure qu'à Katieh, mais dont l'ennemi s'était déjà emparé. Il £sdlut en £aiire le siège, qui fut soutenu avec beaucoup de valeur par des Amautes, au nombre de 2,000 hommes.
On les força de capituler après trois jours d'une attaque très -vive. Il fut stipulé dans le traité qu'ils se dirigeraient vers Damas; mais la plupart d'entre eux se jetèrent dans Jaffa , et augmentèrent la garnison. Il fallut donc faire le siège de cette place (i); Jaffa fut enlevée d'assaut peu
(1) Ed quittant El-Arish, pour se porter sur RaujouneSy le géoéral KJéber fut égaré par des guides qui le îetèreot beaucoup à droite dans le désert. Le général en chef le suivit, et ne doutant pas que Kléber n'eût trarersé ce yiHage, il allait j entrer, escorté seulement de son état-major et de cinquante guides, lorsque deux cavaliers , qui formaient l'avant-garde, rcyinrent à toute bride, après avoir tiré deux coups de pistolet, et nous découvrîmes de l'autre côté du village le camp et la car
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de jours après l'attaque ; on y trouva les Arnaates qui avaient capitulé à £l-Arish, et suivant les usages de la guerre en Europe ^ ils furent fusillés pour avoir violé la capitulation. Je ne fis point cette partie de la campagne avec le général en chef; je le rejoignis le lendemain de la prise de JafSa.
De Jaffa l'armée se porta sur Caïffa; mais l'ennemi l'avait abandonnée , quoiqu'il y ait un fort et de bonnes murailles : on y laissa un poste peu considérable y et nous nous dirigeâmes sur Saint- Jean^d'Acre^ près duquel nous arrivâmes le ^7 mars au soir. Tandis qu'on dressait les tentes, le général en chef fut étonné d'entendre une canonnade en mer qui paraissait assez vive. Par son ordre je courus vers le rivage, et je m'a-
talerie d'' Abdalla-Pacha , qui paraissait disposée à les charger. L'armée était à deux lieues derrière eux. Il n'y aralt pas moyen de lutter contre six cents hommes bien armés, ou de ne pas être pris si Ton ayait tenté de leur échapper. Le général en chef heureusement donna une preuve de son admirable sang-froid : il ordonno au chef du piquet de s'étendre sur une seule ligne de bataille; Tennemi les crut plus nombreux qu'ils n'étaient, et après quelques instans d'incertitude il jugea à propos de .le?er son camp et de s'éloigner.
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peiiçus j^omptement qae le bruit «'éloignait; je eraigais qu'il ne futi'aDUonee d'MB triste éiréa^ ment.
En entrant en Syrie, le général Bonaparte »rait donné iWdre ii Marmont de lui expédifer ^r qaelqoe brick les inanitions ^e guerre dont il avait besoin pour les sièges des villes de Syrie* L.e capitaine de frégate Standjey, qui étaitÀ, la tête de cette expédition y n'eut pas le soin de s'informer si uous étions maîtres de Jaffii; on avait laissé kt dnapaau musislman sur la ville, afin d'y attirer les bâtiraeDs turcs qui auraioïC pu être changea de vivnes, et nous donner des nouvelles de la mer. Sitaodley, persuadé que nous n'étions pi|s à laffa^ee dirigea sur Saint- Jean -d'Acre; mais le commpdore Sidney*&nith ^ qui était eo station devant la ville avec un vaisseau et une frégate y le fit poursuivriB, et lui prit vme partie de s^i^ ))àjtioi^n^ C^^t h cms9 au bruijt q<ue MQW f^teûdunes; et le général fiooaparte n^ dottlia pas, ainsi que moi , que l'armée avait perdu toutes ses munitions de siège. Le lendemain , l'armée établit sou camp au nord de SaintJean-d'A.cre j et le général en chef se ppsta pendant plusieurs heurf^s sur une hauteur qw fdpffiûp^ p^;tte ville , à mille toises* de distanœ. L'eAnomî qui^
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mpevçtàViWt-m^/oTj essaya nir kri 41i&lKybtë tte ses^eahanniéro. I«si»aeibe8)fijrentiirées«i ijoislie^ ipfnut d'icotre '«lies «leoterra .à troôs fiafi da :gé« «éoral ftt ohe£, entre deviixilesestatëesHâé'ettmp, lEeirHn «t Beaubarnais ; une imtre aljbi itoniber et creva à deux pieds de terre, au milieu jdluo groupe ide 'soldats ^couchés, let qui >pr«éparaient ieur déjeuner^ idè cmzequ'ils étaient, pas um eme «unréout aniinstant.
Oja<viUe>de SaîiDt"JeaQ>*d'Acneest<siti,tée A la
pointe td'une kmgue fde terre , Cortifiée du ^^èté
*de4a.flDerfpar di&^bsMeries let (par;an pharilloo
'€{uèpri>tégefiâçiitàussi:quçlque8pièoeS(de canon.
'Uenceinted(tt coté delà terre se composait xlîune
:haute muraille , (Ofrupée ipar une tour icbairgée^de
{quelques ! pièces d'arttilleme. IDes jardins «entoiit-
!raient la place daiïs lune «uisezgrandeétendae ,)€ft
.<totDaie ils étaiebtitousifemnés ipiir dies caolus ou
raquettes d'Egypte, on eut 'assez -de peine.àfve-
pousser fdazis la ptaoe les tirailleurs if ui nous
harcelaient Àitravecs ces espèces :de -haies.
'Le voyageur Yolney, que nous avions tvoui^Hé si exacte dans sa description de l'ËgyptQ, donne l'ifisurance que Samt^Jean -id'Acre > n'était :point ontouré de ifossés; cette prévention nous devint
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Êitale dans le commencement da siège; plosiears officiers du génie confirmèrent cette c^inion, et particulièrement le colonel Sanson , qui fat blessé à la main au fond d'une espèce de ruia^ seau fangeux, qu'il jugea être le fossé de la place.
Après avoir battu cette tour saillante pendant dix jours y elle se trouva percée, et la brèche parut assez considérable pour que Ton crût pos* sible d'y loger quelques mineurs avec un officiers d'état -major. Les troupes s'ébranlèrent pour s'élancer au pied de cette tour, mais elles se trouvèrent brusquement arrêtées par un fossé de quinze pieds de large sur dix ou douze pieds de hauteur, et revêtu d'une bonne contrescarpe; il fallu donc établir un globe de compression pour la faire sauter. L'ébranlement eut lieu , et le jeune Mailly-Château-Renaud , officier d'état-> major, fut chargé de pénétrer dans la tour avec quatre mineurs, de s'y loger pendant la nuit, d'y travailler pour la percer en attendant que l'infanterie pût se rendre maîtresse du fossé. L'intrépide jeune homme et ses soldats exécutèrent l'ordre, mais l'ennemi fit un feu tellement violent sur nos troupes , qu'elles furent
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obligées d'abandonner le fossé. Mailly et les canonniers furent tués dans la brèche.
L'aide-de-camp Duroc avait été envoyé, une heure avant, dans le fossé pour juger du progrès de la brèche; un obus qui éclata lui fit une blessure profonde à la cuisse : il en est resté estro|Hé. La nuit arrivant, il fsdlut bien abandonner l'attaque et attendre qu'une artillerie plus forte nous permit de fiiire brèche de tous les côtés ; mais alors le général en chef^appritque totttesses munitions, touteson artillerie, envoyées d^Alexandrie, avaient été enlevées par sir Sydney- Smith, et nous eûmes en même temps le secret de l'étonnante adresse des artilleurs turcs.
Lorsque quelques années auparavant, le général Aubert du Bayet fut envoyé par le gouvernement français à Constantinople, comme ambassadeur, il obtint de lui qu'une compagnie d'artillerie légère le suivrait, pour apprendre aux Turcs tout ce qu'ils ne connaissaient pas de l'artillerie, et particulièrement le tir des bombes. Cette compagnie était revenue depuis, et une partie était dans l'armée de Saint-Jean-d'Acre; mais leurs élèves étaient dans la place. Ainsi ^ c'était des bombardiers élevés par des troupes françaises qui nous envoyaient nos propres I. ao
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bombes-; ils en avaient environ dix^buk cents avec quatre mortiers.
lies boyaux de tranchée n'avaient f>as été ftiits ; on négligea même d'abord les rafles près» criles , et beaucoup de soldats n'étant pas assez couverts, lurent victimes de cette précipitation. Le général CaffarelK, commandant le génie de t^rmée, fut lui-même atteint d'une balle au eoude^du bras gauebe; il &Uut le lui couper. Il avait déjà perdu une jambe, plusieurs années avant, dans la retraite de Jourdan.
Les Turcs sont des sokkts merveilleux der* rière une muraille; ceux de Saint-Jean<l*Acre nous le prouvèrent pendant tout le siège. Il était presque impossible de se montrer k découvert sans être atteint. Au feu terrible des assi^és^ se joignait encore tes batteries du vaisseau le Thésée « que montait Sydney^Smitb, ainsi que de sa frégate.
Bientôt les travaux du siège so compliquèrent. Smith avait avec lui un Français, nommé Phelippeaux, ancien camarade de classe du général Bonaparte, et officier du génie émigré. Il fit élever deux places d'armes en dehors du fossé, et les batteries de ces deux places enfilèrent bientôt une portion de nos boyaux de tranchée,
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et fums feroèraat à de noiiiT^eiux tnmut ftour nous défiler (i).
Gepeadaiit l'artiUeriede campagne étantfrop faible pour détrairà la toar d'attaque, on eut itMXHirB à la mine. Tandis <pt'on y travaiUait arrèc J»ea«conp dlaotivité et de aeerat, on con* inmail toqjirars à battre la tour. Plraieiirs fois #n eut Tiespérance de isy loger et d'achever de la défntire'; maïs ce fut en rem, quïi plnnieuvs re^ priées 9 des grenadiers et des sapeurs essayèrent de s'y léger. Là portion qui regardait la Tilie
(i) Je orok av^^ii* dit qqe pamii les pei^nnes «ntoyévs à SaînttJeaQHi'àerBi» pour. 'porter 4e$ parah^ li^p^ixk
fii^mni^ rerenant de Maakat ^w^c M. B^auchamp* C« malheureux jeune homme fut enfermé dans le pharillon d'Acre 9 arec enriron quatre cents chrétiens qu'il ayait fait ramasser sur les côtes âe la Syrie. Xe lendemain du nonsuccès du premier assaut, des soldats de tranchée drerti" f«nt le général Vlal, ^ui était de «èrtice , que foû Toyiiit sur h bord d^. h mer baanoQap de oada¥res esfeini^ dai)s de^'cpuffe^ ^e ria^ pi> «U ça& U alla lea yoir, et r^r connut le pauyre jeune CltSteau-Jlenaud 9 qui avait été étranglé dans la nuit. Ainsi , les deux frères qui , après une absence de six ans, s'étaient reyus pendant quelques heures au Caire , furent tuée tous deux autour de Saint- Jean-d'Âcre, au même instant.
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restait occupée par les assiégés^ qui ne ceasaie&i de jeter sur nos troupes des obus, des gre^ Dades, et jnsqu^à des bombes^ qui 'rendaient le poste trop dangereuxi Malgré tous nos efforts, Jes deux places d'armes construites par Fennemi , nous enveloppaient de leurs feux toutes les fois que nos troupes traversaient le fossé pour monter à l'assaut. L'officier du génie Phelippeaux devina bientôt nos travaux Me mine> et s'appliqua à éventer celles que nous conduisions sons le'fossé. Aussi y le i8 germinal, l'ennemi fit une sortie générale, mais cette fois, avec une violence si brusque, qu'une partiie de nos boyaux de tranchées fut enlevée. I^a coloùne 'ennemie était commandée pat des officiers anglais b&en instruits, car l'un d'eux arriva jusqu'à Fentrée de la mine où il fût tué. Les papiers qu'on trouva sur lui nous apprirent que c'était le capitaine Haldfield, qui était monté le premier an<kip de Bonne-Espérance. Sa mort fit hésiter la troupe qu'il commandait, et bientôt attaquée avec énergie, elle regagna la *place en laissant derrière elle beaucoup de 'morts.