‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'état (volume 2)Chapitre 31 sur 33 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le lénéral en chef se décide à retourner en Egypte. — Évacuation des blessés. — Emportement du général Bonaparte. — Prétendu empoisonnement des blessés. — Retour à Jaffa. — Pestiférés. — Trait d'humanité du général. — Retour dans la capitale de la Basse-Egypte. — Jugement sur la campagne de Syrie. — Bataille d'Aboukir.— Nouvelles de France. — Le général en chef s'embarque sur la Mturoiu — Occupations et amusemens du voyage. — Arrivée à Ajacdo.

Le général en chef se décida donc à retourner en Egypte. La saison des débarquemens approchait: il avait appris que les Anglais , réunis aux Turcs, devaient opérer un débarquement dans la Basse-Egypte. On s'occupa dès lors de

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l'évacualion des malades et d'approrisionner £1- Ârish et Catieh; tous les portes furent repliés; et, dans la nuit du départ, la brigade qui était de tranchée fit évacuer peu à peu Tartillerie de la place, et ne s'éloigna que le lendemain , protégeant tout ce qu'elle avait devant elle, et protégée elle-même par la cavalerie. Les blessés, au nombre de dix-huit cents, et tous de coups de feu, furent mis aU milieu des divisions auxquelles ils appartenaient ; et, comme il n'y avait point de moyens de transport, tous les chevaux de selle, et même tous lés ânes, dont les soldats s'étaient servis, en venant en Syrie, pour porter l'eau et les vivres, durent être consacrés, en retournant, à porter les blessés; mais k Jaffa, voyant devant eux le terrible désert, et sachant par expérience ce qu'ils auraient à souffrir en le traversant sans eau, ils murmurèrent d'abord, et ensuite se mutinèrent. Ce fut alors que le général Bonaparte donna tous ses chevaux, sans s'en réserver un seul. Le chef de son écurie eut l'imprudence de demander grâce pour la jument favorite du général, et c'est la première fois que je l'ai vu frapper quelqu'un : furieux, il alla sur lui, et lui donna un coup de cravache à* travers le corps.

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Je dois m'expliquer ici sur une odieuse imputation qui a été formée ' depuis long -temps contre le général Bonaparte: je veux parler dii prétendu empoisonnement des soldats attaqués de la peste.

Il est tellement contre toute vérité que le général Bonaparte ait proposé de faire empoisonner ces malheureux , que M. Larrey, chirurgien en chef de l'armée, n'a cessé de déclarer que c'était ime calomnie atroce , et qu'il a proposé plusieurs fois à M. Desgenettes, depuis quinze ans, de protester par la voie de la presse, conjointement avec lui. Celui-ci, maltraité par le gouvernement royal, a sans doute reculé devant une déclaration , qui aurait pu rendre sa position plus pénible. Et d'ailleurs , il est impossible de trouver un homme à qui cette proposition ait été faite; enfin cette calomnie a été répandue parmi les Anglais, lorsqu'ils étaient en . Egypte, et s'est propagée par un écrit de sir Robert Wilson , qui était fort jeune alors, et qui, dans un âge plus mur, a déclaré hautement qu'il s'était trompé.

Lorsque, au retour de Saint -Jean -d'Acre, nous nous arrêtâmes à Jaffa, où la peste avait cessé d'exercer ses ravages , je reçus Tordre du

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général en chef de parcourir les nombreux jar» dins qui étaient autour de cette place , et où on avait établi une espèce de lazaret pour les malades , afin d'emmener tous ceux qui ne seraient pas assez attaqués pour suivre l'armée. Je trouvai cinq ou six malheureux soldats couchés au pied des arbres; en me voyant, ils me criaient : a Mon commandant, emmenez-nous, nous pource rons encore faire la route. » Je leur répondais: «Essayez de, vous lever; tâchez de marte cher. » Mais déjà tous les symptômes de la peste se manifestaient; aucun d'eux ne put se soulever, et je fus obligé de m'éloigner, car pas un soldat n'aurait voulu les aider. Je vins rendre compte au général Bonaparte qui se promenait sur le rivage : il m'écoutait en marchant, et nous arrivâmes près d'un jeune chasseur à cheval , qui criait aussi qu'on l'emmenât, et qui parvint à se lever. I^e général, touché de compassion , donna l'ordre à un de ses guides de donner son cheval au pauvre malade. La dignité du général, la crainte d'une punition ne suffirent pas pour le faire obéir. Son colonel fut obligé d'aller à lui, de lui promettre tout bas beaucoup d'argent, et ce ne fut que cette dernière raison qui le décida. Il fallut que le colo-

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ael des guides exerçât tong-temps une sunreillaooe sévère, pour que le malade ne fut pas jeté en bas do cheval. Je crois qu'il est resté à El- Arish, et je oe sais ce qu'il est devenu. Quant aus pauvres soldats dont j'ai parlé, il faut espérer qu'ils seront morts dans la ouit on, au plus tard f le lendemain , et qu'ik auront ainsi échappé à la mort cruelle , que préparaient les Arabes k tous ceux qui tombaient entre leurs mains. Je n'ai aucun remords de ma conduite: ee que j'ai vu de la peste à Alexandrie m'a con* vaincu que c'était une pitié funeste que de se mettre en point de contact avec les pestiférés , quand ils sont arrivés au dernier degré de la maladie; cependant le souvenir de ces malheureux m'est encore pénible; et, s'il eût été possible de les sauver, je l'aurais fait.

L'armée conduisait au milieu d'elle dix-huit cents blessés; on était parvenu à construire une vingtaine de litières pour les ofiBoers-généraut que l'on ramenait blessés, entre autres, les gé* néraux Lannes. et Veaux, Duroc et Croisier, aides-de«-camp du général en chef : celui-ci est mort dans le désert. Les pestiférés qui ne pouvaient supporter un voyage plus long furent déposés à El^Arish , mais placés en dehors du fort^

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