DV COMTE LATA.LI-BTXE
SOUS la garde d'un piquet d'infanterie pour les défendre de l'attaque des Arabes. Plusieurs sont parrenus à guérir; je dois citer particulièrement le jeune Digeon, capitaine commandant la batterie de brèche pendant tout le si^e^ officier plein d'intrépidité et que le sort a res*^ pecté; il est maintenant lieutenant^énéraL Noua perdîmes très-peu de nos blessés dans la traversée du désert y et l'armée fit avec un grand édat son entrée dans la capitale de l'Egypte.
Cette campagne de Syrie a été jugée avec une grande sévérité par nos ennemis; et, sous le règne de TEmpereur, il n'a pas été permis de se prononcer sur son résultat avec impartialité. Il était sans doute indispensable d'entrer en Syrie pour y repousser Ibrabim<»Bey et les troupes que Djezzar-Pacha s'apprêtait à lancer en Egypte. La guerre y était conduite avec beaucoup d'ha* bileté. Le non-succès de Saint-Jean-d'Acre ne peut être attribué qu'à des circonstances fatales indépendantes du général en chef ; mais il ne faut pas conclure 9 avec le général Berthier^ que l'armée française a obtenu tous les résultats qu'elle était venu chercher en Syrie- Nous y avons perdu trois mille hommes y plusieurs généraux habiles et des officiers d'une grande
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espérance. Les villes que nous avons prises^ nous avons été obligés de les évacuer. En quittant la Syrie, nous l'avons laissée ce qu'elle était avant notre entrée. Ce ne sont pas de stériles victoires qu'on peut regarder comme de grands avantages ; et si le général Bonaparte était resté en Egypte 9 il aurait certainement battu le grandvisir. lorsqu'il est venu, l'année suivante, pour nous chasser d'Egypte, et repoussé les Anglais qui ont pris Aboukir;mais très-certainement il n'aurait pas pu recommencer la campagne de Syrie , puisqu'il ne pouvait recevoir de secours de la France, et qu'il aurait eu d'ailleurs beaucoup de peine à se maintenir en Egypte , quelques années de plu&
Pendant cette campagne de Syrie , le général Desaix était parvenu à contenir la Haute- Egypte, et à réduire Mourad-Bey à la condition d'un fugitif. La Basse-Egypte avait été le théâtre de beaucoup de troubles, occasionnés par un espèce de fanatique qui se faisait appeler l'ange El-Modi ; mais le général Lanusse le poursuivit avec une si grande vigueur qu'il détruisit bientôt ce rassemblement.
La saison des débarquemens commençait à approcher. Le général en chef ne voulait pas *
s'éloigner du Caire ; il reprit donc l'administration du pays; il s'occupa à remplir les cadres de. son année, et à la préparer à de houveaux combats. Il s'était posté , avec une partie de sa cavalerie, près des Pyramides, en attendant que le général Desaix pût lui donner des nouvelles de Mourad-Bey , qu'il poursuivait à outrance , et que l'on supposait devoir se jeter dans les Oasis, qui ne sont pas éloignées des Pyramides. On sait que la grande pyramide a été ouverte il y a plusieurs siècles par les Arabes. Le général Bonaparte résolut d'y pénétrer avec MM. Monge, Berthollet et Duroc. Je ne fais mention de cette particularité que parce que sgn nom a été écrit dans la grande galerie.qui conduit à la chambre appelée chambre du roi. Il était à peine sorti de cette pyramide , qu'un exprès envoyé par le général Marmont, qui commandait à Alexandrie, lui annonça qu'une armée turque venait de débarquer à Aboukir, qu'elle s'était emparé de la grande redoute et du fort, et que nos soldats, qui les défendaient, avaient été égorgés. L'attaque avait été brusque, et l'armée turque était si considérable^ qtie le général Marmont ne crut pas devoir marcher contre elle à la tête de sa garnison , dans la crainte de ne pas pou-
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voir empêcher le débarquement , et aussi de compromettre la ville d'Alexandrie, dont les fortifications n'étaient point achevées, et qui renfermait d'ailleurs toutes nos ressources en artillerie et en munitions.
Après la prise du fort, on devait supposer que l'ennemi se répandrait dans le pays, et atta* querait soit Rosette , soit Alexandrie ; mais il se i*etrancha dans la presqu'île d'Aboukir, et il était clair que son but était d'attendre Mourad- Bey, dont il ne connaissait pa& encore la posi* sition désespérée.
Le général Bonaparte prit donc la résolotioa de marcher avec i^ppidité sur lui. La distance des Pyramides à Aboukir est de plus de quatre-vingt lieues. L'armée était arrivée à Alexandrie le qua* tri^e jour. Le 7 thermidor, elle était rassem*' blée k une lieue d' Aboukir, sous les ordres des divisions Lannes, Lanusse, c;t la cavalerie commandée par le général Murât. L'ennemi s'était retranché en avant d'Aboukir, sur les mamdons de sable, dont il avait fait des redoutes, et sous la protection des chaloupes canonnières an« glaises. Sa force .était d'environ dix-sept mille hommes , avec douze pièces de canom Le gêné* rai fit promptement ses dispositions, et il char-
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gea le général Destaing d'attaquer la gauche de reuDeioi, qui prit la fiiite après une vive résis^ taacey^t se sauva sur le village d'Aboukir ; mais une partie de la cavalerie , qui était au centre , poursuivit les Turcs pendant ce trajet, et les sabra jusque dans la mer. La droite de l'ennemi fut attaquée avec la même violence. La division Lanties emporta la redoute ; et comme un esca^ drofi l'avait tournée, les Turcs n'eurent d'autre ressource que de se jeter dans les flots. C'était un spectacle terrible de voir près de dix mille hommes dont on n'apercevait que les têtes couvertes de turban , et qui cherchaient en vain à gagner la flottille anglaise, mouillée à plus d'une demi-lieue. Deux autres mille hommes s'étaient réfugiés sur la plage au pied d'un rocher qui les couvrait. Il n'y eut pas moyen de leur faire comprendre qu'ils pouvaient se rendre, en met*tant bas les armes. Il fallut tes tuer jusqu'au dernier ; mais ils n'expirèrent qu'en * vendant chèrement leur vie. Le général Murât y fut blessé d'un coup de feu à la tête. Guibert, aide* de-camp du général en chef, y fut tué , et l'arme du génie, déjà si malheureuse, perdit encore dans le colonel Crétin le chef qui avait succédé au général CaffarelU. Cet officier, blessé de deux
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coups de feu, était gissant devant une maison du village occupé par les Turcs. Déjà huit personnes avaient été blessées ou tuées en voulant le retirer de là. Bertrand, qui était alors chef de bataillon du génie, se sacrifia pour sauver son chef. Il s'élança dans la maison, suivi d'une vingtaine de sapeurs ^ et parvint à tuer jusqu'au dernier des Turcs ; mais il y fut gravement blessé , et le colonel Crétin ne put survivre à ses blessures.
Après la victoire, il restait encore le fort d'Aboukir, dont il fallait s'emparer. Le général Lannes, qui n'était point encore guéri de sa blessure de Saint-Jean -d'Acre , fut chargé de commander les troupes d'investissement. J'étais resté également auprès de lui. Le lendemain du départ du général en chef, j'accompagnai le général Lannes dans une visite des postes, lorsqu'une sortie furieuse des troupes turques surprit nos avant -postes, et le malheureux générai reçut une balle dans la jambe; c'était le huitième coup de feu.
L'ennemi heureusement n'avait point d'eau dans le fort d'Aboukir; il se rendit donc quatre jours après la bataille.
Pendant le court séjour du général en chef à
AlMokir^ il y eut quelques oommunicatious avec Sydney-Smith, par l'entremise de son secrétaire. Nous étions sans nouvelles d'Europe depuis long -temps, et le commodore anglais se donna le malin plaisir de' nous faire connaître par les journaux la situation de la république. Nous apprîmes que tout le midi de lltalie était évacué , que Ton se battait sur les frontières du Piémont , et qu'enfin là France était aux abois. Le général Bonaparte se garda bien de laisser percer dans l'armée ces tristes nouvelles; mais dès ce moment il se décida à repasser en Europe, bien convaincu que lui seul pouvait réparer les ixiaux, que le mauvais gouvernement du Directoire avait accumulés sur le pays.
Après la reddition du fort d'Aboukir, dont la défense n'avait duré que quatre jours, le général Bonaparte remonta au Caire , mais après avoir donné l'ordre secret au général Gantheaume, qui commandait la marine à Alexandrie , de faire armer et approvisionner les deux frégates la Muiron et la Carrère. Il laissa courir le bruit qu'il allait faire le voyage de la Hau^te- Egypte; mais que peut-être avant il irait faire une excursion dans le Delta. La supposition de son voyage mit tout le monde en haleine, pour recevoir ses.
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étogeB. Il passa quinze jours à régler de noilveau l'administration de l'Egypte j à feire approTÎsioDner ses places > à écrire au graddd vi^r, et enfin il descendit de nouveau le Nil, après avoir doBué rendez«^oas an générid Kléber, près d'Alexandrie^ pour lui remettre le commandement; mats ce général n'étant pas ar-^ rivé, ses dépéclies lui furent expédiées, et à dix heures du soir^ le général en chef, accomgné de son état-major , laissa les chev'aux sur le rivage, et s'embarqua sur la Muiron. Il y admit les généraux Bertbier, Gantheaume, messieurs Monge et BerthoUet, ses aides»de-<:amp, Eugène Beauhamais,^ Duroc, Merlin, moi et son secrétaire particulier. Sur la frégate k Garrère se trouvaieht les généraux Lannes, Murât, tdus deux blessés, Marmont, messieurs Denon, Costas et Parseval-Grandmatson« La commission des savansétait, depuis quelques mois déjà, dans la Haut^-Ëgypte.
Le passage présentait beaucoup de difficultés. Il était échappé au secrétaire de sir Sydney- Smith de dire, en causant avec moi,, ^u'il y ^vait beaucoup d'avantage à bloquer hors de vue; nous devions donc nous attendre à trouver le cwmroodore anglais sur notre route.
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Dans ce cas, l'ordre avait été ilonné à la frégate la Carrère de présenter le combat, pour donner à la Muironle tempa d'écliapper; mais ces deux fr^;ates étaient vénitiennes , et mauvaises marcheuses. Il fallait donc user de stratagème pour H'élre pas vu; l'amiral Gantheaume imagina de se tenir pendant trente jours le long des côtes plates de l'Afrique , que les vaisseaux ne vont jamais reconnaître, et de courir de petites bordées d'une demi^ieue, en ne s'élevant jamais sur la haute mer; ce temps nous parut fort long à tous , car il eât été imprudent d'avoir de la lumière la nuit, et par conséquent il fallait se coucher avec le jour. Les journées se passaient donc en lectures ou en discussions; les connaissances inépuisables des deux savans remplissaient nos journées d'une manière très-agréable. Souvent Plutarque venait à notre secours; et quelquefois, dans nos longues soirées, le général en chef nous £3ii$ait des contes de reveuans , genre de narration auquel il était fort haUle. La situation de la France, et son avenir étaient souvent l'objçt de ses réflexions, il se prononçait sur le gouvemement du Directoire avec une sévérité qui tenait du dédain. Rien encore dans ses discours ne perçait de ce qu'il aUait faire; mais quelques
mots échappés , quelques rêveries et des insinuatious. indirectes nous donnaient beaucoup à penser. Son administration df^pte avait été pure, les opérations militaires pleines de génie; mais cela suffisait* il pour Tabsoudre^.avec un gouvernement qui le craignait , et. qui était sans bienveillance pour lui. H allait encore être obligé de faire la guerre; mais fallait -il se soumettre aux plans d'un gouvernement, sans vues militaires, qui pourrait le placer dans une position fâcheuse , et donner à ses rivaux des moyens de succès, que peut-être on lui refuserait à luimême. Toutes ces idées le préoccupaient profondément.
Enfin le vent d'est commença à soufiQer avec constance. Nous passâmes le cap Bon pendant la nuit, et nous arrivâmes promptement à Ajaccio. Cette petite ville était le lieu de naissance du général en chef; il l'avait quittée huit années auparavant, n'étantencore que simple capitaine d'artillerie. A la vue de sa ville natale, son cœur s'émut profondément. Comme nous revenions d'Egypte , où la peste existait encore , nous n'avions que des patentes brutes ^ par conséquent impossibilité de débarquer. Les habitans étonnés de voir au grand mât flotter le pavillon ami-
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ral^ se précipitèrent sur le rivage; mais quand ils apprirent la présence de leur illustre compa<triote , ses anciens amis et ses parens se précipitèrent dans les barques , abordèrent le bâtiment, et bientôt la quarantaine fut rompue. Il y avait au reste peu d'inconvénient, puisqu'après quarante-quatre jours de traversée, nous n'avions pas un seul malade à bord. Parmi la foule qui s'agitait dans les barques autour de la chambre de poupe , une vieille femme vêtue de noir , tenait ses bras élevés vers le général, en criant : ce Caro figliol » sans pouvoir attirer les regards du général ; enfin il la distingua , et se mit à crier : Madreï c'était sa nourrice, qui vit encore, au moment où j'écris ceci.
Le général en chef apprit , mais confusément, tout ce qui s'était passé en France pendant son absence. L'Italie était perdue , Masséna se battait comme un lion en Suisse; en dedans, le désordre avait été grand; Treilhard et Merlin n'étaient plus au Directoire; ils avaient été remplacés par Tavocat Gohier, et par le général Moulin. A ce dernier nom , le général en chef se tourna vers Berthier : « Qu'est-ce que c'est que <r le général Moulin? — Je n'en ai jamais entendu a parler, lui répondit celui-ci.» Il fit la même I. au
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question à chacun de nous, et reçut la même réponse. La nomination de cet homme lui donna beaucoup à penser. Étonné de ne voir arriver aucune des autorités du pays , il apprit bientôt que les membres de la municipalité, ceux du directoire du département , s'étaient mutuellement mis en prison. Un commissaire du gouvernement > étranger au pays , était le seul maître au milieu de ce désordre. Les révolutipns de cabinet étaient promptement arrivées «jusqu'à A,jaccio f et les différens partis trouvaient tout naturel de se persécuter.