‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 13 sur 47 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Départ de l'empereur pour Tlle d'Elbe. — Tentatives d'empojw sonnement et d'assassinat. — Entrée de Louis XVIII à Paris.. — Attitude delà population.-^ Impressions diverses.— Séance du sénat. — Héflexions sur Fétat de la nation.

GËPENDAifT Fempèreur partit pour Tîle d'Elbe, et la rage de ses ennemis s'en accrut. Ce n'était ni sa chute . ni soi^ éloignement qui pouvaient les rassurer, c'était sa mort; et puisque la guerre rayait épargné, il fallait s'en défaire par un assassinat. C'était le dernier hommage rendu au génie de Fempereur. tJne sorte de superstition

obsédait to s ceux qui avaient concouru à Ta-^ battre. « Tant que cet homme vivra,» disait*ou aux Tuileries , t plus de repos , plus de sécurité »en France. » La perversité de Maubreuii et l'exaltation de son caractère donnent beau* coup de probabilité à tout ce qu'il a dit des pro» positions qui luiTurept faites par M. de Talleyrand. Mais ce n'est pas la seule tentative qui fut hasardée jusqu'au retour de l'île d'Elbe : on avait tenté de l'empoisonner à Fontainebleau. Les généraux Drouôt et Bertmnd publieront sans doute ce que ce dfernier m'a raconté des scènes affreuses qui signalèrent le passage de l'empereur dans le midi, et tous les efforts tentés par des assassins envoyés à l'île d'Elbe par le gouverneur de la Corse , M. Brulard.

Le roi Louis XYIII fit son entrée à Paris le 3 mai. La portion riche et bien élevée des habitans se chargea cette fois de faire les frais d'enthou^asme dont le peuple a toujours largement gratifié les hommes qui frappent son imagination mobile et irréfléchie. Le soleil brillait de tout i'éclât du printemps , et ajoutait encore à la magnificence de ce spectacle si nouveau. Des gendarmes ouvraient la marche; suivaient ensuite une foule d'officiers à cheval. Les uns, en-

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nemis k veille sur iedbamp de bataille, venaient demander leurs pairts aux distributions royales ; les autres, vieux serviteurs de la monarchie, avaient Ibng^temps tendu là main aux largesses impériales. Par une distinction bizarre ou par une dérision cruelle, deux compagnies de la gard^ impériale précédaient la troupe dorée.

L'aspect de ces vieu^ guerriers couverts de cica^ triées, les yeux baissés , Tair humilié , la rage du coeur peinte sur leur visage brûlé, inspirait une nolile compassion. Enfin, paraissait le roi dans une calèche découverte , accompagné de la du* chësse d'Augouléme et des deux princes de Gondé. L'énorme embonpoiilt du monal^que , son r^ard dur et son visage sévère déçoncer*^ taient l'enthousiasme à mesure qu'on le voyait de plus près, et à peine quelques heures écoulées, il ne resta plus dans la masse du peuple qu'une froide indifférence pour l'heureux frère de Louis XVI.

De ces quatre personnages un seul devait Cependant «xciter un intérêt bien profond. La vue du roi n'appelait àuciln souvenir ; les deux vieux guerriers, cbefs d'une légion qui avait jeté si peu d'éclat, ne représentaient qu'un grand nom et une perte cruelle : mais la fille de Louis XVI et

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de Marie-Antoinette, livrée si long-temps et dans un âge si tendre à toutes les barbaries de la ty* rannie révolutionnaire, privée de ses parens morts sur Téchafaud , délaissée au fond des cachots d'une vieille tour , cette infortunée passant lentement devant ce Palais de Justice, d'où sa mère était sortie sur une charrette, insultée par des furies, pour aller périr devant ce palais que sa fille allait habiter, que de souvenirs cruels, que de sentimens de compassion et d'amour devaient éclater sur son passage! Et cependant tous les cris de joie , tout l'enthousiasme furent prodigués au vieux monarque. La raison politique l'emportait-elle sur les sentimens délicats de l'humanité? ou bien les femmes, qui dominaient dans la foule, sont-elles condamnées, même quand elles sont émues par les plus nobles mouvemens du cœur , à faire la part toujours plus faible aux personnes de leur sexe ?

Cette intronisation de la famille royale avait été préparée avec assez d'habileté par M. de Talleyrand. Il était nécessaire de lui donner un caractère légal ; et comme le Corps Législatif n'était pas rassemblé, on eut recours au sénat, qui termina son existence politique par un des actes les plus honteux dont l'histoire puisse faire men*

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tioD. Au mépris de toutes les lois, il rejeta du trône et livra aux bras étrangers son véritable souverain , celui que la France avait nommé , celui à qui il devait son existence; il eut la bassesse d'outrager le prince qu'il repoussait. Je suis loin de méconnaître les nobles qualités, les éminens services et même les plus hautes. ver^ tus qui recommandaient k l'estime publique beaucoup de membres du sénat : mais la flétrissure restera entière sur cette assemblée , puisque aucun effort ne fut tenté, aucune démission donnée , aucune protestation publiée par aucun d'eux , contre cette fatale séance que M. de Talleyrand présidait.

Le premier sgin du nouveau gouvernement était d'établir l'administration, et de prévenir ou étouffer cent déchiremens que les passions en désordre pouvaient faire naître dans les provinces à la nouvelle de sou installation.

Mais , avant de le suivre dans sa marche, il me paraît nécessaire de passer en revue cette nation sur laquelle il allait opérer. La France avait subi le régime de la république, auquel avait succédé la monarchie impériale. £n i8i4y peu de chefs influens du régime républicains existaient encore. Si l'on en excepte Carnot et Bar*-

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ras, qui n'avaient pas plié sous Napoléon, les autres avaient été moissonnés par le temps , ou séduits par le chef de l'empire. Merlin, Trrilhart, Sîeyès, Foudié et tant d'autres s'étaient couverts dès manteaux de ministres et de sénateurs ; ces Briitus de 93 étaient désignés par les titres de duc , de comte et même de monseigneur. Dans l'armée je ne trouve que le nom de Jourdan à retmncher de la liste des généraux grands sei* gneurs. Il est vrai que Kléber, Hoche, Desaix et Marceau n'étaient plus;maisya-t-il de la témérité à penser que ces illustres généraux ^ qui succom* bèrenten défendant l'indépendance de la patrie, auraient plié sous le joug impérial ? La nation entière avait précédé la conversion de l'armée au 1 8 brumaire. Le premier consul trouva partout dons les masses un égal dégoût pour les formes et le gouvernement républicains. Il en profita pour établir le consulat, et en abusa pour placer la couronne sur sa tête. La vanité, si puissante chezlesFrançaiSy et leur haine pour un joug qui avait pris naissance à leurs pieds, leur reni> daient insupportable l'autorité brutale par seslor» mes et par une égalité blessante. Les persécutions et les égorgemens, qui portèrent partout le deuil et l'épouvante pendant plus de deux années ,

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avaient, laissé des impressions si profoncka qu'à tout prix on n'y voulait plus revenir.* Les défaites des armées françaises. W 17^9, la marche violente et inhabile du Directoire ^ 6es coups d'état et partîculièlremetit celui du 1 8 fructidor, ajoutèrent encore à l'impatience et à la déconsidération qu'on lui portait ; et lorsque le général Bonaparte revint d'Ëgjpte^ en 1800, toutes les clafises de citoyens de tous les partis lui tendirent les bras et le conjurèrent de sauver la France : le 1 8 brumaire eut lieu. Mais le vainqueur de l'Italie était accouttitné à se faire obéir ; il organisa donc le pays et lui commanda comme à son armée. Le miraiculeux succès de Marengo , l'ordre rétabli dans les finances comme par enchantement ^ excitèreùt partout l'enthousiatme. Les odieuses tentatives de la machine infernale et des chouans» commandés par George et Pichegt*U9 p0rtèrenl l'indignation contre les Anglais et les Bourbons jusqu'à l'exaltation. Ce fut alors que ^apoléon^ convaincu qu'il pouvait tout oser, releva le trôtie de Frànde pour maîtriser l'Europe. Quinze anâ de gloire et d'arbitraire avaient donc assoupli les Français ; et les Bourbons ne doutèrent pas que leur gouvernement, qu'ils appelaient paternel , ne fût accueilli avec transport,

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puisqu'il se présentait comme gage assuré d'une réconciliation sincère avec l'Europe entière.

Mais LouisfKVIIIy ébloui de la £acile obéissance des peuples pour son prédécesseur, ne soupçonnait pas tout ce qui était caché sous la pourpre impériale. Il ignorait les peines, les soucis , les obstacles sans cesse renaissant contre son gouvernement, n ne soupçonnait que la passion de la liberté n'avait été que comprimée, que le mépris pour les derniers rois de sa race s'étendait encore jusqu'à lui. La haine de l'ancienne cour , de la noblesse , l'indififérence pour la religion y la dérision contre le clergé avaient repris de l'énergie sous le règne impérial. Le roi ne savait pas que l'empereur avait perdu beaucoup de partisans dans toutes les classes ; enfin, que, depuis le départ du roi actuel en 91 , une génération nouvelle s'était élevée , avait pris son rang dans l'état social : population sérieuse, pleine d'énergie , nourrie de fortes études , exempte des momeries de la superstition, sortant des collèges pour courir aux champs de bataille, à qui toutes les carrières des sciences et de l'ambition étaient largement ouvertes , et qui ne trouvait d'obsta» cle que par incapacité.

Personne n'avait dit au roi que toute illusion

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pour la majesté du trône était évanouie. L'empereur , en effet, n'avait jamais été monarque, ou du moins les peuples n'avaient jamais senti pour lui cette espèce de superstition qui avait envi« ronné Louis XIV et Louis XV.

C'était le grand homme qu'on admirait : le peuple voyait en lui le vainqueur de tant de batailles, le conquérant de tant dé royaumes, l'invincible, l'homme du destin; mats c'était toù* jours Bonaparte, nom glorieux que ses ennemis n'ont pu flétrir et qu'il n'a pu lui-même effacer. • Louis. XVin , en rentrant, ne retrouva donc plus l'auréole de sa maison. Pour les gens de bon sens et de sang-froid il ne fut plus qii'un vieux gentilhomme de Versailles , que la force des circonstances Élisait monter sur un trône nouveau. Sa famille et lui revinrent avec cet ancien préjugé de vingt-cinq ans, que la révolution fut faite seulement par des hommes et non pas par la force des choses : erreur fatale, qui perdit Louis XVI. Us commencèrent donc par s'enquérir, de tous ceux qui se présentaient à eux, ce qu'ils avaient été , ce qu'ils avaient fait à toutes les époques. Une vieille rancune pour les coiistituans, mépris affecté pour les nobles qui avaient pris parti en faveur de la révolu^on » indifférence

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et hauteur pour tous les membres de Tadminis* tratioD précéden te ; et poli tesse, mais dédaigneuse et humiliante , pour les chefe ^e VfLvméej parce qu'ils avaient encore les armes à la main.

Les souverains étrangers au milieu de l'ivresse du triomphe y eurent cependant la sagesse de ne pas trop en abuser ; et loin de traiter la France avec la violence d'un vamqueur qui se croit tout per-» mis y ils secondèrent le parti des patriotes dans leurs efforts pour que la France ne £&t pas déshéritée, dans sonmalheur, de toutes les lois qui ht régissaient depuis trente ans. Les garanties que réclamait la haute civilisation furent donc consacrées dans une Charte, concédée par le roi sous le misérable titre d'ordonnance de réformation. Les formes de Tadministration furent conservées , et fes agens de Tautorité en partie provisoirement maintenu^. Des commissaires extraordi-' n«ires furent*envoyés dans tous les départemens pour qclaîrer et calmer les esprits. Ces commissaires politiques , choisis , eh général , parmi les mécontens et les enneipis de Jfempereur, obtin^ rent peu de succès. Mais Fintérét privé, la lasr situde et la nécessité en produisirent de plus assurés. 14e peuple partout montrait de la dé^ fiance; mais je ne doute pas que, si le gouverne-

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ment eût marché avec fermeté- et bonne foi dans les principes que la Charte avait proclamés, il n'eût obtenu assez promptement^ sinon une affection vive y du moins la confiance et l'oubli des préjugés dont il était entouré.

Mais l'enivrement d'un triomphe si facilement reoaporté par les royalistes leur tourna la. tête. La jactance des émigrés ne connut plus de bornes. Quand ils virent les Bourbons assis sur le trône , ils se crurent les maîtres de leur souverain et de la France entière. Us demandèrent ou plutôt exigèrent les emplois , les faveurs et les richesses; on leur prodigua tout. La fdupart d'entre eux étaient d'anciens officiers, qui n^é-*talent revêtus que d'un grade subalterne lors de leur émigration. Leurs vingt-cinq ans de^service furent comptés ; les sous^lieutenans devinrent co* lonels, les colonels devinrent fnaréchaux*de«>camp ou lieutenans-rgénéraux : et les prétentions de ces vieux hommes à l'éclat des armes, leur huipeur guerrière hors de saison, jetèrent sur eux un ridicule qui fut avidement saisi, avec une gaieté piquante et une amère ironie, par cette foule de jeunes militaires désœuvrés, que la pa^x avait rassemblés dans la capitale. Les chansons, les caricatures pleines de malice, dirigées contre

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eux, amusaient le peuple en les £abant déconsi'dérer.

Un incident fort léger donna au gouvernement une idée de l'irritation qui commençait à gagner les masses. A cette époque une comédienne du Théâtre-Français mourut à la Gbaussée-d'Antin. Son convoi fut escorté par une grande partie des comédiens de la capitale. Comme elle avait eu de la célébrité, le cortège se grossit promptement d'une foule de personnes qui avaient applaudi son talent. En arrivant devant l'église de Saint-Roch, on trouva les portes fermées par ordre du curé, fidèle à l'ancien usage de considé* rer en France les comédiens comme excommuniés. Les amis de ta défunte ne purent fléchir le vieux prêtre. Alors la foule, indignée, brisa les portes de l'église, alluma les cierges, et commença à chanter les prières consacrées aux morts. Un aumônier de cour, dit-on, vint cependant remplir les fonctions sacerdotales, et la cérémo nie se termina tranquillement. Un désordre si imprévu trouva l'autorité sans résolution ; et si le roi avait suivi son premier mouvement, de faire repousser la foule par ses gardes, il est probable qu'il en serait résulté une révolte dont les suites auraient été incalculables.

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Cette décoD8idérattf>n du gouyCnidiiwbt, ce penchant à la résisttutee s'étenduent rii|»idwnent, de Paris mix éépàrtémeùa, La finuae po«itlon <l«s magistrat» et des administtateura impériau» ■conaervés,préchant tout k eoup d'autres detofrs^ d'autre» affectioiM, de»opiii«ons contraire», j«s tait sur eux l'ioconaidératioii , et k n^ce^ié dé faire oublier leur ancien dévouement k l'eKTOéttil de» Bourbon» donnait à l'exercice de leur auto, rite une sorte de violence qui bfessbit et irrtisit partout.

Le» acquéreurs de biens nationaux, si nombreux , puisque plus dé dix million» de personne» y étaient intéressées , furent btentèt tourmonté» par le» ancien» propriétaire». Loi» rfâecepief la» offres qui Jeur étaient faites par Ja peut', * «fluxHîi rejetaient toute c»pèce d'arrangemeiw ,' aaaoBçant hautentent que leurs bien» km seraient rendus par l'autorité du roi, qtfils de^ vaieiM rentrer ea possessicm dt Imr» propriété^ a» mène titre qu'il aivài^ recouvré la couronna;; que, la perte des sujets et du monarque ayant été comoaune, la restitution devait être laite en même temps; qu'enfin laCharte, conventibft rrjinwtoire, simple ordonnance de réformatidn , «Hait être modifiée sur ce point si ellen'étatt pas abolie.

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Le roi était revenu avec un très-petit nombre de gentilsbommes restés fidèles à sa personne^ mais le nombre considérable des émigrés rentrés en i8oiy lors de l'amnistie du premier consul, s'empressa de se jeter aux Tuileries et de joindre, à sa joie du retour des Bourbons, ses plaintes et ses souffrances anciennes de l'émigration. Ils arrivaient tous les jours en foule à la messe des Tuileries^ la plus grande partie vêtus d'habits bourgeois ornés d'épaulettes et armés des vieilles épées de leurs défunts régimens. Le. récit de ^ leurs vieilles prouesses de Coblentz et de la légion de Condé faisait pitié à ceux qui les avaient battus si facilement lis semblaient revenus de la veille, et cette jactance, appuyée des faveurs de la cour, irrita vivement tous ces guerriers, qui venaient de succomber avec tant d'éclat. Enfin c'était après vingt ans que toute la troupe de Coblentz et des bords du Rhin triomphait insolemment en ]8i49 comme si elle avait réussi vtnj^t années plus tôt.

L'armée devait encore donner plus d'inquiétude. Affaiblie et mutilée par \ei dernières campagnes, le sentiment de k gloire et le nom de l'empereur restaient vivans dans tous les cœurs.

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Les maréchaux et beaucoup de généraux avaient €échi devant la nécessité , mais la plus grande partie des officiers étaient restés fidèles à ces nobles sentimens. Cependant la discipline et toutes les vertus militaires étaient conservées , et brillaient d*un nouveau lustre. Le roi ne pou» vait passer les troupes en revue à cause de ses infirmités, et les princes affectaient, en les voyant , une défiance et des mépris que le dépit contre une gloire si éclatante irritait encore.

En voici un trait qui m'a été raconté par le comte d'Erlon. M. le duc de Berry passait en revue plusieurs régimens en garnison dans le gouvernement du maréchal duc de Trévîse, dont le comte d'Erlon était commandant; un officier sortit des rangs, et demanda au prince la croix de Saint-Louis. '^^ « Qu'avez-vous fait pour l'ob- > tenir? — J'ai servi trente ans dans l'armée ■ française. — Trente ans de brigandage \ » répondit le prince en lui tournant le dos. II est vrai que, sur la représentation du maréchal, l'officier obtint le lendemain ce qu'il avait demandé ; mais le nâot avait circulé, et l'on peut juger de l'effet qu'il avait produit parmi les troupes. ' < Les corps dispersés sur la surface de l'empire

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Be virent billot dépouillés d'une partie de leurs officiers, que le dégoût et de^ retraites fone^ss éloignèrent de Tarqnée. Lies ét^t^-ffiajofs et (cett-e foule d'employés milijtaires , devenus inutiles , rentrèrent dans leurs foyers et y portèrent leurs mécontentemens et la haine ,qui les agitait. Les deux derrières campagnes ay^îefit été ruipeu&es pour eux. P^esquie tpus avaient perdu jusqu'à leurs bagages. Exaspérés par la pré^enc^ d'un ennemi récemment victorieux , maître du pays» mais battu pendant vingt ans, la nécessité de subir le joug des Bourbons , qu'il avait am^aiés , leur devint insupportable. Sans for^iine, s^ns profession , repoussés par Tautorîté, habitués à la vie aventureuse des camps^ l'ayeiiir ne l^^r présentait que n^isère et ignominie, si les Bouchons restaient sur le trône; il leur fallait, i^ tontprix, changer cette affreuse perspective ; ett Wurs re-* gards se tournèrent vers l'île d'Elbe, av^c em^^ portement.

Tant d'élémens de troubles ne parureqt point Quvrir les yeux des Bourbons. Le$ trois pre-; miers mois furent paisibles en apparence. L'autorité pensait avoir bou marché 4^ tpus les raécontens dispersés; et les souverains alhéfiit qui commençaient à craindre que le contact de leurs

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troupes avec nos moeurs fociles et nos opinions surtout , ne devint dangereu^t , consentirent à s'éloigner après stiàit régïé leurs cônlptes. Il en coûta à la Fraînfce'des sommes iilntnenses, dont les époques et teinode d^p^ietoent furent réglés non* sans beattôoup de difficultés. Ils emportaient ptobableM^ent des doutes sur la' dtirée d'un gouvemeAietit qui commèâ^iâit si mal ; mais ils étaient ^tisfaits d^Voir la Finance affaiblie pour loDg-tetDps/ et tombée du |)réihiei^ rang où la gibire et Ih dvilisatittn Ttfvaiént élevée.

La Charte av^it institua les deuit Chambres.

Celle deiâ pairs, l'ancien sénat, avait perdu tonte considération; lés hommes respectables clônt elle pouvait s'honorer ne lui prêtaient aucun lustre. HS S'-étaient tous élevés d'ailleurs, par la #évo1ufion. Le roî changea sa composition , en y faîsaïit entrer toUs les ani'itens' pairs de là monarchie et (|u^l\[|ue»*uhS' de Ceux qui venaient de la serait aVec éclat. Les nouveaux venus donnèrent à ce corps, et en reçurent en méfne teâips' Ie^> habitudes' eïFâtnour de la servilité';«t siJal iSiation â'intéressapeuà TéléVation d-homities qui coMptâtietit dahs leurs rangs le comté de Sou^rmont et le iiiaîi^e de Bbrdeaus, lie roi p\it être assuré du, moins que cette assemblée con-

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serverait encore long-temps les traditions d'obéissance du sénat de l'empire.

Mais il n'en était pas tout-à^-fait ainsi des membres du corps législatif. Il avaient été choisis à une époqiie où la guerre était devenue pour la France un fléau insupportable. Beaucoup d'entre eux s'étaient prononcés avec énergie contre les exigences du gouvernement de i8i3. Mais le nombre des royalistes était encore peu considérable; et s'ils consentaient à abandonner le gouvernement impérial , ce n'était pas pour retrouver l'arbitraire sous l'autorité royale. Le gouvernement trouva donc sinon des obstacles^ du moins de sévères avertissement, quand les conseillers delà couronne vinrent lui soumettre des projets, qui s'accordaient mal avec les principes consacrés par la loi fondamentale , et qui blessaient les sentimens et les préjugés des vrais amis de la liberté. L'un d'eux, le comte Ferrand^ révolta l'assemblée quand il vint, au nom du roi j établir des distinctions sur la conduite des Français aux différentes époques de la révolu • tion, et distribuer ainsi les éloges et la réprobation. Sa comparaison de la ligne droite et de )a ligne courbe, appliquée même à ceux qui se ralliaient au gouvernement, jeta l'alarme et Fin*

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dignation dans les esprits , et l'empereur avait bien saisi la gravité de cette imprudence quand il dit : a Je suis venu , le discours de M. Ferrand » à la main, bien convaincu que le peuple allait » retoucner vers moi. »

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