CHAPITRE Vm
l^'ngntarité et danger de mfl position. — L'impératrice Josép&ÎDe à la M almaitOD. — L'empereur Alexandre.— Son jugement suir les Bourbons;— Mort de Timpératrice Joséphine. — Fautes du gouvernement. — Mécontentement de Tarmée. — Exaspératio» du maréehal Ney.
Je voyais toos ces germes de désordre , je sen-' tais que la tempête n'était pas loin ^ et je m'éloignais chaque jour davantage des personnes qui pouvaient y prendre part , et il faut que j'explique tout ce qu'il y avait de singulier et de dangereux dans ma position^
La veille du jour où l'empereur quitta Paris pour la funeste campagne de Russie 9 il me retint
MliMOIfi£S£T SOIIYEKIAS DV G. LàVALBTTTE. 1 3 f
à la fin de la soirée, et après m'avpir donné ton» les ordres de détail pour son voyage , il me dit . « Allez chea^ le grand-maréchal ; il vous remets » tra des bons sur le trésor pour la somme de » lyôootoqo fr. Yous les convertirez secrèleœeni » en or ; le ministre du trésor vous en procurera » les moyens, et vous attendrez mes ordres pour 9 me les envoyer. » Cette masse d'or était difficile à cacher ; j,e pris le parti de m'adresser au garde du dépôt d'artîllerie% ouvrier fort ingénieux^ qui me fit faire avec beaucoup d'adresse des boites qui ressemblaient parfaitement à des livres du format in-4** Chacun pouvait contenir So^ooofr., et j'en garnis ma bibliothèque. Au retour de^la campagne de Russie f l'empereur ne paraissait plus penser à cet argent , et il retourna en. Ailemaggne pour la campagne de Leipsig , sans vourloir me donner des ordres précis k œt égard. 11 se contenta de. me dire : « Nous verrons au re* M taur«» Enfin lorsque, peu de mois après^ il allait quitter Paris pow la campagne de Fiance , jp'inr ^tal pour qu'il me. disssaîsU d'un trésor dont il était; pofi^siblç qi^ je ne pusse plus répandre au IQ^Ii^lt desévénemeus graves qiû pouvaient me*
* M. Kégnier.
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lîreDt, et 'je fus dti moÎQS tranquille sw te point. *
L'cifr- impératrice Joséphine était cependant revenue à la. Matmaison. Après une courte ixAte an moîâ davrtt, Fempereur de Russie k fit in-' vilfr à retourner ches elle. Il y ajouta! des pro^ testalion« si (laUeuses ,> qu'dle reprit , «vee séctf-* FJté, le cours de ses habitudes. Peu de pefriionne» se ppéaentirentd'alMrd ; mais i'ehnfyâreur Alexandre et ie roi de Prusse étant venus la t^tr, utte' foule €l*étrang9rs« se pirésentèréi^t à leur suite, et bientôt après beaucoup de Françsris^ qtfi \iA avaient conservé de la reconnaieisaiiûe ei* de rattachement , et qtii ne craignaient plus de lui ek' prodi^psr les ténio4g[nages. L'empereur de Russie venait souvent et restait longvtemps , et Pen^ tretieto- étsaib inépuisabbe: sur Napoléon. L'impéra riee Joséphine avait un esprit peu étendu et peuv d*indtruction>y mais elle possédait un^ jugement sain y; de la. finesse, une grande habitude de la jbfiinne société, une grâce inimitable, et sa prononciation uopeu eréoleajoutait beaucoup de charmeis à sa< conversation. Alexandre en: paraissait enchanté» Un jottr qu'il présentait sim frère Constaiitin à Joséphine: « Ne trouvez-vous pas , y^ \m dit-il, que toulse la personne de Sa Majesté
m et jusqu'au sop de sa ^ois y rappelle l'iippéra- 1" trice Catherine? » Au oiilieu de quelques indis* crétipi|8 échappée^ daaa l'abandon de ces nombreux entr^tiem, Jp^pbine ne démentit jamais la vive tendresse qu'elle conservait à Napoléon^ La révolution était consomméç <et le trônd était perdu sans retour, mais elle ne cessa pas de s'adresser à la générosité de l'empereur, pour adauoir le sort de son ancien époux. Les pro* tentations qu^il lui prodiguait, et qu'elle me rapportait avec sineérité, furent promptement oubliées à YÂeona , s'iji est vrai qu'Alexandre consentit, dès cette époque, àl'enlàvement de Na^ ppléon pour le jeter, de l'ile d'Ëlbe, à Sainte-Héilène. Le prince Eugène vint à Paris vers ce temps ^ l'empereur Ale^udre prit du goût pour lujiy }ut prodigua d63 témoîg|]^ges d'amitié, et lui promit de lui former un état en Allemagne dont 1^ population pe serait pas moins de soixante mille habitans. Ces dispositions changèrent de^ ppi^; la principauté d'flichstadt qui fnt donnée au prince ^ en eoptient à peine sept mille. Dans un nioment d'épanebement, la veille de son dé-» pprt , l'empereur Alexandre dit au princeEugène ; <c Je ne sais si je uq me repentirai pas un jour » d'avoir mis \m Bourbons sur le trône. Croyez-
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«moi, mon cher Eugène, ce ne sont pas de » bonnes gens. Nous les avons eus en Russie , et » je sais à quoi m'en tenir sur leur compte. »
Au milieu de ces magnifiques consolations , entourée des hommages de plus puissans souverains du continent , la mort vint frapper Timpératrice Joséphine. Elle était sujette à des rhumes catarrhaux qu'un peu de soin et quel** que repos guérissaient promptement. Un jour qu'elle se sentait attaquée de cette indisposition y elle fit le tour du parc de la Malmaison avec le roi de Prusse. Le mal s'en augmenta. Trois jours
après il avait fait de tels progrès que N '., qui
fut appelé en consultation , me chargea de la cruelle commission d'annoncer au prince Eugène et à la reine de Hollande, que sons peu de jours ils n'auraient plus de mère. L'empereur Alexandre lui amena le lendemain son propre médecin, et passa près d'elle la journée entière ; mais le dimanche elle expira doucement dans les bras de la comtesse d'Arberg, sa dame d'honneur et son amie , à l'âge de cinquante-deux ans. Femme excellente en tout'point, qui embellit le trône par les qualités les plus aimables , et dont la bienfaisance et la bonté doivent, servir de modèles à toutes celles que la naissance ou la
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fortune condamnent à porter une couronne.
I^'£mpereur Alexandre voulait atissi fixer la destinée de la reine de Hollande. Son mari s'était éloigné d'elle. Alexandre la fit nommer duchesse de St-Leu. Louis XVIII n'osa pas refuser ouvertement; mais son ministre Blacasy mit tant de mauvaise grâce qu'Alexandre donna l'ordre à son aide-de*camp , chargé de lui apporter ce brevet de duchesse ^ de ne pas quitter les Tui^ leries et d'y coucher même, jusqu'à ce qu'il l'eût obtenu.
L'impératrice Joséphine fut enterrée dans l'église de Ruel. Cette cérémonie funèbre fut célébrée avec une pompe autorisée par l'empereur de Russie, qui voulut donner un dernier témoignage de considération à la. mémoire de Joséphine, en faisant conduire ^le deuil par le feldmaréchal Saken , celui de ses généraux qu'il estimait le plus et à qui le gouvernement de Paris avait été confié.
La mort de l'impératrice Joséphine fut le dernier bienfait de son étonnante destinée. Accoutumée à toutes les jouissances du luxe, ne sachant mettre des bornes ni à ses dépenses ni à son immense charité, et le nouveau gouvernement refusant de payer la pension qui lui avait
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été fixée par le traité du 1 1 avril i elle allait éprouver totis les embarras qu'amène le désordre et l'iroprévoyance. Le retour de l'empereur^ an aomars, l'aurait d'ailleurs inévitablement corn* promise. Sa tendresse pour hii et ^enthousiasme que sa présence aurait ranimé l'auraient jetée dans des démarches que les Bourbons ne kii auraient pas pardonnées. Ainsi elle aurait été forcée d'aller terminer des jours abreuvés de dé^ goûts y loin de la France et de ses amis.
Le prince Eugène allait retourner en Alletnagne. N'ayant aucune nouvelle de l'ile d'Elbe, je pris le parti de lui confier ma position. Il était dévoué à l'empereur I il était mon ami. Je lui proposai de se charger de 800,000 francs et de les Êiire passer à l'ile d'Elbe.
Un peu plus tranquille, puisque la moitié de la somme était sauvée, je m'appliquai à doubler de prudence pour écarter de moi la surveillance de la police. M. Pasquier n'y était plus; et son successeur, préoccupé par le spectacle de l'inflammation des esprits, qu'alimentaient journellement les gazettes et les pamphlets lancés par des hommes ardens qui ne gardaient plus aucune mesure, devait naturellement oublter un homme que ses investigations ne rencontraient nulle
part, «t dont le nom ne lui était jamais prononcé.
Ce que j'avais prévu arrivait enfin. La Charte était violée à bas bruit; les écrivains s*en plaignaitttit à grands cris; les outrages dont le nom de- J'empereur était couvert par les journaux royalistes exaspérèrent tous les partisans , tous les amis du béros. Les rébriminations prirent un caractère violent , etl'on alla jusqu'à fouiller dans les anciens moniteurs et rendre au grand jour de la publicitédes imputations odieuses contre le roi, sur sa conduite à l'époque du procès du marquis de Fa v ras.
M. Rey, avocat de Grenoble, exposa, dans un ouvrage qui fut lu avec avidité , toutes les infractions à la Charte depuis le premier jour du règne. Deux jeunes gens , MM. Comte et Dunoyer, lancèrent dans le public un écrit périodique appelé le Censeur où les principes de la liberté étaient développés avec une sévère énergie, une force de pensée qui leur acquit tous les suffrages. Les écrits des royalistes contenaient des injures contre la révolution et contre tous ceux qui, sans distinction, y avaient pris part; ils y ajoutaient des provocations si 'menaçantes , qu'il était impossible de se méprendre sur le but de tout renverser et de tout punir.