CHAPITRE IX
•Q>Q«piratio9. -^ iiTaire du |;énér9l E^elaiAD9> — j[^ général Lallemant, le maréchalDavoust , les ducs d'Otrante et de Bassano, chefs de la conspiratiou. — Prudence du inaré<îbs(l 'DatpjHfl. — ^Nouvelle du débarq^ieviept^e l'empereur.-^ Sensations diverses produites par cette nouvelle. — Je me réfugie chez la duchesse de Saint-Leu. — Départ du roi. — Ma visitç à ThoCel dès l^ostcs.
Les plus mécontens parmi les offîciers-génér; raux étaient naturellement les plus jeunes et les plus ambitieux. Arrêtés tout-à-coup au milieu de leur carrière j obligés de rentrer dans la foule y les dignités et la haute fortune leur échappaient quand ils n'avaient plus qu'un pas à faire pour
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les obtenir. AccoutiMiiés à une vie d'éclat , leur gros traitement lenr éfaît retranché; its^ éprouvaient UD profond chagrin dé ne pouvoir seute-* nir la position briHante. qui Leur avait été assi-^ gnée dans t'armée et dans le monde , et dont la jouissance les eût peut-être un peu consolés. Je ne renie paj» dire que, dans leur ressentiment, l'arnoor du pays et leur ^vouement à Tempe-^ reur ne défissent pas être comptés pour beaucoup , mais enfin toutes ces causes réunies rendaient leur position insupportable ; et le dédain général pour le nottveau'gouvef*neqient, les clameurs qui s'élevajent de toutes paris leur persuadèrent que le moment de l'insurrection était arrivé ; et quelques-BB^ d'entre eun ne bataticèrent pas à employer, pour* la i^re éclater, les* troupes qiie l'autorité lenr avait confiées pour sa sûreté , et doiït elle croyait avoir une garantie dans leurs serment àe fidéMté. Je n'avais pas la plus légère connaissance du- complot. Ce fet M. de P;.... qui m^en parh le premier, et qui, avec la^ccmfiance et h, légèreté de la jeunesse, m'en donna tous les détaib. Il ne rae cacha même aucun des noms de eeui^ qni le dirigeaient. A la mukipHcité des confidences, je vis bientôt que tout le monde était îiistFuit, excepté le gouvernement. Getaitcepen-
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clant le maréchal Soult qui tenait le portereuilfef de la guerre ; mais préoccupé du soin de faire ou-^ blier, par sa ferveur nouvelle f ses anciennes af-^ fections pour la république et ensuite pour l'empereur , il donnait tousses momens aux Vendéens ei à leur histoire^ en faisant signer au roi une ordonnance pour le monument de Qtfiberon et en les plaçant dans l'armée. Loin d'éclairer le souverain sur les dispositions des troupes et des peuplesy^ il le& connaissait si peu qu'il trouva tout simple de réunir avec éclat dans la ville de Nantes tout ce qui restait des vieux insurgés de la Vendée, pour leur iâire solennellement des distributions de pensions et de décorations. Les Nantais, à la vue de leurs anciens ennemis /qui sauvent avaient été si cruels, faillirent éclater en insurrection. L'agent du minijstre fut obbgé de se sauver, laissant après lui la population indignée, disposée à reprendre les armes, pour repousser cet acte de contre révolution*^
Cette maladresse fut suivie bientôt d'une mesure injiisteautant que brutale, et qui augmentarcxaspératîon de tous les militaires. Le général Excelmans, un- des plus briltans chefs de l'armée , avait été premier alde-de-camp du roi de Naples. L'un des médecins de ce prince retour-
Du COMTE LAVAtLETTE. iSj
nant près de lui, Excelmans lui remit une lettre dans laquelle il exprimait , avec abandon , son attachement pour son ancien général. Quelques mots vagues sur l'énergie de larmée qui s'était conservée au sein de la paix, et des offres de dévouement, terminaient sa lettre. Celui qui s'en était chargé fut arrêté; la lettre fut remise au ministre de la guerre (c'était alors le général Dupont ) , qui se contenta de réprimander le général Excelmans sur sa bien légère inconvenance. Mais la lettre était restée dans les cartons du ministère. Un des premiers actes du maréchal Soult, en prenant le portefeuille, fut de décider que le général Excelmans serait forcé de quitter Paris, et d'aller résider, jusqu'à nouvel or-, cire y dans le département où il était né. Le général résista, prétendit avec raison que son domicile naturel était dans la capitale, qu'il n'avait aucune propriété dans son département, où il n'était pas retourné depuis vingt ans. Enfin il se bornait à réclamer un délai. Madame Excelmans était depuis trois jours 'dans les douleurs de l'enfantement. Tous les amis du mari l'entouraient^ et l'encourageaient à résister à un ordre qui avait tout le caractère d'une lettre de cachet. Le ministre allait employer la force, lorsqu'un de ses
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compagnons d'armes , le général Flahaut j le fit évader. Un conseil de guerre fut convoqué à Lille pour le juger: il s'y rendit, et fut absous. Ce jugement fut un nouveau triomphe pour les amis de l'empereur , et un puissant enc<>fir^gement pour ceux qui étaient à la tête du complot d'insurrection.
L'un des chefs était le général Lallemant, que j'avais connu en Italie et en Egypte quand il était officier des guides , et ensuite aide-d&*camp du général Junot. Il désirait que je prisse une part active dans la conjuration , et surttMit que je me chargeasse d'en donner connaissance à l'empereur. Je devais, me disait-il, avoir conservé des moyens sûrs pour correspondre avec lui. il me développa son plan , qui n'allai^ rien moins qu'à s'emparer des Bourbons, pnjypilantter l'em* pereur et le rétablir sur le tr6ne« Le mairéchal Pavoust, les ducs d'Otrante et de JSassano, et plusieurs autres. dont j'ai oublié tes noms, étaient les chefs supérieurs de l'entrepriseï A. mesure qu'il avançait dans sa confidence , l'inquiétude et Peffroi m'ôtâîeftt jusqu'à la faculté de répUquer. Tout en l'écoutant, ce n'était pas le sort du roi , je l'avoue, mais celui de l'empereur qui me tQurmentait; je lui répondis cependant: — a Les
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» personnages que vous me nommez sont très- » habiles, et leur coopération doit rendre le « succès possible; mats il me semble que vous « disposez de l'ampereur avec une ^ande lî- » berté* Se contenter de loi faire part d'une ^en- » treprisssnrlaqudie il n'a pas été préalablement » consulté, disposer de sa destinée sans son aveu ^ » me parait bien bardL D'abord ^ je vous dédare » que je n'ai aucun moyen sûr pouir lui faire par- » venir une lettre. Je prie même avec îfistanoe *> ses amis de ne point lui en adresser , bien con- ^ vaincq qu^elks seraient arrêtées par les postes y> d« Fraitoe ou d'Italie, et envoyées à Tienne , où » M* de TaUeyrand solMctte avec ardeur nn éloi- » gnement plus considérable de l'empeneur» Les » vfkotiâs sur lesquels il s'appuie jusqu'il présent » n'ont peutMètre pas suffi pour déterminer les » alliés à preadre celte mesure, mais jugez quel 9 effet produirait sur eux une correspondance ]» qui indiquerait ce que vous projetez. Je suis » convaincu que rem|>ereur «serait envoyé au i> bout du imonde , ou peut-être tué. Qui vous a 9 dit qu'il û'a pas des projets que les vôtres peu- » vent contrarier et détruire ? Sa tête est* elle af- » faiblie? N'a-4*ii pas des ainis en Italie ? Ne ^euN » il pas être bien instruit de ce qui se passe ici?
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» Enfin a-t*il laissé quelqu'un dépositaire de ses y> ordres? En a-t-il fait passer depuis son séjour » à Tîle d'Elbe? — Puisque vous croyez dangereux V d'écrire , me répondit le général , nous tâche- » rons de lui envoyer quelqu'un de bien sûr.
)> Quanta notre projet, il est trop avancé pour y> en retarder l'exécution. Si nous remettons à » une autre époque, l'empereur sera enlevé de » File d'Elbe un matin , malgré les braves qui le » gardent , et tout sera perdu sans ressources. » Au reste , voyez le duc de Bassano , faites-lui » part de vos inquiétudes, soyez sûr que nous » ne reculerons pas; ce régime est insupporta- » ble , nous le briserons par l'épée : c'est un parti » pris. »
J'allai le lendemain chez le ducdeBassano, que je n'avais pas vu depuis la restauration. Après lui avoir rapporté ma conversation avec Lallemant^ je lui exposai non-seulement mes craintes sur une correspondance avec l'île d'Elbe, mais encore sur l'étrange confiance qu'on accordait au duc d'Otrante. Le duc ne me cacha rien. « C'est une » opération toute militaire, me dit-il ; nous autres » nous n'y pouvons rien. Ce qui nous importe , » c'est le retour de l'empereur. Comment l'avertir, • je n'en sais rien, dès que vous n'avez aucua
•moyen et que vous le^ jugez tous dangereux, t Je suis au reste tellement convaincu, comme 9VOUS, que ce serait consommer sa perte que »de confier au papier la plus légère insinuation,
• que je n'ai rien donné à M. Fieury de Chabou- » Ion , qui, vous le savez, est parti il y a plus de
• quille jours. D est vrai que lors de son départ
• la conjuration militaire n'était pas encore née ; » ou , du moins, je l'ignorais. Quant au duc d'O- » trante, je ne partage pas votre méfiance ; il est «entré dans l'affaire avec une telle ardeur, il est »si mal avec les Bourbons, que je suis bien sûr
• qu'il ne nous trahira pas. — Mais en supposant » qu'il soit de bonne foi , qui vous dira qu'il n'a »pas d'arrière-pensée, et qu'il ne travaillera pas » pour un autre ? — Je ne sais pour qui : il ne peut
• penser au duc d'Orléans; j'ai à ce sujet des
• données certaines; ni lui ni d'autres ne peuvent » toucher cette question avec lui. Venez me voir
• souvent, et je vous mettrai au fait de tout. • L'entretien avec le duc de Bassano avait augmenté mes craintes pour l'empereur. Ce nom du duc d'Otrante me paraissait fatal , et je retournai chez le duc peu de jours après pour revenir encore sur ce sujet. Il était enfermé avec le prince d'Eckmuhl ; mais je trouvai le comte Thibeau-
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deauy fiort instruit, et connaissant le complot dans ses moindres détails. Je lui communiquai mes inquiétudes sur Fouché. • U n'est pas encore iibten dair pour moi, me dit-il, qu'il désire le » retour de rempeveur ; mais il nous restera fi- » dèle dans cette ciccasiozi^. • Tandis que nous causions, le prince d'Ëckmubl sortit du cabinet du duc, et celui-ci^ nous prenant à part, nous annonça que le prince v^iaif de lui déclarer qu'il abandonnait toute coopération à l'entreprise; il en donnait pour raison la légèreté des che&, la certitude que la cour avail: des soupçons. C'était s'y prendre un peu tard; son nom avait encouragé tous les autres ; les moyens d'exécution lui avaient été soumis , et il les avait approuvés ; il reculait donc par couardise , car on ne pouvait supposer un repentir dans le cœur d'un tel homme. Enfin il s'arrêtait trop tard , puisqae le mouvement était commencé, que la digue était rompue, et que le torrent allait déborder de toutes parts. Lies initiés attendaient avec une viveinquiétude la nouvelle de cette lev^e de bou^^ diers^ Il ne fallait que trois jours pour la recevoir , lorsque nous apprîmes que Lallemant et Lefebvre-Desnouettes avaient échoué à La Fère par la fermeté du général Daboville et du colo-
DU COMTE LàVAtl^ETTE. l43
nel Ly<m, que Lallemant étaU pHs avec son frère , et que déjà un conseil de guerre était con^ voqué pour les juger. C'était une cauae perdue sans ressource. L'inquiétude et le désespoir s'em-^ parèrent de tous les auiis de l'empereur* Tran«< quille pour mon compte , je gémissais sur le sort de tant de braves gens qui allaient expier sur l'échafaïud leur fidélité à celui qu'ils regardaient encore comme leur souverain, quand tout^àcoup une autre nouvelle , mais prodigieuse » iiXH menso , un vrai miracle enfin 9 circula d'abord sourdement et bientôt avec éclat. C'était le lundi 7 mars î je traversais les Tuileries vers neuf heures du matin, lorsque j'aperçus , sur les marcbesi de la grille de la rue de Rivoli » M. Paul Lagarde,. ancien commissaire-général de police en Italie } je le saluai de la maiu en passant, et je continuais mon chemin sous leâ arbres, pour gagner la ter* rasse du bord de l'eau. J'entendais quelqu'un marcher près de moi, et j'allais me retourner lorsque ces mots furent prononcés à voix basse : c Ne faites aucun geste , ne montrer aucune » surprise , ne vous arrêtez pas : l'empereur est » débarqué à Cannes, le i^'^ mars. ; le comte d'Ar- » tois est parti cette nuit pour aller le combat-^ » tre. 9 Je ne puis rendre le désordre ou me je-<
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tèrent ces paroles : l'émotion m'empêchait de respirer ; je marchais comme un homme ivre, en me répétant : « Est-ce possible? n'est-ce; pas un » rêve ou la plus cruelle des plaisanteries? » En arrivant sur la terrasse du bord de l'eau, j'aperçus le duc deVicence; nous nous joignîmes, et, mot pour mot et du même son de voix, je lui donnai la nouvelle que je /venais de recevoir. Mais lui , d'un caractère irascible, et trop habitué à voir les choses du mauvais côté : «c Quelle » extravagance! Quoi! débarquer sans troupes!... t II sera pris , il ne fera pas deux lieues en France; » il est perdu. Mais c'est impossible ! Cependant, » ajouta-t-il , il est trop vrai que le comte d'Ar- » tois est parti précipitamment cette nuit. » La mauvaise humeur du duc de Vicence et ses pressentimens fâcheux me disaient mal. Je le quittai pour m'abaudonner.sans contrainte à toute l'ivre;sse de mes sentimens. Ce ne fut pas d'abord chez moi que je trouvai à les partager: ma femme fut épouvantée de la nouvelle , et en tira de tristes présages. Je courus chez la duchesse de Saint-Leu; je la trouvai fondant en larmes de joie et d'émotion. Le premier mouvement passé , nous nous mimes à mesurer l'immense distance qui séparait Cannes de Paris, ce Que feront les
DU GOMTS LA VAtLETTE. ] 4$
• géjOuéraux qui Qommàndeql sur c^te route , 4es I» aptopités , ks IroufMes ? quel e£Cet produira » l'arrivée du coipte d'Artois ? » I| nous semblait que rien ne pourait réûstër k l'empereur , et qu-i^ne fbisarriré à Lyon , tpuC obslade devenaif impossible. Dès ee moment la dijichpsse ferma sa porte* Tous les soupçons dés royaUstes', tous les regards da la police étaient concentrés sàr elle. Pendant les onze mois qui venaient djs s'écouler^ sd' maison o-avail: jamais été remplie $ quelques généraux , quelques dames et des jeunes gens de b nourelle qour^ venaient lu visiter souvent^ jom^ jamais la conversation iie se déto|Lirnait'siir T/empereuri; seulement^ [entre quelques fidèles , op s'îoquiéiait de sa vie et de son avenir.
Un sentiment VAgue Qous disait qu'il revien* drâit, qu'iuae vie de fiiracles ne devait pas s'âté&ndre siir un roober entre rita,lie jet la Frtoce; mais comment et par quels moyens?
Xoàte Tactiffité de notne iœaginali/on ce pouvait les itj^ouveh Chaque jour nous oofnptions les feuiiis qMe faisail: le goutero^mént , toutes celles qu'on lui 3upposait et ceitié masse de pr^veh'» I.î0ns, ;de.<plainjteSy d'écrits violents' ou déni-^ graps .dan$^4ésque)s les ridiicules des royalistes et leurs prpJQl^ iQ$^n$és étaient m$ aii jour avec