II. lo
j46 MEMOIRES ET SOOVfiiriRS
une ironie si amère; mais enfin le peuple se contentait de rire et de hausser les épaules ; le soldat obéisait, et les masses paraissaient vouloir rester tranquilles. Comment donc l'empereur pouvait-il se présenter en face d'un*gouvernement qui paraissait fort et d'un peuple qui semblait l'avoir oublié? Et voilà que tout à coup il a débarqué en France, qu'il agite toutes les têtes y et que son formidable nom jette dans l'épouvante et l'abattement tout ce qui commande et tout ce qui le déteste. Les jours , les heures y les minutes étaient, comptés. Chaque matin les journaux publiaient les bruits les plus sinistres; tantôt il avait été pris ou bien il s'était sauvé dans les montagnes. Aucune nouvelle certaine n'arrivait. Notre consternation augmentait sans cesse. J'allais me promener dans, les faubourgs; partout les apparences d'une indifférence complète , le travail et toutes les habitudes du peuple étaient restées les mêmes. Mais la police, qui recueillait avec soin les mouve* mens de la soirée dans les cabarets et les lieux de rassemblemens du peuple , était épouvantée des énergiques propos et des projets terribles qui circulaient sourdement. On n'osait arrêter personne dans les rangs des dernières classes du
DU COMTE LAVAIXJBTTE. Xf^'J
peuple , de crainte de faire éclater des émeutes dont les conséquences pouvaient être terribles^. Mais il faut avouer qu'il n'en était pas ainsi dans la bourgeoisie y qui comprend les marchands et les gens de finance et de justice. La position de la cour n'inspirait aucun intérêt;
* J'habitais alors nne partie de Fancieii b^tel de Lamoignon , qai appartenait k M. de Canmont, son gendre. Madame de Staël occupait le rex-de-chanasëe de cet hÀtel. Le lendema^ da joar oà le débarqae«i ment de Temperear fat conon , elle me fit prier de descendre ches die. En entrant dans son salon , elle Tint an devant de moi , les bras croisés snr la poitrine, et d*ane yoix émae, mai^ éclatante : « Eh bien, m monsienr, le voilà de retonr. — Il n>st pas encore arrivé ; la ronte » est longue , et je crains que les obstacles.... — Il arrivera; il sera M ici dans pea de jonrs ; je ne me fais pas d'illosions. Ah, mon Dieu ! M Toilà donc la liberté perdue sans retonr ! Pauvre France ! après tant » de souffrances, malgré des vœux si ardens, si unanimes... Puisque M son despotisme l'emporte, je m'éloigne de ce pays, je vais le quitter >• pour toujours, sans doute. Encore un mois , et j'unissais ces deox
* pauvres enfans , et j'étais heureuse. » Et elle me désignait la pièce k eàté ou sa fille et M. de Broglie s'étaient retirés.— « Mais, inadame, M pourquoi cette résolution extrême? vous n'avea rien k craindre de
• Tempereor; le malheur et l'opinion si puissante auront une grande
> influence sur lui. — Non, je vais partir. Que pnis-je faire ici? » J'aurais trop à souHrir. Hélas! quand je les vis, ces princes, en m Angleterre, ils écoouient la vérité; je leur peignais l'état de la » France, ce qu'elle demandait, ce qu'il était si facile de lui donner. m Je croyais les avoir convaincus, et ici, pendant onse mois, croiries- » vous que je n'ai pu leur parler une seule fois? Je les voyais s'avan-
> cer vers l'abime» et ma voix a été repoussée. Je lea aime , je les re- » grette , parce que seols ils peuvent me donner la liberté , et parce
i48 MimHBES ET SOUVENIRS
IjQS plaisanterM mècae .contre elle trouvaient I) jm rapide sticcèsi mais )e souvenir trop récent du aéJQur des eanemis ipspiraît 4e vives înquiétQides jei une sorte dé stupéfaction de l'arrivée dd Tempereur. GependanC , excepté qad[que& jeunes gens qui s'enrôlèrent à Vinoennes eomin^
» qa'Us lODl honnâfes gens. 'Je «roû liltfi qm -BOttftpovfe n'osera pu m!ofipHaitr nuâiiteiiaiit ; oatû ▼!?*• «ons aes yettx I jamais. » Fois, mp regardant eniaoe : « ^ ne venz pas pénétrer vos seerels, ni savoir » ce qne yoos avec £ût ^^ns eetle éqnipée; mais je couple snr tous » .ponr échapper aux manvais traitemens , aox persécofiôn^ qni pea> » vent .commencer même avant «•n«riiivé», car ton! ceci me paraît -ili « bien |>réparB... Dejnon fàté, comptes enr-moi. ^ j'appren^ qn'on f jent TOUS maltraiter, vous tronverea ^aes portes ouvertes k toute )» lièvre* .«t les moyens de vous échapper iper le jardin votis seront p ménagés. » Je la qoiitai piofendémem ém^ 4t oe qd^ctté m'avait 4Àt etirVe son noUe procédé. Bea^de «jonra après, elle réunit diex elle bnit.cents personnes 4c ia cour ,et de 4a ville. Il y eut concert et sonper» Un de mes amis , qui y avait assisté, monta dbez moi , et me racorni .ce qu^jt 7 avait vn. La pins grande liberté d-espi'ît' et une vive gaieté semUaiant animer loute oMte sociélé. Lanoatetiè Aei^ppafition <de rempcrenr et de «on approche de Lyon, qui était déji connue, paraissait ofi^iaqnic^er pCMOfine. Son nom li'écatt prononcé que pour Tinsul^er. Qn sentait ne pas douter de sa fuite et même de Boa arresta^on , mais nn secvet'senlinent d^effroi troublait tons -les cceurs, et Fonsentaîjt le 'besoin de s*étoardir pbur ne pss tomber dans la oonstemation .et répCravante.. Je ne mviê plus madame de Staël. Elle partit peu de jours av^nt le ao mars, et remperenr, à qui j*en parlai, parutcontrariédie son éloignement. ^aiméme entendu dire à cette époque que quelques 4émtf(«he6 avaient été -îiites poor la rappeler.
nu COMTE LA.VJILLBTTB. l/^g
rçifyalisiesf per^oiaiBe ne »e présenla pour se battre. M. l6 comte d'Artoia revint désespéré , n'osant plus compter suif l'armée ; tous les régi-' men» qu'il avait rencQiitrés, toutes les troupes qu'il avait rassemblées à L^«ni anr!aient refiasé de lui obéir^ Le maréchal Macdonidd y si respecté , si aîitté de l'armée^ n'avait pu se faire écouter. Ce grand nom de Napoléon avait enivré, boa^ Ifitersé toutes les têtes. L!iromense population des campagnes s'était jointe aux t^rbupes; il snf^ ^isnît d'un Qfkot et d'un geste pour que les nobles et les prêtres fussent adsasaîhés* JEeureusement des hotnme^ rAisdnnablest s'emparèrent du m<m^ vement,. et surent le diriger uniquement sur Jl^apcdéoxi^ ce ^e .gâtez pés la cause de l'empereur^ 9 s^'écriaît-on de toutea parts; il ne veut pias » qu'une gOutte de sang soit versée. »
. Les jdufs avançaient ,. et chaque heure rendait le péirîl plus îiimdnâkft^ M^ D^^^^ préfet de pd-» li^e^ fut; remplacé par M; Boufrienne. Les amis de l'eKipereur comprirent ce qu'ils avaient à ot^indhe de cet homme. Atiden condisciple de Mapoléc^nà l'école' ndilitâire et depuis son aticien secrâtaihe^ il avdit été chassé potir des turpi^ tudes doiliesllquesy et à la restauration s'était jeté à corps perdu ddns le parti royaliste. II était
l/)0 MÉMO RES £T SOUVENIIIS
clair que son choix avait été décidé ^ parce qu'il connaissait très-bien la personne et les habitudes de chacun des amis de l'empereur. Je savais cet homme capable de tout; je tremblais surtout pour madame la duchesse de Saint-Leu, et ses deux enfans, que l'on était décidé à emmener comme otages, si Ton était forcé à fuir à l'étranger^ Elle courut à temps chercher un asile chez une personne qui lui était dévouée , vieille créole de la Martinique.
Ne voulant compromettre aucun de mes amis, j'allai me cacher dans l'hôtel même de la duchesse, mais dans la partie du bâtiment réservée aux personnes de service. C'était le i4 mars; je n'avais point de nouvelles des provinces, mais , à travers les mensonges des journaux, je voyais bien que l'empereur s'avançait rapidement, et qu'on ne pouvait plus lui présenter d'obstacles. On venait de donner à M. le duc de Berry le commandement d*un camp sous Paris. Les officiers qui avaient commencé par s'épuiser en protestations de fidélité finirent par devenir plus froids, plus réservés; Quant aux soldats, le vent semblait leur apporter le nom de l'em^ pereur ; chaque oiseau leur semblait Taigle impérial. Les rigueurs de la discipline , les exhor-
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talions, les supplications même suffisaient à peine pour les contenir; et dans les trois derniers jours qui précédèrent l'arrivée de l'empereur, malheur à ceux qui dans les troupe^ auraient proféré des injures contre lui ou manifesté le dessein de l'attaquer.
Enfin le ao mars, à six heures du matin, j'appris que le roi et toute la cour avaient quitté Paris pendant la nuit, et que ia ville était sans magistrats et sans chefs militaires. Je sortais de ma retraite dans le dessein de retourner chez moi, car j*étais inquiet de ma femme que j'avais laissée souffrante et dont j'étais séparé depuis huit jours. En sortant de la rue d'Artois poui^ entrer fSur le boulevard , je rencontrai le général Sébastiani en cabriolet. Il me donna la nouvelle du départ du roi, mais il n'en avait aucune sur Tempereur.— J'ai bien envie, lui dis-je, d'en aller chercher à la poste — ; et je me plaçai à côté de lui. En entrant dans la salle d'audience qui précède le cabinet du directeur général , je trouvai un jeune homme établi devant un bureau , a qui je demandai si le comte Ferrand était encore dans rhôtel. Sur sa réponse affimative je lui donnai mon. nom, en le priant de demander pour moi quelques instans d'entretien à M^ le
1 5 2 MiMoiacs M somrsmiii
éoorté Eèrrandi Je ne Fdvaii jamais vu} miéià j'a^iaapprii que c'était iiD berome âgé, inSatth^ et pire.de fonniUë. TèîMétonpé é^n tétAtd ^H-il avait misa s'éloigner^ et, par tM ^Mlm^Wt gë^ néreoK, je vouba protéger sa i^iraiteet gatieti^til^ SSL sûreté. M. Femmd 4e présenta; mais éM^ §'arrélier;etsaiia m'éooBtér^ ft^avritsoA calliâet; ]e ne Yj suivis paa^ et j'allai dans tfoë mtHf pifftèf ou je tnkrviâi tous les diefs de dhisioti , ettetrniés de me Te voir et disposés 4 tdUt fàii^ jîbut]^ m'bbligen.Mi Feri^aud, aprèsi avoii^ piiè ë(^ ^^ ]»ers 4 se retira et laissa son cabine à tùû dispô^ aitiqn. J'avais un vif dési^ de c^rir à Fdùtttitië^ bleau poai' embrasser Teftipéretir^ ; maià je Vbii^ lais voir liia femme avafhl de pâhli*, et p»ôut etificilier ees deui mouVeMétfâi de c^ûi^y je pvis fo résolu tieri d'écrire 4 Fontaîtièblifai]. Otl iàé donna un cdurriei- qui partli k l'4nMàtit Tàhnon^àisà l'enlpereur là nouvelle dû dépàH An roiy et je lui dematidais ses ordi*esi pour la plostèy piïisqt^ M. Ferrand avait abandonné fadminlii* tf lotion; Immédiatement api*ès le dépsrt dii cbtiN îiëf, j'allai chea mcrt , et j'y restai jusqu'à iiM héut*è. J'étais bien loin de petiseï^ que c«te déMarche y si courte et si simple ^ die È^vAit imputée à crime. J'étais si peu disposé à m'fettipârer
dm pdsteà, que lldéë liné tint d'allcjtr tâ\të méè
visite tfU ptintie GaiitbàôérëS) p&Ui* le COâMltOr;
Je le' trot&vâi , ^ivaiii f tl^gë dé ttfiJfë sk Vie, M
plfi%hdnt de ^ sfitlté et luttait cmiftre les^duf-
fràildeâ dtf si rtlédétiUié qtlMidiènrië. ^é hii fis'
plstrt de ma Visité k \i p6êVsi je lui pèipiiS ]û
àitnktioh dé Parts ^ sâti6 tiidgish^të , et |:rëùt^éf i-é
au tbomënt d'une ëxpl6sîofA de désoî^i^s le^
pltii dangeréùi. J^ai bubli^ dé dire qu'apfès lé
départ du cbitite Fért^nd , }i ctàitiie dé Vdir Ie«
càisàès plilléé^ lîi'aVdlt détéMiiné à prtè^ ttVed
itiètahce le générai ^êhàitiànl &a\ër detnaiidèr
dUf gétïéiràl De^sôllëi^, CdttimâAfdant en cbèf k
giiftie iiatidhàle, dé irôuloir hîistk entojrer Un (ri-
^oéf dé soldats pôUf f>ii*6tégëi' lé» ^}âto&. VaB^
éiéï* qui lëi^ càttttiisitiéàit liëT me ^tfââulfà pM
fàém^ poUr plàéét" rè» deMInéileS. €é fttt lin
étfipioyé qUl se diài^ëa dé ëë âôin. Lôi'squë lé
prihcé eût étitèfadtt dés détails, 1) iHe fépotfdtt
aVéz sbfa sàUg-frdid et sa gi^Vité éi^coiittithés f
«Todè avez sdfas âbvtt^ tfès^Méh fait; je pré^
» votài tous les déiordre^ ddiit Pari^ peut étt*é le
i théàti^, f^iï jëf m gardëNÎ biétt de ^^e îiil
k inàtj de &iré iih gésié qUi pUS^^e fàii^é Ètàkip*
» çonner à Fempéréur que j'ai pris lès devants
)t sur ses résolutions. Je n'di point ôtibHé les ré-
1 54 MÉMOIRES ET SOUVl^IRS
» primandes qu'il me fit au retour de la cana*^ » pagne de Russie ; je veux vous le raconter » pour votre instruction : Vous savez que, pen* 9 dant son absence , je présidais le conseil ; Faf*- » faire de Mallet vint nous surprendre brus- » quement. Vous savez qu il fut condamné, avec » une partie de ses complices. Ils furent exécu- » tés. Lorsque l'empereur arriva aux Tuileries^ »il m'envoya chercher, et, du plus loin] qu'il » m'aperçut y il arriva sur moi avec des regards » qui me traversaient la tête. Qui vous a permis^ » me dit-il , d'une voix tremblante de colère , de » verser le sang de mes sujets sans mon ordre ? » C'étaient de braves militaires qui cent fois » avaient exposé leur vie pour moi et la gloire. » de la patrie. Avez-vous oublié que le plu^ » beau fleuron de ma couronne est le droit de » Élire grâce? Je ne sais à quoi tient que je ne » vous en punisse sévèrement. Il n'est pas néi> céssaire, ajouta Je prince , de vous en dire da-^ » vantage , et vous sentez que je ne veux pas » m'exposer de nouveau à son ressentiment. — »Et moi y monseigneur, lui répliquai-je , j'^î? » dans son intérêt , puisque je lui ai envoyé un » courrier; j'aurai sans doute une réponse, et je » vais l'attendre à la poste. »
DU COMTE LAVALLEITE. l55
Je fus bien étonné en y rentrant d'apprendre que le comte Ferrand n'était pas encore parti. Les chevaux de poste, arrivés depuis six heures du matin , étaient attelés à sa voiture; le ^vieillard avait perdu la tête , et tous les efforts de sa famille étaient impuissans pour le îaXve mettre en route. Il voulait aller à Gand, et me faisait demander un permis de poste. Je m'obstirnais à ne pas vouloir le lui donner y à déclarer que je n'étais rien, qu'il était tout, qu'il pouvait se protéger de sa propre signature; mais M. Ferrand , préoccupé de cette pensée que le retour de l'empereur était le résultat d'une vaste conspiration, et que j'en étais un des chefs, voulait avoir une pièce où ma signature se trouvât, persuadé qu'elleseule pouvait le protéger dans son voyage , et surtout dans les rues de Paris. « C'est pour sa sûreté j me » dit sa femme , que nous vous demandons ce 3» permis. » A ce mot je ne balançai plus , et je lui délivrai un permis de poste qui ne lui servit en rien , car il n'eut pas besoin de le tirer de son portefeuille jusqu'à Orléans, où il se retira pendant plus de six semaines.
La conduite du ministère dans ces derniers jours fut inconcevable , et en particulier celle de M* Ferrand. Avant de partir le roi avait fait une
li6 MÉMOIRE» n »OVV£MII$
proolamsitidn , ^ai prêchait la somniâston eux Parisiena et psat oonaéqnent à Mdte ia Fi'âiicê; Getta prciclaiiNition étatt insérée dans le MMi^ Heur du ao : elle devait faire tofïiber les armes à tous les royalistes ; cependant un de mes criiïiéâ esti d'avoir arrêté le départ du Moriiieut et des mitres îoQirilaux. Mais si foà attachait urie si grande impoi^nce à la publiciation de cette der^ nière Tèilonté du i^i, pourquoi M. Ferrand iie l'a-t-il pas fait partir la veille par des estafette^? çlle aurait parcouru sdiiEafite li^ties en vihgt-^ quatre heures sur toutes les directions y ètcépté iteUe de Ljon ; ef les préfets auraient ati m<Âi\i so il quoi s'en tenir. J'ai toujours soupçonné que Mi FerrMd ne se presssf pàâ de Feipédièr, pàreé ^elie ne lui plaisait pas. Cièt botiifiincf a fait asëéfs connaître s^ penehans^ et se&opiMoii^ pour qtre je^ ne le ealotnlfiiè pas ei!i péilsant qu'il voulait onè guerre civile, et là proclamation tratlait pafâ à ce but. Au reste j'(ii fait ixtië fauté éii arrêtant les jôurnau3t, leur \etmté lî'aUrait fâfit aucun mal. La prociattiatiôn d'âillenrâ était à(B<chée sur tous les murs, et là lisait qtii Vôiilait. Quoi que je soid sobre d'àneddôtes, je Ae veux pas cependant en omettre une qui peint ad-^ mirabtèrïvefit les houlAieis qui , à cette époque ^
avaieiit une si £iiriêste influence sur léà àfi&Lires. Cette proclamation av^îtéfté nédigée|iar Le çhaiy»> ^îer d'Ambray. Mais l'ordpe de soii in^rtion 49fî$ le Moniieur n^àynit pas éÉé délfHrné. Le néh dacteur de ce journal alla trouver, vers dix heures du soir^M. deVitroUes, secrétaii*e du conseil, pour lui demander l'ordre. Celui-ci Tenvoya chez le chancelier. Cet homme sonne long -temps sans qu'on lui ouvre ; à la fin le suisse de la porte lui dit à travers sa petite fenêtre , qu'on n'entre plus chez son maître et qu'il dort, et puis se retire. M. M... désolé de ne pouvoir plus obtenir audience même du portier, fait un vacarme si long et si bruyant , en s'annonçant de la part du roi , qu'il fallut enfin le laisser entrer et monter. Ce fut encore une autre cérémonie avant de pénétrer chez son excellence, le valet-de-chambre à réveiller, à faire habiller, et puis le maître enfin à tirer des bras du sommeil. Voilà M... devant le chef de la justice, il lui demande l'ordre pour l'insertion dans le Moniteur.-^Oh ! dit-il , la proclamation ! laconnaissez-vous?— Et sans attendre de réponse , monseigneur la prend sous son chevet, et se met à la lire lentement, compiaisàmment, et avec des pauses et des inflexions de voix qui démontraient toute sa tendresse pour
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ce chef-d'œuyre.^VoUà , dit*il, un des morceaux que j'ai le moins travaillés, et^foseledire, un de ceux qui fera le plus de sensation. Oui , vous pouvez imprimer ; — * et il se renfonça dans son lit.