‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 19 sur 47 · O MÉMOIRES ET SOUVENIRS · texte numérisé non relu

O MÉMOIRES ET SOUVENIRS

je le saluai pour me retirer. <t Comment? me dit-il étonné^ mais en souriant; est-ce que l'on me quitte ainsi f» — Je ne laurais pas Êiit un an auparavant, mais j'avais perdu l'ancienne allure, et je sentais que je ne pouvais plus la reprendre. Dans une de ces conversations , qui avait pour sujet l'esprit de liberté, qui s'exprimait partout avec une si grande énergie , il me dit avec le ton d'une question : -^ Tout cela durera deux ou trois ans ? — Que votre majesté n'en croie rien , lui dîs-je. Tout cela durera toujours. ^ Il ne fut pas long4»nps à s'en convaincre lui-même, et l'aveu lui en échappa plus d'une fois. Mais je ne doute pas que, s'il eut vaincu l'ennemi et recon* quis la paix , sa puissance courait de grands dangers dans les troubles intérieurs. Et les alliés ont fait preuve de peu de lumières en ne le laissant pas tranquille. Je ne sais pas quelles concessions il aurait faites , mais je sais bien toutes celles que la nation lui aurait demandées; et je doute qu'il ne se fut pas dégoûté de régner, quand il n'aurait plus été qu'un roi constitutionnel, à la manière des patriotes. Il se soumettait cependant admirablement bien à Isa position, eu apparence du moins: à aucime époque de 'sa vie je ne lui vis un calme plus imperturbable; pos

ÏJIJ COMTE LA.VALLETTE, i 7 1

tin mot d'aigreur avec qui que ce soit, point d'impatience, écoutant tout, discutant avec cette rare sagacité et cette élévation de raison qui étaient si remarquables en lui ; avouant ses fautes avec une ingénuité touchante , ou discutant sa position avec une pénétration que ses ennemis mêmes n'avaient pas.

L'enthousiasme de la nation se refroidit promptement. On a beaucoup dit que ce refroidissement venait de ses actes additionnels. Sans doute cette mesure y est entrée pour beaucoup; mai^ il faut en donner un autre motif : c'est que c'était moins l'empereur que l'on voulait que les Bourbons, dont on ne voulait plus. Li^expulsion dé ceui-ci avait satisfait la nation, et en accueillant l'empereur avec tant de chaleur, les Français, suivant leur usage, ne pensaient pas au lendemain. La nation , satisfaite devoir humilier et contenir les royalistes, qui s'étaient fait des ennemis de tout le monde, ise trouva confuse de voir que cette victoire allait lui coûter la paix ; lès avants^es du commerce et tous les sacrifices iqu'une guerre acharnée entraîne à sa suite : et cependant une telle révolution ne pouvait pas se faire sans des chances périlleuses , puisque les souverains étrangers avaient placé leur point

1 7 a HiMOIRES ET SOUVEiaRS

d'honneur à maintenir la maison de Bourbon sur le trône. Cependant, tous ceux qui avaient fait la guerre répondirent noblement à Fappel de l'honneur et de la nécessité; mais comme on ne pouvait plus revenir à la conscription , au lieu de quatre cent mille hommes, que le gou* vernement déclarait avoir sous les armes, il ne s'en trouva pas deux cent cinquante mille ; et il fallait commencer la guerre. Les Bourbons avaient été violemment ébranlés dans l'opinion , l'empereur le fut davantage encore. Les royalistes , qui ne s'étaient pas montrés parce qu'ils avaient été pris au dépourvu , se rassurérent à l'àbri de la liberté, qu'ils devaient bientôt écraser; et tous les patriotes, qu'il faut bien distinguer des amis de la patrie , se trouvèrent en présence , couverts des couleurs sous lesquels ils avaient combattu ; les vieux ressentimens se réveillèrent, et le nouveau camp présenta bientôt l'image de l'anarchie. Les choix des électeurs s'en ressentirent, et bientôt même la chambre des i'eprésentans. L'empereur avait imaginé le Champde-Mai pour émouvoir toutes les imaginations; mais les électeurs qui y avaient été envoyés furent blessés et du trône , et de la splendeur de sa cour, et même de la messe : car Fimaginatioi;!

prévenue ne vit que Tempéreur et l'arbitraire , et ne pensa plus aux ennemis qui se rassemblaient. Beaucoup d'entre eux pensaient aux miracles de 92, sans réfléchir à la différence des époques. £n g^ la France avait un immense trésor dans le papier monnaie. Elle n'était pas embarrassée par un gouvernement, elle venait de le détruire : ni par ses ennemis intérieurs, le peuple les avait massacrés et forcés à fuir : ni par des prétentions , tout le monde était au même niveau, et l'ignorance de la guerre paraissait complète. Mais l'enthousiasme était au comble, on voulait l'indépendance à tout prix. Le peuple était furieux , barbare , mais non corrompu ; l'armée était courageuse, ambitieuse de gloire, mais indifférente pour les richesses et les faveurs. Maintenant tout était changé. Les hommes qui avaient des emplois voulaient les conserver, et par conséquent étaient indécis et sans résolution; l'armée avait ses maréchaux honteux du misérable rôle qu'ils avaient joué à la restauration , en mépris dans l'armée ; enfin, devant leur ancien maître, détestant les Bourbons, et craignant leur retour, mais redoutant par dessus tout de recommencer la guerre, qu'ils sentaient bien ne pouvoir plus faire avec les anciens avantages qui

î 74 MfiMOIRJSS ST SOUVENUS

leur ayàient procuré tant de gloire et de£c>rtuiie.

L'empereur avait repris tous ses titres et jus-* qu'aux formules blessautes de Napoléon par la gt&ce de ZNeu et des constitutions de l'empire; le conseil d'état imagina de proclamer 1^ souveraineté du peuple. Cette déclaration lui fut peu agréable y mais il laissa faire; il ne pouvait plus dicter la loi. Je me rappelle que , le jour où elle fut signée par le conseil y je n'étais pas à la séance. En traversant la section de l'intérieur^ le secrétaire me proposa de la signer; je le fis sans en prendre lecture^ et rencontrant Regnaûd de Saint-Jean -d'Angely, je lui demandai ce que c'était : — C'est, me répondit-il en riant, ufi acte qui te compromet gravement. -— Je ne m'en inquié* tai guère. Mais M. *^*^ à qui j'en parlai le lende-main, me dit qu'il avait cru devoir donner sa si-^ gnalure ; et commeje m'en étonnais, il me dit en confidence : — Mais l'empereur ne l'a past trouvé mauvais.^Je lus alors cette pièce avec attention , et je vis qu'effectivement elle n'a vait pas dû plaire au souverain ^ et que M. ^^% au lieu d'un acte de coui'age ^ n'avait fait qu'un calcul de courtisan»

Cette fatale division d'opinions, qui arrêta en partie l'élaii national , étendit son influence sur tous les détails de l'adminislratioa. On changea

J>U COMTE ULVALLETTB. 1^5

beaucoup de préfets^ cela était indispensable; mais la faveur méia beaucoup de mauvais choix à quelques-uns d'exceUens. On nomma beaucoup de jeimes gens pleins d*ardeur , mais qui né pou*ivaient inspirer beaucoup de confiance. Partout on prêchait le règne des loôs: et la plupart des ^commissaires extraordinaires de Tempereur^ envoyés dans les départeroens , destituaient les empl(»yés partout,, pour y placer ou les anciens titulaires ou des hommes qui avaient ancienne* ment donné des preuves de patriotisme. Outre que cette mesure entravait la marche des affaires , qui avaient un si grand besoin d'une exécution rapide 9 elle ajoutait encore au nombre des mé«contens. Ces changemens étaient nécessaires sans doute pour les chefs supérieurs, qui icorres* pondent directement avec les ministres; mais il étaitJacile de surveiller les subalternes,^ et leurs trahisons ne pouvaient être bien datigereuses dan s les premiers temps. Je luttai tant que je pirs contre ce système funeste , mais sans succès. On m'opposait sans cesse la situation des affaires, et les anciens succès obtenus , parce qu'on avait suctoutécarté des placef lés amis des Bourbons; mais on ne faisait pas assez d'attention que la pt«^ part des employés du gouvernement n'étaient

1^6 MIÊMOIBES ET SOUVENIRS

pas des traîtres, mais des gens faibles qui voulaient conserver leurs places, qui £sdsaient en partie des vœux pour l'empereur, qui souhaitaient le succès , mais qui craignaient une défaite. Je parlai à l'em pereur dumal que faisaient ses émissaires. Il me répondit : « Il faut une «victoire, je ne puis rien faire avant; je suis » peut-être le seul homme dans cet empire qui » conserve dn sang-froid, et cependant je ne » peux ni imprimer ni diriger tous les mouve- » mens.. » Il ne pouvait pas même repousser ses ennemifi, tant sa position était changée. Quelques jours après son arrivée, le général Bourmont se présenta à son lever ; il était en grand uniforme, et quoiqu'il se fut placé en première ligne, l'empereur passa devant lui sans s'arrêter, ni le regarder. Il ne se rebuta pas, il y revint trois jours de suite. J'appris cependant qu'il venait de recevoir une division dans la grande armée ; j'en montrai toute ma surprise , et demandai avec indignation qui pouvait avoir fait ce chef-d'œuvre . — <r C'est moi , me dit Labédoy èr e en se retournant; j'ai répondu de lui. C'est un bon officier qui ne connaît que la France, et qui se battra bien et servira loyalement. — Je le souhaite,» fut toute ma réponse. Et quand je revis La-

béioyère 4^ rçtoQrdelacampftgiie, je lui parlai de $9P pmtégé, ^Qm voulf z»vous ? > me dit-il, «on avai( arrêté 3pD père dans la Vendée. » La belle eiLçpsa ! N^ pouvait-il pas demander sa liberté à l'empereur I qui ne la lui aurait pas refusée? Et (^'^pijleurs était«K^ un motif pour trahir sa patrie çt Iq souvçrgip qu'il avait reoooiiu?

Il avai^ ^u$ fAPUte espéré que Timpératmee et

spin $ls lui «çrpiient rendus ; du puoins il awûl

pi^blié ^es vçm^ pour ime certitude , etc^est ce

q^e Teitnp^F^pr d'Autriche aurait pu faire de

Ufieux* Cett^ espérance fut promptement dé«»

Imite. 13 u inoi^ ^pviron %près son arf^Tée^ le

duc de YiçiçppQ vint me trouver et ^e présenfji

une leMr^ s^ns ^dre^se^ qu'un courrier arri^an^

dç Yieniii^ v^unit de lui repiettre àiwc plusieurs

^M)tre$, «Cette leitire, disait le courrier, lui avait

é^ envoyé? par M. d^ ***, qui n'avait pas osé

y mi^ttre Yf^^fesBid^ p J'ét9ts trop peu lié ^aveq

BI, de *^j pour suppoter qfê^il m'eût écrit , et je

rf fusai Ifi lettret^uUnpourt médit : «Cependant,

)» peqsei^v b^u i j'e^ la /po^viotloo x|u'jelk est pçur

9 vous* jPiÇiut^tri^ for^rieoue bien de l'ouvrir : c^ir,

y en Ç9S 4^ v^fusi je la rf mettrai à l'empereur.

» -r^ ]Pm%^9 M ài^l^i je n'ai aocmi éntéràt à

» Yififkn^9 4^t jf)4ésipe qu^ l^mippiviir la Mse. » Ler

Page 1