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députés; on les lui avait données sans doute avec ménagement, car il ne me paraissait pas convaincu que la résolution de prononcer son abdication fut décidée : mais on ne m'avait pas ménagé les paroles y et j'arrivai près de lui , bien convaincu qu'il n'avait d'autre parti à prendre que de descendre encore une fois du trône. Je lui donnai tous les détails que je venais de recevoir, et je ne balançai pas à lui conseiller de prendre le seul parti qui fût digne de lui. Il m'écoutai t d'un air sombre, et quoiqu'il fijt jusqu'à un certain point maître de lui, l'agitation de son âme et toute l'horreur de sa position éclataient sur son visage et dans ses mouvemens. — «Je sais, » lui dis-je, que votre majesté peut encore tirer » l'éipée ; mais avec qui et contre qui ? L'abatte- » ment a écrasé tous les courages, l'armée est enï* core dans le plus grand désordre ; il n'y a rien à » attendre de Paris, et le coup d'état du 18 bruy> maire ne peut plus se renouveler.^ Cette pensée »est loin de mon âme, me dit-il en s'arrétant; » je ne veux plus qu'on me parle de moi. Mais » la pauvre France ! » — Dans ce moment S*** et C^^* entrèrent, et, lui faisant un tableau fidèle de l'irritation des députés , l'engagèrent à envoyer son abdication. La mort lui paraissait préférable
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( quelques mots proférés nous l'annoncèrent) ; cependant il se décida.
Ce grand acte consommé , il resta calme pen*> dant toute la journée , donna des conseils sur la position que pouvait prendre l'armée , sur la marche à suivre, dans les négociations avec l'ennemi, et il insista surtout sur la nécessité de proclamer son fils empereur , moins dans l'intérêt de cet enfant^ que par la nécessité de rallier Ténergie des sentimens et des affections, sur une seule tête. Malheureusement personne ne voulut l'entendre. Des hommes de sens et de courage se rallièrent à cet avenir dans les deux chambres; mais la peur dominait la majorité , et parmi ceux qu'elle n'avait pas atteints , plusieurs pensaient que l'éclatante manifestation de la liberté^ et la résolution de la défendre à tout prix, feraient reculer et l'ennemi et les Bourbons. Etrange illusion de la faiblesse et de l'inexpérience ! Il faut cependant la respecter , car elle avait sa source dans l'amour de. la patrie; mais tout en l'excusant, pouvait-on la justifier ? La population de la capitale avait repris son attitude habituelle : l'inertie la plus complète , avec la résolution de crier vive le roi , s'il arrivait bien escorté ; car on ne peut tenir compte de la trentième partie des
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babitans qui demandait des armes j on qui de prononçait avec ardeur, contre \e retour de )ar famille abandonnée.
Le a3 y je retournai à ITÉlysée; Femperenr était dans son bain depuis deux heures : il dirigea Inîmême l'entretien 9ir Tasile qu'il devait choisir, et il me parla des États-Unis. Je repoussai cette pensée par un mouvement sans réflexion, et avec une vivacité qui te surprit — « Et pourquoi pas rAraériqoe ? me dit-iL— Parce que Moreaii s'jT est retiré^» lui dis-je. Ce mot était dur /et je ne me consolerais jamais de l'avoir prononcé , si, quelques foûrs après, je i/avais pas changé d'avis. Il le reçut sans humeur apparente, mais» je ne doute pas qu'il n'ait fait stn* lui tuSke im-pression fâcheuse*. J'insistai pour le choix de l'Angleterre y et les raisons qne je lui en donnai me paraissaient p^aœibles ; mais ^ en le quitf am , je rencontrai le général P*** dans; le salon, à qui je fis part de rentreticm. '— « Vous vous êtes trompé, » medit-il, sur le gouverneioent anglais, toutes les i> institutionssont excellentes poor k nation, mais yy\es étrangers ne sont point admis à jouir de » leurs bieEifaits^ L'empereur tse trouvera dans »ee pays qu'oppression et injustice. La nationiite » sera point consultée sur le* traitement qu'on lui
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lofera wbir^ et ja vous prédis que 9 k)ia d'y trqur » ver protection, il n'y aura pas d'outrage qu'on » n invente pour se vejDger. •» -«Ces réflexions me frappèrent , et je priai F^^* de les lui oommuniquer.U m'étaitoependant difficile de les admettre aan^ restriction :}e concevais bien que legouver^tiament anglais crut devoir à la sûreté de l'Europe d'éloigner l'empereur de toutes les coimuimîc»tions avec ses nombreux partisans; mais le con- <lainner au plus lent et au plus affreux dessupplices, lépuiser sursa personne tous les genres de barbarie^ en inventer d'inconnues aux plus affreux tyrans! car comment donner un autre nom à cette privation insupportable de toute relation avec la civilisation et l'espèce humaine , le séparer de sa femme , de son enfant y et le priver même de la consolation d'eu avoir des nouvelles! Voilà ce que tout homme d'honneur n'aurait jamais pu penser. Après une telle conduite, il est permis de supposer qu'il y a dans cette nation, si esti*mabiiB d'ailleurs ^ une sécheresse de cœur, et une absence totale d'humanité et d'élévation, quand son orgueil est blessé.
L'en^ereuralia se fixer à la Malmaison; il y fiit accompag^ par madame la duchesse de Saint- Leu , par Bertrand et sa famille , et par le duc
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de Bassano. J'y faisais plusieurs voyages par jour, car je ne pouvais m'éloigner de madame de Saint* Leuy dont la santé était fort altérée par tous ces événemens. Le jour de son arrivée dans cette retraite, il me proposa de l'accompagner. •— c Drouot f me dit-il , reste en France ; je vois que » le ministre de la guerre veut le conserver à son » pays. Je ne peux pas m'en plaindre , mais c'est B une grande perte pour moi; c'est la tête la plus » forte et le cœur le plus droit que j'aie rencon- » très : cet homme est fait pour être premier mi- » nistre partout.» -. Je refusai de l'accompagner. — « J'ai une fille de treize ans , ma femme est » enceinte de quatre mois, je ne peux me décider » à me séparer d'elle; donnez-moi quelque temps, » et j'irai vous joindre partout où vous serez. Je
> suis resté fidèle à votre majesté dans un meil-
> leur temps, elle peut donc compter sur moi... » Au reste, si ma femme ne réclamait pas tous
> mes soins, je ferais mieux de partir, car j'ai » de tristes pressentimens de ma destinée. > L'empereur se tut, et j'ai démêlé dans l'es* pression de son visage qu'il n'en n'avait pas meilleure opinion que moi. L'ennemi s'approchait cependant, et depuis trois jours il avait demandé que le gouvernement provisoire mit
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une frégate à sa disposition , pour se rendre en Afnérique. Elle lui avait été promise, on rengageait Tnéme à partir; mais il voulait être porteur de Tordre donné au capitaine de le conduire aux États-Unis y et cet ordre n'arrivait pas. Nous sentions tous qu'une heure de retard compromettait sa liberté. Après en avoir causé entre nous, j'allai le trouver, je lui réprésentai vivement tous les dangers de son séjour prolongé; et sur l'observation qu'il me fit de ne pouvoir pas s'éloigner sans cet ordre: — « Partez toujours, » lui dis-je; votre présence sur le bâtiment pro- » duira un grand effet encore sur des Français ; » coupez le câble , promettez de l'argent à l'équi* i> page; et si le capitaine résiste, faites-le mettre » à terre, et partez. Je ne doute pas que Fouché ne » vous ait vendu aux alliés. — Je le crois comme fi vous, me dit-il, mais allez faire un dernier effort » sur le ministre de la marine. » Je montai en voiture à l'instant; je me fis introduire chez Decrès : il était couché: il m'écouta avec un sang-froid qui me fit bouillir le sang, et me dit: — «Je ne suis que » ministre. Allez trouver Fouché, parlez au gousi vernement : quant à moi, je ne puis rien. Bon- » soir. » — Et il se renfonça dans ses couvertures. Je sortis furieux, et je ne pus voir ni Fouché
aOO MiM01R£SI^T80nTEir|R3i>lI Cf LAYALLrrTE.
ni les autre^. Je r^vips à la Maknabon à deux heures du m^tm; Tjsnipereur était couché : il me^fit fsntri^r I je lui rendis compta d^ ma mission , et je renouvelai mes^ in$taaq«i$. Il m'éfioutait , mais je ^'eus p^s d§ répopse; il se leva cependant , et p^t^ upç partie de la nuit à m promener. Le Iwdemain fiit le dernier jqw de ce triste drame. L'epipi^reur s'était reçotiebé, et avait dormi quelques l^eures. J^eptrai dans son cabinet vers midi. ^ c Si j'avais su que vous étiez ici , je vous aurais vi^it appeler^ 9 me dit-il.— Et alors il medonna^ wr UP pbjet qui l'intéressait personnellement ^ des instruotiond qu'il est inutile de rappeler ici. Bientôt après y je le quittai plein d'inquiétude sur apn sort , l'âme navrée de douleur, mais sans prévoir pourtant jusqu'où devaient aller les rigueurs de la fortune et la cruauté de ses ennemis.