MÉMOIfiES ET SOUVfilfllIS
xnenade;Je la lui cédai de grand cœur ,v et cet arrangement dura. jusqu'àFépoque où le secret auquel il était soumis fut enfin levé. Alors, tous les jours y la maréchale et ;ses enfans venaient dîner avec lui. Elle l'accompagnait tou* jours dans ses promenades. Un jour elle s'ap* procha de ma fenêtre , et me dit : « La sentinelle »qui nous garde est un vieux soldat qui a servi ».sous le maréchal; il désire beaucoup causer »avec vous. » EfSectivement, le maréchal s'approcha : l'entretien ne pouvait être long. « Je suis » tranquille sur ma position , me dit*il; des amis » nombreux veillent sur moi; le gouvernement ». marche encore vers sa ruine. Déjà les étrangers » prennent parti pour nous; l'indignation pu- » blique s'étend jusqu'à eux,» et, si vousen vou- » lez la preuve, lisez ces papiers et brûlez4es » ensuite, d II me glissa à travers les barreaux une liasse de brochures et de feuilles manuscrites. J'y trouvai effectivement des menaces violentes, et jusqu'à . des provocations , qui me parurent fort maladroites; enfin beaucoup de nouvelles absurdes. Suivant elles, les Anglais en étaient aux regrets d'avoir replacé la maison de Bourbon sur le trône ; l'impératrice Marie-Louise protestait dans un long écrit contre la décision
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desscmverains qui l'avaient éloignée de France. Ce que le maréchal m'avait dit de ses amis était plus exact; mais quelque temps après ^ j'appris qu'il avait échoué dans une tentative essayée pour se sauver de la Conciergerie , et que six mille of&ciers à demi-solde avaient été forcés de s'éloigner de la capitale , par ordre du ministre de la guerre. Peu de temps après cet entretien y nous avions encore échangé les heures de nos promenades. C'était alors lui qui descendait le soir dans le Préau , accompagné de sa femme , de son' beau-frère , et de sa belle-sœur madame Gamot. Les prisonniers étaient alors retirés dans leurs dortoirs; parmi eux se trouvait un militaire nommé Dieu y et dont la jolie voix et les chansons plaisantes amusaient le maréchal.
Je désirais vivement le revoir , et un soir je hasardai de demander à monter sur le Préau : le concierge était sorti ; le geôlier m'ouvrit la porte et m'y conduisit. J y trouvai le maréchal Ney et M. Gamot : je me joignis à eux. C'était environ trois mois après notre premier entretien. Toutes ses illusions me parurent alors dissipées. • La- » bédoy ère y a passé , me dit-ii ; puis ce sera vous , » mon cher Lavallette , et moi ensuite. — Peu im- » porte, lui dis- je, qui de vous ou de moi tom-
a 1 8 MiHOlRES liT SOUVSIVIRSPO C. LAVALLETTE.
1 bera le premier ; je vois qu'il n'y a plus de res* 1 source* — Oh ! oh! nous verr^ms : cependant tous
• ces avocats m'ennuient et ne comprennent pas
• ma position} mais je parlerai* »
CHAPÏHIÉ xrtt.
liés pensées el nies oooupfltioti8.-^Cdttr de* flWÉtéftj— Êhflt&bré
de la reine Marie-Antoinette. — Un interrogatoire devant tt. Dupuis , juge suppléant. — Sa généreuse impartialité. — AniiHositÔ deè f ojralistes èdlitrè inëi. -^ Visité et écAitolationft de mes amis ! MM. Alexandre Larooheftmeatth» Vandeul^ Briqueville, Tascher, de Ste-Aose. — Je revois ma fille pour la l^emlii-^ fois.^ 1â, l'i'ipiér.
Lb temps & écoule bien lentement en prison :
Tennui commençait à me gâgnel* ; je me rebutais sans raison contre ma situation ^ et je me tourmea*tais de celle de ma pauY^e ÉHiilie. Chaque j6uraée m'apportait de plus mauvaises nouvelles de sa santé. J'avais obtenu d'elle qu'elle ne vînt pas
me voir avant sou accouchement ; il y avait dè^ quoi la tuer. Mon temps si mal employé à creuser l'avenir , à épuiser toutes les conjectures , à> maudire la nouvelle révolution , me jetait dans un abattement funeste. J^. sentis le besoin de m'en relever par la seule distraction qui me fut permise, par la lecture. Je me fis apporter toute YHistoire {T^ngleterre de Hume. En lisant le récit de toutes les infortunes royales doiit elle est pleine, je trouvai mon malheur supportable, j'y puisai du courage et des consolations. Enfin , en me repliant sur ma propre position , je m'arrêtai à cette pensée, qu'il était impossible quon me condamnât à la peine capitale, et que j'en serais quitte pour quelques années de prison. Cette perspective n'était pas gaie; mais, comme j'avais l'espérance d'être enfermé dans une de celles de Paris ^ je pourrais voir ma famille, la consoler et mettre de l'ordre dans mes affaires. Souvent aussi je pensais à l'échafaud , mais comme une menace vague, et qui ne pouvait se réaliser. J'étais dans le séjour du crime, et je me représentais souvent les terreurs d'un voleur, d'un assassin surtout, éveillé, la nUit, par les cris et le spectacle de sa victime, se débattatit eu vain sous le&mains du bourreau; qu'il devait souffrir ! Mais
DU COMTE XA-VALLETtE. . fiai
^e^pouvais du moins retourner sans remords devant la journée du ao mars; l'indignation du souverain , toutes les colères de ses partisans ne me faisaient pas battre le cœur ; je me sentais fort contre leur vengeance, et je leur échappais en suivant dans une barque solitaire l'empereur sur la route de Sainte-Hélène.
Il me prit aussi l'envie de savoir ce qu'étaient mes nouveaux compatriotes, dans cet étrange pays; car la Conciergerie est comme une région lointaine séparée de toute contrée civilisée, une espèce de colonie du Nouveau-Monde, régie par des lois brutales et despotiques , et dont la po^ pulation n'est composée que de sujets détestables et le rebut de la société , et dont la férocité et la dépravation ont besoin d'être sans cesse surveillées et réprimées. Pour y pénétrer^ les passe^ ports ne s'obtiennent qu'avec peine, et il faut s'y soumettre à d'humiliantes formalités , ne voir ses parens, ses amis, ses conseils, qu'à travers do doubles barreaux qui les tiennent éloignés de plusieurs pieds y entourés de geôliers, espions privilégiés des paroles et jusque des moindres gestes , qui souvent se jouent des sentimens les plus douloureux, en leur imposant un rigoureux silenpe.
3SS Miiitoniss ET somnonu
Il me fui très-difficile d'tibtenir qudques renseigneineBS. Les gésiers ne répondaient pas à mes qse^ÎQDSj mais d'après mes propres observations il me parut qu'il y avait, à l'époque de ma détention, environ cinquante prisonniers. Ils GOttohaiettt dans une vinglmoe de chambres, qui renfermaient cinq à six lits , et qui se payaient dix francs par mois, ce qui «'appelait être à la pistole. Ceux qui n'avaient pas de quoi payer passaient la nuit dans une espèce de hangar sur de la paille rarement renouvelée. La plupart de tons ces malheureux allaient être condamnés «u^ galères, le plus grand nombre pour vols on cnmes de £eiux. Leur insouciance sur leur sort était inconoevid)le.
Je n'avais pas voulu priver ma femme de n|on videt de chambre; j'avais donc accepté, pour mon swvice particulier, un prisonnier condamné , mais qui ne devait subir sa peine que qudques mois plus tard. Employé comptable dans une administration, il avait soustrait des fonds de sa caisse, et il devait passer pour ce fait nx années aux galères. C'était mon espion. Son pa* feliaage mielleux et son ardeur affectée àme servir medonnaient un grand dégoût pour sa personne; mais, soit par compassion pour son sort^ qui
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répotnrantast , soit par la certitude de là voir remplacé fiar un autre plus soélérat qqe lui , je m^étais décidé à le garder, dépendant un tour de perfidie le fit éloigner de ui<». Il couchait, avec six autres prisonniers , dans tinè chambre située dans la partie occidentale du bâtiment. Ces tnai^ heureux se mirent en tête de prendre la fuite, en creusant un nmr de plus de douze pieds d'épaisseor, et de s'écbapper par le quai des ïm^ nettes. Mon honnête serviteur leur procura une énorme barre de fer, que les prisonniers appellent, je croîs, une éhaneelière ^ mais il avait commencé par les trahir, et le concierge les laissa faire pendant long*temps. Pendant la nuit iU retiraient tous les gravats, en remfdis^ient leurs poches ^ et tous les matins les dispersaient adroitement dans la cour. Pour arriver à la muraille extérieure , ils étai^st obligés de déplacer et At replacer, toutes les nuits, une énorme pierre de taille de six pieds de longueur. Ce travail durait depuis plusieurs «ois , et ils n^avaient plus qu'une nuit d'eiforts à employer pour retrouver leur liberté , quand le concierge vint faine sa visite : tout fut aisément découvert. Le traître fut en apparence enveloppé comme les autres dans le châtiment qui leur fut infligé; mais ses compa-
gnons ne prirent pas le change, et le concierge me dit que cet homme courait le risque d^étre assassiné au bagne, qu'il serait difficile même qu'il fît le voyage de la chaîne avec eux/ Les galériens sont impitoyables pour ce genre de trahison; dix années ne suffisent pas pour le faire oublier.
La cour des femmes, comme je l'ai dit, était en face de ma fenêtre grillée , mais séparée par un mur élevé. Ce voisinage était mon supplice. Depuis huit heures du matin jusqu'à sept heures du soir, c'était un débordement de paroles assourdissantes , et de tout ce que la langue a de plus grossier, de plus ignoble et de plus dépravé. Souvent les geôliers étaient obligés d'accourir pour rétablir l'ordre parmi ces harpies. C'est sur cette cour que donnaient les deux fenêtres .de la prison de la reine. Lors de mon séjour, cette pièce, située sur mon passage pour. aller au Préau, servait de parloir aux prisonniers privilégiés qui recevaient des visites du dehors. C'é* tait une grande chambre, divisée par une espèce de pilier, qui formait deux arcades ; le plancher était de briques placées de champ , et qui devait être fort vieux, puisqu'il formait des dessins dont l'usage est perdu depuis long-temps; l'en-
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trée était au fond d'un corridor obscur. La reihe n'avait qu'un mauvais lit, une table et deux cbaiàe^i une large tapiisserie, t(3ndue au tiiilieu dé la chambre, la séparait du gendarme et du geôlier; on les éloignait cependant pendant la nuit. Que de fois je me suis promené dans cette prison quand la tristesse et l'abatteilient s'emparait de moi! J'y retrouvais dès forces^ du courage; je rougissais de me plaindre du sort qui pouvait m être réservé en me représentant l'effroyable destinée d'une reine de France. Je suis certainement le premier qui ait exprimé hautement le vœu qu'on fît une chapelle de ce cachot : peu de temps après ma fuite, l'ordre en a été donné et exécuté.
Le concierge 9 avec se& forihes obséquieuses, commençait à ni'importuner , et ses questions éternelles, et ses longs récits des aventures de prison , me détenaient insupportables; il venait huit ou dix fois par jour, interrompant ainsi mes lectures et mes rêveries. Je fis l'étourderie de parler devant lui des échecs^ et il fallut souffrir tous les soirs, pendant trois heures^ que je fusse battu par lui. Un léger incident heureusenient, m'en délivra : ancien huissier de la cour criminelle , il avait vendu sa charge à Un homme qui ne le II. i5
aa6 MÉMOIRES et souvenirs
payait pas; et, connue i\ avait entendu dire que je connaissais beaucoup M. Pasquier , alors garde-des-sceaux, il me pria d'écrire un mot à madame Lavallette, pour solliciter, en sa faveur, de rentrer dans sa charge. Ma femme > fort défiante 9 se mit dans l'esprit que sous cette réclamation pouvait être caché quelque trame dangereuse contre moi; elle envoya ma lettre au ministre de la police Decazes. Ces sortes de communications avec les prisonniers sont fort défendues; le concierge fut déplacé. Ce fut un grand bonheur, pour nous , à l'époque de mon évasion. Cet homme, né dans les prisons, était plein de finesse , de sagacité et d'une pénétration désespérante. Mon déguisement l'aurait frappé, et j'étais perdu. On mit à sa place un Bordelais, créature de M. Decazes. Celui-ci était d'un caractère assez dur; ses formes étaient sévères et même brutales , et il était surtout d'une opinion très-éxaltée. D'abord, il voulut imiter son prédécesseur dans ses habitudes d'entrer chez moi à toute heure et de provoquer des conversations; mais je le pris avec lui de si haut, que je lui imposai dès le premier jour, et qu'il se le tint pour dit; je ne le vis plus que le matin et le soir pour examiner si tout était en ordre.
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ravais choisi pour me défendre M. Tripier^ que je ne connaissais pas ; il s'était adjoint M* Lacroix -Frainville. Mes amis désiraient fort me faire oublier et m'exprimaient souvent le désir que je tombasse malade. I^e comte Alexandre de Larochefoucault , qui venait assez souvent^ me faisait des reproches continuels sur ma santé et sur ce qu'il appelait ma bonne mine, «t Si vous » étiez souffrant > alité, il faudrait bien reculer »répoque du jugement , le temps calmerait peu » à peu les passions, votre innocence et vos amis » pourraient faire le reste. » J'étais de son avis, mais comment trouver une maladie? je ne pou* vais me décider à me casser bras ou jambe ; n'a pas qui veut une fluxion de poitrine ou une gastro-entérite au dernier degré : je gardai donc ma bonne santé et tous les dangers de ma posi** tion. Enfin, il fut décidé qu'on commencerait un interrogatoire devant un conseiller de la cour, et ce fut M. Dupuis qu'on me donna pour rapporteur. J'avais souvent dîné avec lui ^ plusieurs années avant , chez des amis communs.
Quand j'arrivai devant lui , nous nous reconnu* mes. La présence du greffier me contint Ce magistrat me parut ému d'une généreuse compassion, maisJa marche de l'interrogatoire lui fit
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bientôt connaître qu'il n'avait pas besoin de mé-nagemens avec moi. Tallais au devant des explications, je les provoquais de toute manière, et le premier interrogatoire dura cinq heures, mais bien malgré lui, car il me supposait Êitigué et voulait s'arrêter; mais je me sentais si complètement innocent, je trouvais si important de détruire les préventions et tout cet échafaudage d'imputations mensongères , dont l'acte d'accusation était chargé, que j'aurais continué dix heures encore s'il l'eût voulu. Le lendemain , nouvelle séance; elle dura encore quatre heiK res. Tai su par mes amis que M. Dupuis n'avait pas caché son étonnement sur l'importance qu'on donnait à cette cause, et qu'à la nouvelle de ma condamnation, il eKprima son indignation avec une généreuse franchise. Deux mois, je crois, s'écoulèrent entre cet interrogatoire et mon jugement, mais le temps ne calmait pas la haine. Mes amis étaient effrayés de la violence des salons contre moi. Les royalistes devenaient furieux au souvenir de leur indigne conduite au mois de mars, et cherchaient à la couvrir de ce prétendu complot qui avait ramené l'empereur; ils s'obstinaient à ne pas douter que je n'eusse été le chef de l'onireprise. A les entendre, une
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<x>rre$poiidaDce airec l'ile d'Elbe ayait été tris*» active pendant lés ouze mois du premier règne; selon eux, tous les andens employés de la poste y avaient partidpé j les malles du Midi n'étaient remplies que de mes lettres. Chefs, commis ^ courriers, directeurs dans les départemens, tous avaient été da^is le secret et eoncburaient à mes desseins. Certes , si j'avais été Ip chef et l'organisateur d'un tel complot, je pourrais m'en vanter maintenant. La conception et l'exécution pourraient me donner une réputation magnifia que; je serais le plus profond des conspirateurs, et je pourrais prétendre à une grande partie de celte gloire que les peuples accordent trop souvent aux hommes qui se sont illustrés par de vastes entreprises, même quand elles ont un but contraire à la morale et à l'humanité; niais la vérité avant tout.
En i8 r4, j'avais. écarté de moi avec soin tous lés employés de l'administi^tion des postes. An désir ardent de revoir l'empereur, ne s'était mêlé aucune pensée d ambition. L'enthousiasme de k France popr sa personne, la conviction, que je partageais avec elle, que seul il pouvait la gouverner , et l'affermir au premier rang des nations du globe, l'espérance qua tous' ces
93o MEMOIRES ET SOUVEIÏISS
bienfaits se joindrait encore celui de ini rendre toute&'ses libertés; enfin le sentiment profond de ma reconnaissance 9 ce sont là les seuls moteurs de ina conduite. Mille autres à ma place en auraient fait autant. Des millions d'autres ont été mus par le même mouvement. Dans la route /à son arrivée, les peuples se sont pressés à sa rencontre : ce qu'il y avait de plus grand dans le pays 9 s'est précipité pour le servir , et. ceux que les Bourbons avaient écartés, et ceux qu'ils avaient gardés. Une bataille perdue a décidé de toutes nos destinées ; mais si la victoire nous fût restée fidèle , l'empire rétabli sur ses véritables bases , eut repoussé pour long-temps et peut-être pour toujours la Êimille des Bourbons , et la liberté aurait sans doute fini par trouver sa place à côté de la gloire et de la paix.
Je craignais beaucoup que pendant Tépoque de mon séjour en prison il n'y eût quelque exécution ; le cachot des condamnés était situé à côté du mien , au fond de la cour où je faisais mes promenades habituelles. Deux accusés de pseurtre furent jugés, mais acquittés; lun était un jeune honune qui sortait des gardes-du-corps^ Il avait assassiné sa maîtresse de sang-froid, après avoir passé la nuit avec elle. Les détails
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étaient odieux. Après lui avoir tiré un coup de pistolet à bout pourtant, il s'en était tiré un second; mais sa blessure était légère; il fut acquitté , et on le ramena dans le vestibule qui touchait à mon cachot, en attendant les forma-, lités d'usage pour lui rendre la liberté. Je ne connaissais pas encore le jugement j lorsque des cris et des sanglots se firent entendre ; je le crus condamné, et j'avoue que toute ma fermeté était fortement ébranlée. Deux heures après seulement, j'appris que sa joie lui avait donné une violente attaque de ner&. Heureusement que la crainte de coucher en prison lui fit trouver assez de forces pour s'éloigner.
L'autre personne était une femme accusée d'avoir poussé sa sœur infirme dans la Seine, où elle s'était noyée^ Cette malheureuse édifiait jusqu'au geôlier, par sa bonne conduite. Aussi fallut -il employer la rigueur pour que ses odieuses compagnes ne poussassent pas envers elle l'insulte jusqu'à l'outrage. Le jour du jugement, elle s'était parée avec beaucoup de soin. Au retour du tribunal , elle se trouva mal , mais sa joie était décente , et en quittant la prison , elle voulut laisser à ses méchantes compagnes des témoignages de son bon cœur, et, comme
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l'argent qu'elle possédait étsàt peu oonsklé-r rable,elleine fit demapfler une modique somme i]p dix francs pour augmenter son cadeau ^ ea pr^nt Dieu pour moi de trouver des jurés aussi jq^te^ que l'avaient été les »eus.
Après la l?yée du secnet , qnelqpes amis vinve^t q^e visiter. Je dois mettre au premier rang )e comt^ Alexandm de Laroebefoucault, dont la cpn^tante amitié n'a cessé d'adoucir mes peines et qui m'en a donné une preuve touchante en acceptant les fonctions d^ subrogé -ti^teur de ma femme pendant sa longue maladie ; M. de YandeuiU actuelleipent membre de la chambre des députés^. Comme il devait partir pour la cam* pagpe et y rester tout l'automne , il me mit , un jour, deux cents louis d'or dans la main, en me priant de les conserver, c Vos relations avec votre n famille peuvent être diffîctlçs, me dît-H, ^ar-- » gent ne peuf jamais nuire ; il vaut mieux que » vous en ayez maintenant en votre possession )>que d'être çbligéçl'en demander. » Eâéctive* ment, ces deux cents louis me furent d'une grande utilité pour gagner la Bavière deux mois
* On doit se rappeler que ces Mémoires, conimencés dans l'e^til, ont été terminés à Paris. On voit même que M. LayaHette écrivait eetle partie après lea élections de 1837.
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après. Sa mère a été un àngjEs ^f^ bon^^ pour ma femme. C'est elle qui lui a porté les priemièfesi consolations daos^sa prisoq. Le cplopf 1 ^rjq^ç;« ville, encore souffrant de deui^ bl^s^ureç qu'i| avait reçues à l'affaire de Yersaill^, quittait sop lit cuvent pour venir caus^ avec mqi des heures entières. Je doi^ aussi beaucoup de reconnaissance à MM. Franck O'gaerty et de Fidières, pour les marques d'attacl^ement qu'i\^. m'ont prodiguées. Mais le p}us as^içlu de tou^. était un de nos parens, Tascher (Iç Sainte*&^s^$, aide-de*camp du prince Eugène. Cet expellent jeune homme, attaqué d'un a.^thme qui ne lui permettait pas de se coucher depuis ^qn ^nfancq, et dont les accès le mettaient deuxfoîs, pAroiQ^^L au bord de la tombe , venait passer 4€t$ jpurfîé?^ entières près de moi. Le cbanine de s» çç^yerr aation et la douce gaieté de son caractère ii^e faisaient oublier mon cachot et l'avei^Fw l\ s'ob-^ stinatt fi soutenir que je serais condamné an bannissement, e\ il me pressait de t'accoYnpagne^ à la Martinique, on il était né. Il me peignait aye^, l'enthousiasme d'un colon son beaid^ çj^m^p ses ombrages , la variété des plfiisira , k^ mopura originales des habitans et les soins q^f^ we prodiguerait une iamille nombreuse 4Qi>t il fiait
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adoré. Il me chantait les chansons des nègres , parlait le gentil jargon des négresses , et se plaisait à me préparer ainsi une'existence encore aimable avec ma femme et son enfant dans le Nouveau-Monde.
Je n'avais pas vu ma fille depuis mon emprisonnement, dans la crainte d'ajouter la consternation à sa tristesse, à la vue des horreurs de la prison. Cependant sa mère me l'envoya pour recevoir ma bénédiction, la veille de sa première communion. Ma correspondance journalière avec ma famille suffisait à ma tendresse. Je croyais pouvoir régler la chaleur de inon affection pour elle ; mais en voyant mon unique en- &nt paré de toutes les grâces de la jeunesse, tombant dans mes bras baigné de larmes, et bientôt à mes pieds dans un évanouissement profond, tous les tonrraens, toutes les angoisses de la tendresse paternelle me déchirèrent le cœur. Je sentis, pour la première fois, toute la profondeur de mon infortune. Je ne pus contenir ma douleur ; des larmes silencieuses se mêlèrent à ses sanglots , et en lui posant mes mains sur sa tète , il me fut impossible de prononcer un mot.
Cette scène me fit réfléchir sur ma situation , je commençai à la voir sous son véritable aspect;
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et mes avocats , dans leurs conférences, déchirèrent une partie du voile qui m'avait jusque là couvert les yeux.
Le premier, M. Tripier, était un homme d'un esprit froid , juste et logique. Le meilleur moyen de se préparer à me défendre fut de m'attaquer sur tous les points. Qu'avais-je à faire à l'hôtel des postes? Pourquoi venir si matin? Pourquoi ce courrier envoyé à Fontainebleau? Pourquoi donner des ordres dans la journée? Pourquoi ce bulletin qui court la France entière, par les courriers de malle? Enfin, pourquoi arrêter les journaux, et surtout le Moniteur , qui contenait la proclamation du roi ? Enfin , c'était à n'en pas finir. Mes réponses lui paraissaient ingénues et satisfaisantes; mais elles n'effaçaient pas mes torts. Il fut bientôt convaincu que j'avais cédé à un mouvement irréfléchi. Cela ne suffisait pas pour m'absoudre; et jusqu'à la veille du jugement, son opinion était que je serais condamné à cinq années d'emprisonnement pour m'étre emparé du pouvoir.