‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 25 sur 47 · II. i · texte numérisé non relu

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sur leur visage, et le silence profond qui régnait dans la salle , m'inspiraient une tranquillité qui saugmentait à chaque minute. Les premiers noms qui sortirent de l'urne , je les repoussai , parce qu'ils l'avaient été par mon bienveillant huissier; mais le treizième, M. Héron de Ville-fosse , je l'acceptai. On en disait du bien dans les renseignemens de mes amis. C'était un ingénieur des mines, constamment employé par l'empereur dans les mines du Hartz en Hanovre. On m'assurait qu'il était homme de science et d'esprit; enfin il avait été maître des requêtes au conseil* d'état, de mon temps. Je m'applaudis donc de l'avoir pour président du jury. A son nom succéda celui de M. Jurien , conseiller-d'état actuel, et ancien émigré , je crois. Je l'acceptai avec une répugnance secrète et une sorte de pressentiment qu'il me serait contraire. La suite prouvera si je m'étais trompé.

Mon intention n'est pas de retracer ici tous les détails du jugement. Cependant je ne dois pas passer sous siletnce quelques particularités que la lecture des débats qu'on a publiés n'explique pas. Le ao mars, les deux neveux de M. Ferrand se trouvaient à l'hôtel des postes. L'un des deux accompagna madame Férrand , quand elle vint

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me demander un permis de poste : c'était la première fois de ma vie que je le Toyais , et ce n'est pas lui; qui se présenta comme témoin à charge; .Ce n'était ni sa taille, ni son visage, ni le même ,âge, ni le même son de voix. J'ignorais qu'ils lussent deux frères, et dans mon prunier étonliement de me trouver en présenced'un inconnu", j'en fis la réflexion tout haut: Le témoin affirma cependant que c'était bien lui qui s'était présenté avec sa tante. Le préaident me demanda ce que je voulais faire d'une imputatdon si grave ; en ^fet elle , n'allait à^ rien moins qu'à l'attaquer comice faux témoin. Mon avocat , que je consultai , ne sut que répondre ; et probablement que je ne serais pas parvequ à prouver la vérité: Mais je re;site convaincu que j'avais raison. Quel ^otif a pu décider cette substitution • de per^ sonne? je l'ignore. L'ainé, celui qui a accompagné sa tante, était maître des requêtes; a-t-il ^u de* la répugnance à se présenter comme té*moin à charge? Je n'ai pas revu ce& deux ntes-^ rieurs depuis, cette époque^ Et à mon retour éii France, après cinq axj^ d'exil, il n'était plus temps et il aurait été impossible de porter ta lun^ière. sur un.fait. aussi) étrange. ^ i ' / . v L'avocjat général Hua était un homme qtii

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avait Tcftprit fort exafté^ et je ne suis pas la setilé victime de son injuste sévérité, qcie partageaient à cette époque pluneurs autres officiers du par^ qnétk II s'était bit mcm ennemi particulier. La violence de seft attaques f f achariaetnent de sa baine lui fit repouaser avec brutalité tout ee qtti pouvait se pinéseater en ma faveun LHââllè du procès fut au resté utile A sa fortune : il est maiflleiiant conseiller à la eo«r de casMiiùn.

Le preiaMer jour se passa en inleprogttioirés; lé deuxième fut oo&àacré aux plaidoiries de mon avocat et de la partie publique. J^ais en feee

dlun audîtoice très^nombrecnt et qui n'était pa^ composé de mes amiSi Cependant ranimoâté qui isemblaili dominer le premier jour^et qui s'e^pli^ qua plusieurs fois par des* murmures t, finit par s'ado^Cir) et les préventions semblaient s'effacer à mesure qu'on avan^it dans les débftti. Le second jour me parut beaucoup plus favofâble. Enfin, vers six heures du soiry les jufi6s ftlkiient se retirer, pour émettre leur opinion , lorsque la manièrede poser les questions fut ddbttttue entre ravocat du roi et le mien. Gelui-ci demandait q^e les queStiokiB fiissent ainsi ^pO!»éeà : i*. L'flc-^ cusé est-il coupable de eonspimtion ? !»*. Estait coupable d'usurpation de pouvoirs ? Il était dair

I>1} CmmM Ii4VAUBTTfi. «4&

que je n'itsm pour riep dans la omispipalkiB ,

puisque catte que^ticm wait été abandonii^a

même au QQonMmaDimidia 4ébal»^ et les jurés

n^raient prcmaHflé mon abaoluticMi. B^satait la

a^cowiaf aûr laquelle jattais être coiidamiié«

Mnîs lapeine de mort était écartée. En 8é|>a«'

rent. le. complut de rùsuppation de pouvoira,^

lea jurés ine)saavaîeRt, puisque l'abaonce du

arw^ liûssaît aeiileiiient:]a peine du déHt; C'est

€tt que ne voelaU paa le gou v^nement , c^était la

mort qu'il demandait am. juvésf et vcsâci le aooyea

i^fianedout il se servit pour en traîner la majo*

rîlé. 4 Après . un grand Mxte de justice , waib^tm

% dit fàa aecret-aux jurés (crélait la condamoatyon

r du p^aréehftl'Ney)^ il soipûrte faeaaK:oup que le

» <roi piHÎS8e;£ûre un §rand acte de clémenceL La

•» potitâque et l'intérêt du monanque le ireu«

» lent ainsi. PfOfiuMiosE dose la peine capitale

» eontro le prérenu. La vie lui serfi conserTée , la

» justice sera aaMsiaitè ^ h Bo6îété> i^engée ^ et 1%

9 honlé dn roi briUera' de tonrt son éelat. » Ainsi

les deux questians forent réunies en une , et li»

vrées à la aHiscienee et à la. timidité des jurés.

On me reconduisitdonceii prison. ^SaintetRoses,

qui était à l'audienoe, sintsie tenir compense.

Je n^arais plus dHIlusiona, mais je cherchais à

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prok>iiger celle de cet excellent jeune homme. Après un dîner fort triste, je lui proposai une partie d'échecs et je la gagnai,contre la coutume, car.il était plus fort que moi. Mais à mesure que rfaeore avançait , sa* fermeté s'affaiblissait; et quand on le fit sortir à dix heures , il fondait en larmes et ne pouvait se séparer de moi.- Je restai seul deux mortelles heures; car ce ne fut qu'à minuit passé qu'on vint me chercher pour entendre la lecture de mon arrêt. La déclaration du jury avait été lue pendant mon absence; aussi les gendarmes qui me reçurent au haut de l'éscalier et qui m'accompagnèrent dans le ^cabinet du président, gardaient->ils un morne silence. Je m'assis , et , les considérant avec attention , je lus sur leurs visages la sentence de mort. « Eh bien ! » dis-je au brigadier, je suis condamné? Un aide- » de-camp de Bonaparte pouvait-jl être acquitté?» Pour toute réponse il me conduisit devant les juges. Ua silence profond, une immobilité complète régnaient dans cette aalle* immense et mîEil éclairée. Les banquettes étaient encore assez garnies de femmes. Mes yeux fixés sur cette foule cherchèrent en vain un visage bienveillant, un regard de compassion. En les dirigeant sur les jurés, j'e^ vis un seul dont Iç mouchoir

DU COMTB LAVAL1e¥tE. ^^j

couvrait le visage. C'était M. Jurien. Enfin le président donna l'ordre au greffier de lire la déclaration du jury. Je m'y attendais. Mais redoutant plus que tout de me voir arracher la croix de la légion , j'avais eu la précaution de l'ôter, ainsi que le grand*cordon y et les autres insignes de la couronne de fer et de celle de Hollande. Les juges se retirèrent pour la forme pendant quelques minutes , et au retour le président prononça hautement l'article du Code criminel qui me condamnait à la peine capitale. Heureusement la formalité d'arracher la croix de la Légion-dHonneur fut omise. Cet outrage seul' aurait pu détruire le calme de mon âme. Les petites circonstances que les journaux ont re* cueillies sont exactes, et je ne les rapporte pas ici. A minuit et demi je redescendis dans mon cachot. Dans le corridor qui le précédait, je rencontrai le concierge qui venait au devant de moi et qui me questionna tranquillement : « Tout est » fini , » lui dis-je. Cet homme recula comme si on lui eût donné un violent coup daps l'estomac ^ et il disparut. Je m'étais contenu devant le pu* Uic; mais la nuit et la solitude rappelèrent à mon oreille ce terrible mot : Peine de mort. L'agitation de mon âme commença par l'explosion.

1»48 MKIfOimES BT SOOVSVIBfi

d'uDe vWe iiuHgiial&oa. Je me promenais à g^nuids pas; jen appela à la France entière contre risiquité dn. îogement. Peu à peu cepemlant je me calmaiî, et bientôt je trouvai dans m» sommeil profond Foubli de mon malheur.

Je reçus le leodemaîa des détails trcsrauUientiques de œ qui s'était passé la yeiUe aux débals des^ jurés. Le président soutint avec ujs motm-^ ce^aUe acharnement raoeafiatioiia.. M. Jneien le combattit avec «m grande force de nûfionoeMail; les débats, pendant six heures, finrenl; si vifs et soutenus avec tin ta. éclat, qu'ils étaient enlenduB fort kûn de la salle où siégeaient les jurés f enfim le président l'emporta^ malgré leaeA9fts de IL Jur rien. Huit voix sur douae se prononcèrent contre moi.

Je voulaisi mourir sans en appeterà la cour de cassation. Les formes avaient été stnadoutetrop biep observées pour espérer quale jiugementfui réformé. Pourquoi d'ailleurs langnîr dans les angoisses pendant quinae jofurs et peut-^tre un mois? Pourquoi se latoaer traînera l'écfaafeud, au milieu de la populace des rueS' ot peut-être des buées des royalistea? Mais au souvenir de ma femme, de mon enfiwty la raison et lesaogyAroid reprirent leur ei^pire $ #t ce fut le seul accès de

déses(>oir 4^i me tourmenta. Il falkift d'aibord j>ëfiser à faire a^rriver Vépourantablé ncarrelle à madame de LavaUette. TécriVis à ncAve vieille amie madame de Yatideuit , et à la prinoesse dé VaudemdDt. Ettes arriiràr^it toutes detix aùprèsi d'eNe^ et les vétemeias de deuil dont elles s'étaôent oouverles ^ lui apprirent son malheor. - MaiS' la prîoeèsse de Yauderoonf, dont le caractère felraé prévoyait tfHity.*fitécrireàma femme une lettreau duo de Duras, premier gentilhomme de la dxaimbre', pour obtenir un rendez-vous du roi. Il était fort douteux qu'il fut accordé; mesdames deLabédoyère etNey avaient été refusées. Cependant, contre toute attente, une heure après, la permission de se présenter au château fut apportée, a Le » roi attend dans son cabinet madame de Laval- 9 lette; * telle était la réponse. Elle monta donc dans la voiture de laprincesse, avec ma fille, et elle descendit chez le premier gentilhomme, aux Tuileries. M. le duc de Duras la prit par la main, et la conduisit à travers tous les courtisans jusque dans le cabinet. Là elle tomba aux genoux de Louis XVIII qui lui dit : « Madame, je vous ai • reçue d'abord pour vous donner une marque » de tout mou intérêt. » Ce furent les seules paroles qu'il prononça. On la releva et elle sortit.

aSo MilIOIIl£S£TSOUyEiriaSDCC.IAVALLETTE.

Mais les paroles du rcn avaient été entendues , elles circulaient à mesure que madame de Lavallette passait; et sa douleur, sa beauté, sa noblesse et la grâce de son maintien , malgré l'abattement sous lequel elle paraissait succomber, émurent toutes les personnes qui la voyaient. On se rappelait qu'elle était fille d'un émigré , et l'on ne doutait pas que la grâce ne fut accordée, puisque le roi l'avait admise à l'honneur de sa présence. Il ne devait pas cependant en être ainsi.

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