CHAPITRE XV
Madame Lavallette vient me voir. —Lé comte Carvoisio. — Détails . sut Emilie Beanharoais.— M*d mairlage avec elle.— Je la quitte
pour aller en Egypte, — Ma mission en Saxe. — Mon voyage à
Berlin.
Le lendemain , pour la première fois depuis quatre mois, elle vint me voir. Sa pâleur, sa maigreur et son abattement me firent trembler. Elle tomba dans mes bras; sa voix était sans timbre, et pendant près d'une heure je n'en pus tirer un'seul mot. Enfin elle se remit peu à peu , et ce fut dé sa bouche que j'appris les détails dé sa réception par le roi. Elle était venue seule , mais le comte
a5a MJSMOIBES ET SOUVENIRS.
de Carvoisin vint la chercher pour la reconduire chez elle. Ma reconnaissance exige que je n'oublie pas ce digne ami. J'avais connu M. de Carvoisin, huit ans auparavant, à Surène où j'étais son voisin de campagne. Il élevait alors une nièce qui depuis a épousé le comte de Clermont- Tonnerre. Quoiqu'il n'eût pas atteint la vieillesse, il en avait déjà la mauvaise santé. Asthmatique dès son enfance , il avait quitté le service avant la révolution , et il vivait en philosophe ciirétîen , loin du monde, qu'il n'aimait pas^ uniquement occupé de l'éducation de sa jeune pupille et d'une société de charité dont il avait provoqué l'établissement et qui prospérait par ses bienfaits. Nous étions loin de nous entendre sur beaucoup de questions politiques; mais, en nous faisant quelques concessions , l'union la plus douce u'avait cessé de régner entre nous. Je l'avais perdu de vuKedepuia la restauratioa $ miôs il v^yiDt à moi dtm» l'infortune, et pendant le dernier > le pliis tenribJki «90ÎS de ma^ détention, U venait to^& les jour» me vQîr, aprè$ avoir a^^té à iwe me^^se qu'il &isa«t dire chaque matin k moti ÎDi^o^n. Il était Hcependai^t d'une admirnble modération d'tiptmon. Ma aituaftkm • senoJbtlafit exigi^r de lui qu'il me présentli: lea constations de la religion.
DO COMTE LAVALLETTS. j|53
Ses discours avaient un cbârcne séduisant ; il j apportait uae ODdion ^ un abandon de ^torar qui vœ touchaient; nais j'étais trop vrai pour ne pâi lui avouer qa!i\ n'y avait pas moyen de nous en^ tetidra Je lui exposai avec simplicité tout ce<pi'îl m'éteit impossible d'admettre, et il cessa ses in* stances , sans témoigner la moindre impatience et le plus léger refroidissement.
Au moment où madame Lavallette paraît sur la scène poar la première fois , il me parait convenable de donner quelques détails sur sa personne et notre mariage.
Louise-Emilie de Beaufanrnais est née en i ^Sa, Son père^FrançoiS) marquis de Beauhsmais, avmt épousé sa cousine germaine ^ fille d'une comtesse Fanny de Beauharnais qui avait eu quelque ce** lébrité dans les letlres^et sœur du^romte de Beau** harnais , mort pair de France, et dont la fille est devenue grande^^ducbesse de Bade. M. de BeaU'harnais était l'auié de sa famiQe. Son frère , Alezaiodre^ qui avait épousé mademoiselle iù^ séphine Tasdier de la t^gerie , eut deux enfans ^ Eugène etHortense^ U ne -restait à mon beau-père qu'une filte.
Lons de la convocation des état^^énératit , Alexandre fut nommé député de la noblesse du