CHAPITRE XVU
Consternation de mes propres geôliers, — Trait touchant d'une geôlière — Madame Lavallette me communique son projet d'étaslon. — Mes objections. -* L'exécution esc remise au len* demaÎD., — Dernière tentative de madame Lavallette auprès de M. de Eichelieu. — Visite de M. de Carvoisin. — Ma fille vient me voir. — Je la congédie. — Madame Lavallette la ramèneh -« ]01e me donné mes insiruetîoos. *~ Dernière visite de M., de Sainte-Roses et du colonel Briqueville. — La vieille Dutoit — Souper. — Déguisement. — Je sors. — J'atteins fa okaise à porteurs.— Les portenra sont absens. ^ Mes. aa^isses et mes résolutloos. — I<e comte de Chassenon. — Nouveau déguisement. — Je suis M. Baudus à pied. — Rencontre de gendarmes. — Nods arrivons à Tfadtel des Affaires étrangères. -^Attentions délicates de mes hôtes.
CBPEiTDÀirr je sentais que mes heures étaient comptées ; il ne m'en restait plus que quarantehuit, car on n'accorde que trois jours aux condamnés pour se pourvoir en grâce. Le garde-dessceaux ne voulait présenter sa supplique que le
MiMOlHSS ST SOUVENIRS DU C. L A VJLLLSTTE. 377
second jour. Le roi avait déjà imposé silence au duc de Richelieu à cet égard. Tous mes amis étaient dans la consternation. Les geôliers euxmêmes ne m'approchaient plus. Eberle, celui d'entre eux qui était attaché à mon service , ne m'adressait plus la parole ; il tournait dans ma chambre, sans but, ne sachant plus ce qu'il faisait. Nous étions au mardi soir : « C'est ordinaire- » ment le vendredi qu'on exécute les condamnés, ?• lui di&*je. — QueIc{uefois le jeudi , répondit^il » avec un soupir étouffé. — L'exécution a lieu » ordinairement à quatre heures?— Quelquefois » le matin ; » et il sortît en oubliant de fermer la porte. Une geôlière de la prison des feratoes passait en ce moment; me voyant seul, elle entre précipitamment, se j^tte sur ma croix de la légion d'honneur , la baise avec transport et se sauve en pleurant. Cette action passionnée d'une femme que je n'avais jamais vue que de loin et à laquelle je n'avais jamais parlé , m'apprit enfin ma destinée. Ma femme vint à six heures pour dîner avec moi; elle était accompagnée de sa parente mademoiselle Dubourg. Quand nous fâmes seuls, elle me dit : « Il parait trop certain que nous * Tfi n'avons plus rien à espérer. Il faut donc, mon }^ ami, prendre un parti, etToici celui que je vous
278 MÉMOIRSS £T SOUVSNia»
» propose. A huit «heures vous sortirez couvert )> de me^ vétemens, accompagné de ma cousine. >i Vous monterez dans ma chaise à porteurs^ qui » vous conduira rue des Saints-Pères, où M.Bau- )» dusse trouvera avec un cabriolet, et vous con- X) duira dans une retraite qu'il vous a ménagée. • Là y vous attendrez sans danger qu'on puisse » vous faire sortir de France. » Je l'écoutais et la regardais eh silence. Son air était calme, et le ton de sa voix assuré; elle paraissait tellement convaincue du succès que j'hésitais à lui répon^ dre. Cependant cette entreprise me paraissait folle; il fallait bien le lui dire; mais au premier mot, die m'interrompit : « Point d'objections : » je meurs si vous mourez. Ainsi ne repoussez » pas mon projet. Ma conviction est profonde : » je sens que Dieu me soutient !. » £n vain je cherchai à lui représepter les nombreux geôliers qui l'entouraient chaque soir quand elle me quittait, le concierge qui lui donnait la main jusqu'à la chaise à porteurs, l'impossibilité d'être assez bien déguisé pour pouvoir leur donner le change, enfin ma répugnance invincible à l'abandonner aux mains des geôliers : « Qu'arrivera*t-il quand » ils découvriront que je suis parti? Ces brutaux, » dans leur fureur, ne s'oublieront-ils pas jusqu'à
DV COMTE LAlYAELETT£. ^jg
n VOUS maltraiter ? » dallais continuer ; mais je m'aperçus bientôt , à la pâleur de son visage et aux mouvemens d'impatience qui commençaient à Tagiter, qu'il fallait cesser toute objection. Je gardai le silence pendant quelques minutes.
K Enfin j lui dis-je, je ferai ce que vous voudrez; » mais vous voulez réussir^souffrez^au moins une ]» seule observation. Le cabriolet est placé trop » loin; à peine échappé, on s'apercevra de ma » fuite, et indubitablement on me rencontrera » dans cette chaise : car il faut près d'une heure » pour aller à la rue des Saints-Pères ; je ne peux » m'y sauver à pied sous vos habits. » Cette réflexion la frappa. « Changez, ajoutai-je, cette » partie de votre plan ; la journée de demain doit » m'appartenir encore, je vous jure que demain » je ferai tout ce que vous voudrez. — Eh bien! » me dit-elle, vous avez raison , je ferai placer le » cabriolet plus près d'ici. Donnez-moi votre pa- ^ rôle de m'obéir , car il ne nous reste que cette » ressource. » Je lui pris la main: a Je ferai tout » ce que voudrez et comme vous le voudrez. »
Cette promesse la calma, et nous nous sépa* rames.
Plus je réfléchissais à son projet, plus il me paraissait impraticable : elk est plus grande que
a8o MiMoiass st souvesirs
moi de près d'un demi-pouce ; tous les geôliers étaient habituée à me voir ; sa taille était sou{de et élancée ; il est vrai que le chagrin m'avait siii-> gulièrement maigri ; mais epfin la différence devait sauter aux yeux. D'un autre côté , j'étais si bien préparé k n^ourir I Je remettais , il est vrai» en délibération depuis deux jours, si je ne ferais pas usage de l'arme que j'avais cachée. Toute cette toilette du bourreau, cette n^arche si lente sur une charrette de la Conciergerie à la Grève , me donnaient de l'émotion : mais enfin le cœur restait ferme. Et voilà qu'il me &ut détourner les yeux de la mort pour me jeter dans tous les détails d'un projet de fuite impossible à réaliser, et qui me paraissait extravagant. Le burlesque allait se mêler à la tragédie ; car je serais repris sous des habits de femme , et peut-être auront-; ils la barbarie de me produire aux yeux du public sous ce ridicule travestissement. Mais, d'un autre côté, comment Ja refuser? Elle paraissait si heureuse de son projet, si assurée de son succès! !Ne pas lui tenir parole sera la tuer. Le lende-? main , tandis que je me tourmentais encore dç ces tristes pensées, elle arriva ; j'appris d'elle que, en me quittant la veille au soir, elle avait fait prendre à ses porteurs le chemin de la rue du
J>V COMTE liAVALLETTE. !à8l
Bac y et qu'elle avait quitté sa chaise à quelques pas de rhôtel des affaires étrangères. M. Baudus lui avait conseillé de faire une dernière tentative auprès de ce ministre ; mais, pour arriver à lui , il fallait employer la ruse. Elle demanda au suisse l'appartement de M. Bresson , trésorier du ministère; et comme il demeurait dans la première cour, elle s'arrêta quelques minutes sur les premières marches de l'escalier , et elle se glissa ensuite dans la seconde cour, et parvint jusqu'à l'anti-chambre du ministre* « Son excelâ lence est sortie, lui dit-on.' — ^ J'attendrai. » Le valet de chambre auquel elle s'adressait la reconnut, et courut se plaindre au suisse auquel elle avait été consignée dès le matin ; car sa présence à la porte de madame la duchesse d'Aïigouléme avait donné Péveil partout. Le suisse arriva tout troublé , et parmi beaucoup de reproches, il lui dit : « Vous m'exposez à perdre » ma place. — Je vous ai trompé : vous n'êtes 9 donc pas en faute. Je veux voir le ministre. S'il p est sorti, je l'att^idrai ; s'il est chez lui , je pas* p serai la nuit dans cette salle ; on ne m'en fera » sortir que par la violence. Allez le dire à votre » maître. » Que pouvait faire le ministre? Il la fit entrer. Madame Lavallette lui fit un exposée
!l8*J MEMOIRES BT SOUVElflBS
clair et rapide du procès | lui exprima avec force toute l'injustice de ma condamnation, et elle finie par implorer son appui auprès du roi. Le duc de Richelieu l'écoutait les yeux baissés; il paraissait touché, mais enfin il lui avoua que le roi lui avait ordonné de ne plus prononcer ùu nK>t sur cette aiFaire. « Alors, Monsieur, sauvez- le 9 vous-même. — Madame , ce serait un crime.
» — Ne pourriez-vous du moins lui présenter un 3» nouveau mémoire en mon nom? » — Le duc , saisissant avec empressement cette idée, lui répondit ! a Je le veux bien. Envoyez-le moi de- » main à huit heures , et je vous donne ma pa- » rôle qu'il sera remis sans délai à sa majesté ^. — » Je suis allée, me dit Emilie, chez Tavocat pour » ce mémoire. M. de Richelieu Ta reçu ce matin ; » il doit être maintenant dans les mains du roi. » Cependant mon projet s'exécutera ce soir^ il » ne serait plus temps demain, sans doute, puis- » que nous n'avons reçu aucune nouvelle du » château. Je viendrai dîner avec vous. Conser- » vez votre fermeté , nous en aurons besoin.
» Pour moi, je me sens encore du courage pour » vingt-quatre heures; pas pour un moment de
Tous ces détaib m^ont été donnés depuis par M. Baudus, auquel le ministre les avait racontée.
» plusy ajouta-t-dle en soupirant, et je suis d'àil- » leurs exténuée de £sitigue. » Elle avait raison de compter les heures. A peine était-elle sortie que le concierge entra , et me dit : « Un des ré- » dacteurs de la Quotidienne est venu me de- » mander s'il était vrai que vous aviez fait venir » quatre confesseurs , et s'il peut l'imprimer dans M son journal. — Quatre , c'est beaucoup ; et qu'a- » vez*vous répondu? — La vérité. C'est que je » n'en ai pas encore fait entrer un seul. » ( Je vis bien que c'était un avertissement détourné. ) tf — Il faut encore attendre ; tantôt je vous don- » nerai l'adresse d*un ecclésiastique ; toute la » journée est encore à moi. » Il ne me répondit rien y et se retira en remuant la tête. Bientôt après arriva M. de Carvoisin : en entrant il se jeta dans mes bras , et se mit à pleurer. Je le fis asseoir , je cherchai à le calmer; ma tranquillité le remit un peu. « Le curé de Saint-Sulpice sort de chez » moi y me dit-il : il ne vous refusera pas ses se*» 3» cours spiritueky si vous l'exigez^ puisque vous » êtes son paroissien ; mais je vous demande 9 grâce pour lui. Il a assisté le maréchal Ney à » ses derniers momens, et il m'a avoué que cette » scène lui avait fait tant de mal qu'il ne se sentait » pas Ta force d'en éprouver une seconde. Cepen-
» dani il est prêt à TeDir, ai vous ^«^«t»* — Be** » merdea-le , mon ami; j'ai un antre eodésiasti* » que en vue; je le ferai venir ce aoir ^ mais pas « avant » L'excellent homme voulait entrer dans quelques détails^ mais il n'en avait plus la force. Ma fille entra dans ce moment, acccmipagnée de la vieille tourière de FAbbaye-aux-Bois. José^ phine pleurait en silence , la religieuse se lamentait : « Qu'ai-je fait à Dieu, disait-dle, pour être » témoin de ces horreurs ?» Et ses soupirs , ses sanglots, et ses invocations sans fin , commençaient à m'irriter. Je sentais que j'allais totubm* comme une vieille femme , si je ne mettais promp«* tement fin à cette scène. Je pris donc M. «le Carvoisin à part : m Embrassez^noi , et retirez-vous » sans bruit : votre douleur me Êiit mal. Adieu, ne «m'oubliez pas.»£t je le conduisis doucement à la porte. J'aurais voulu conserver ma fille beaucoup plus longtemps, mais sa vue me déchirait le cœur. Je la pris sur mes genoux, sa tête s'abandonnait sur ma poitrine; je voulais lui parler, mais les mots s'arrêtaient au passage, et il me fiit impossible de prononcer quelques paroles de iconsolation. Enfin je la déposai sur une chaise, et je me mis à parcourir la chambre, cherchant ^n vain à respirer. Il> fallut donc prendre Ibcore
pif OOMTE L4VALLE7T«. !»85
mon parti {|vec elle. <n Retoarne au couvent, lui » dis^e ; je te verrai encore demain , je te le pro- » mets; mes affaires vont mieux qu'on ne croit. » N'en dis rien à personne , mais sois sûre que je » te verrai demain. » A peine fut^elle partie , que foute ma fermeté m'abandonna. Je fondis en larmes au dernier regard de mon unique enfant^ et j'eus bien de la peine à reprendre, cotiragej mais enfin j'y parvins.
À cinq heures^ Emilie arriva accompagnée de Joséphine, que je revis avec autant de surprise que de joÎQ. « Je crois > me dit-elle , qu'il vaut » mieux prendre notre enfant pour nous accomr » pagner. 3e lui ferai faire plus docilement oe que » j'ai en tète. » Elle s'était couverte d'une robe de mérinos richement doublée en fourrures^ et qu'elle avait coutume de porter quand elle sortait dubaL Elle avait dans son sac une. jupe de taffetas noir. « Il n'en faut pas davantage ^ me dit^^-elle , • pour vous déguiser parfaitement. » Alors elle renvoya sa fiUe près, de la fenêtre, et me dit à voix basse : «A sept heures sonnant^ vous aerea » habillé : tout, est bien préparé. Vous sortirez en 4» dcMEinaiKt le bras à Joséphine f vous aurez sein » de marcher bien lentement, et en traversant » la grande pièce du greffe^ voua mettrez mes
!i86 itBMoiiics ET souvnmis
9 gants , et vous vous couvrirez le visage de mon 9 mouchoir. J'avais pensé à prendre un voile y » mais malheureusement je n'ai pas pris Thabi- » tude d'en porter en venant ici : il n'y £iut donc » pas penser. Ayez bien soin , en passant sous les 9 portes, qui sont si basses, de ne point accro- 9 cher les plumes du chapeau; car tout serait 9 perdu. Je trouve toujours les geôliers dans le 9 greffe , et le concierge a l'habitude de me don- 9 ner la main jusqu'à la chaise à porteurs, qui est 9 toujours placée près de la porte de sortie; mais 9 aujourd'hui elle sera dans la cour , au haut du 9 grand escalier. Là vous serez rencontré peu de » temps après par M. Baudus , qui vous conduira 9 jusqu'au cabriolet, et vous indiquera votre ca* 9 chette. Alors » à la grâce de Dieu ! mon ami.... a Faites bien ce que je vous dis. Restez calme. 9 Donnea>-moi votre main , je veux vous tàter le 9 pouls. Bien ! dit-elle. Prenez la mienne mainte- 9 nant : sentez-vous la plus légère émotion ?» Je me convainquis qu'elle avait une forte fièvre. <c Surtout^ ajouta-t-ellef point d'attendrissement: 9 nous serions perdus. » Je lui donnai cependant mon anneau de mariage , sous le prétexte que, si j'étais arrêté dans ma course à la frontière, il ne fallait rien conserver qui pût me faire recon-
DU COMTE LAVALLBTTI. a 87
naître. Elle fit ensuite approcher sa fille. « Écou- » tez bien , mon enfant, ce que je vais vous dire , » car vous allez me le répéter. Je sortirai aujour- » d'bui à sept heures , au lieu de huit; vous pasj» serez derrière moi | car vous savez que les por- » tes sont étroites; mais quand nous entrerons » dans la grande pièce du greffe , ayez soin de » vous mettre à ma gauche : le concierge a l'ha- » bitude de me donner le bras de ce côté , et il » me dégoûte. Quand nous serons sorties de la i> grille pour monter l'escalier du dehors , placez- » vous alors à ma droite, pour que ces vilains » gendarmes du corps-de-garde ne viennent pas » me regarder sous le nez, comme ils le font » toujours. Âvez-vous bien compris ? » L'enfant répéta avec une grande fidélité. A peine avaitelle fini que Sainte-Ros^s nous arriva. Il s'était fait introduire , sous prétexte de reconduire madame Lavallette, et son motif était de m'embra»ser encore , car il n'était pas dans la confidence. Sa présence allait nous gêner beaucoup; je le pris donc à part, «c Allez vous»en maintenant , » mon ami , lui dis-je : Emilie ne se doute pas «encore de son malheur, il faut le lui laisser » ignorer. Venez à huit heures , mais n'entrez » pas , si vous ne voyez pas la chaise à porteurs.
a88 MihKHitcs n soovcviRs
i> Allez-la voir chez elle, car elle sera rentrée. » Je Tembrassai et )e le mis dehors. Mais bientôt autre visite t c'était le colonel Briqueville , que ses blessures avaient retenu près de deux mois chez lui. Il ne comptait pas trouver ma femme, et il s'aperçut promptement que sa présence pouvait devenir embarrassante, quoiqu'il ne connût pas encore toute l'horreur de ma position : son émotion était si proCcmde^ que je craignis qu'elle ne nous gagnât. « Sortez, lui dis-je tout )» bas ; c'est la dernière fois que je la vois. Un » instant de faiblesse la tuerait. » Enfin nous restâmes seuls. Je regardais Emilie : je pensais à tous les obstacles , à tous les désordres qui allaient nous accabler, et une fatale idée vint me traverser la tête. « Si vous alliez trouver le concierge , » lui dis-je , et que vous lui proposassiez cent T» mille francs pour fermer les yeux quand je vais 1» passer, peut-élre y consentirait- U; et alors » nous serions tous sauvés, i. EUe me regarda un instant en silence. « Eh bien ! j'y vais, y^ dit-elle. Elle sortit effectivement, et rentra quelques minutes après. Cependant je me repentais déjà de cette démarche; j'en voyais toute l'inutilité , toute l'imprudence. Mais en rentrant elle me dit tranquillement : a C'est inutile ; le peu de mots que j'ai
DU COMTE ULVAIXEtfE. a8<)
« . tirés du concierge ont suffi pour me convaincre » de sa probité : ne changeons rien k notre plan. » Enfin on servit le diner. Au moment de nous mettre à table, une vieille bonne, appelée ma^ dame Dutoit , qui avait accompagné Joséphine , entra mourante dans nia chambre. Madame Layallette l'avait.ljûsséeau greffe , dans Tiliten* tion de me &ire suivre par elle en m'en allant. Mais Textréme chaleur du poêle et l'émotion Pavaient rendue si souffrante , et elle avait tant insisté pour me voir encore une fois, que le geôlier la fit entrer sans' la permission du concierge. Loin de nous être utile, cette pauvre femme nous embarrassait. Sa tête pouvait s'éga* reràla.vue du déguisement: mais, que £siire?
Maintenant il fallait la contenir, et elle allait commencer ses gémissemens quand Emilie lui dit d'une voix contenue, mais ferme : «Point » d'enfantillage. Restez à table, ne mangez pas, » ne dites pas un mot , et respirez ce flacon à*o- » deur. Dans moins d'une heure vous serez à » l'air libre. »
Ce repas, qui devait être le dernier de ma vie , était elfrayant. Les morceaux s arrêtaient à la gorge , nous n'échangions pas une parole ; et il
fallait ainsi passer près d'une heure. Six heures