‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 30 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

trois quarts Boimèmnt enfio : « Il ne nie finit que n ciiiq mimite&y mais je rta% parler k Bonne- I vi|{e. » ëH(^ tirn! la Bonnette , le Talel^de^bam* bre enlra ; ^l)e le prit à party lui dit quelques mot»<à l'oreilie, et ajouta tout baut: «Aycife Mivt que B, les porteurs soient prêts ; je vais sortir. Allons, > Bie <)it>-eUe , il fout vous faabiHer. * j'avais fait placer dans ma diambre un pararrant poor me (fàre un cabinet de garderobe. Noos passâmes derrière. Tout en faisait ma toilette a^ec une ad i^eâse etune prestesse charmante , eileme disait: «N'oul^liez pas de bien baisser la tête au passage

• des pcMTtes» Marchez lentement <daas le greffe, » comme une personne épuisée par la souf-^

• fnaiioe^ » En moins de trois minutes, la tOt-^ lette était complète. Nous renrrluijes dans la chambre, et JËmilie dit à sa fiUe: «Comment

• trouvez«vous votre père?» Un sourire de surprise et d'incrédulité ^happa à la paotre petite, c Sérieusement , ma fille , (comment le trouvez» a vous?! Alors je me tournsiet je fis quelques pas. « Mais pas mal ,» dit-elle , et sa tête retombe de tristesse sur sa poitrine. 3S^aus avançâxnes donc tous en silence vers la porte. « Le concierge , 9 dis-je à Emilie^ vies t tous les soirs après votre » départ. Ayez soifli de vous tenir derrière le

i paravent et de faire un peu de bruit en te^ * muapt quelque meuble. U me croira derrière » » et sortira pendant quelques minutes, qui me p MUt indispensables pour m^éloigner. » Elle me iH>mprit) et je tirai le cordon de la sonnette* m Adieu, » me dit -elle en levant les yeux vers le ciel. Je pressai son bras de ma tnaîn tremblante;nous échangeâmes un regard ; nous embrasser, c'étuit nous perdre. Le geôlier se fit entendre* Emilie s'élan^ derrière lé paravent. La porte s'ouvrit le passai le premier, ma fille ensuite } madame Dutoit fermait la marche* Après avoir traversé le corridor, j'arrivai à la porte du greffe» Il fallait lever le pied et en même temps baisser la tête, pour que les plumes du chapeau ne rencontrassent pas le haut de la porte* J'y réus* m j jnais en me relevant je me trouvai dans cette grande pièce en face de cinq geôliers assis, ap' puyés, debout, le long de mon passage. Je tenais mon mouchoir sur mes yeux, et j'attendais que ma fille se plaçât k ma gauche. L'enfant prit mon bras droit, et le concierge, descendant l'es^ ealier de sa chambre, qui était à gauche , vint à moi sans obstacle , et plaçant sa main sur mon bras, me dit : • Vous vous retiret de bonne » heure, madame la comtesse. » Il paraissait

:tgiÀ MÉMOIRES ET SOUVENIRS

fort ému y et pensait sans doute qu'elle venait de Élire un éternel adieii à son mari. ( On a dit que ma fille et moi nous poussions des cris. Nous osions à peine soupirer.) Enfin j'arrivai au bout de la pièce. Jour et nuit se tient là un geôlier assis dans un grand fauteuil y dans un espace assez étroit pour avoir ses deux mains placées sur les clefs des deux portes, l'une en grilles de fer, et l'autre qui est externe, et qu'on appelle le premier guichet. Ce geôlier me regardait , et n'ouvrait pas. Je passai ma main droite entre les barreaux pour l'avertir. Il tourna enfin ses deux clefs, et nous sortîmes. Une fois dehors, ma fille ne se trompa pas et me prit le bras droit. Il y a douze marches à monter pour arriver sur la cour, mais au bas de cet escalier est placé le corps-de-garde des gendarmes. Une vingtaine de soldats ^ l'officier en tête , s'étaient placés à trois pas de moi , pour voir passer madame Lavallette. Enfin j'atteignis lentement la dernière marche, et J'entrai dans la chaise, qui était à deux ou trois pas. Mais point de porteurs, point de domestiques; ma fille et la vieille étaient débouta côté de la chaise, la sentinelle à six pas, immobile et tournée vers moi. Â mon étonnement se mêla un commencement dagitation

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vi<dente ; mes regards étaient fixé^ sur le fusil de la sentinelle comme ceux du serpent sur sa proie. Je sentais, pour ainsi dire, ce fusil dans mes mains fermées. Au premier mouvement, au preraiQ||J>ruit , je m'élançais sur cette arme; je me sentais la force de dix hommes , et très-certainement j'aurais tué tout ce qui aurait voulu me saisir. Cette situation terri)[)le dura environ deux minutes, mais elle avait pour moi la longueur d'une nuit. Enfin j'entendis la voi^ de Bonne ville , qui me dit tout bas : « Un des por- » teur m'a manqué, mais j'en ai trouvé un autre.» Et alors je me sentis soulevé. La chaise traversa la grande cour, et tourna à droite en sortant. Nous allâmes ainsi jusque sur le quai des Orfèvres , en face de la petite rue de Harlay. Alors la chaise s'arrêta , la porte s'ouvrit, et mon ami Baudus, me présentant le bras, me dit tout haut : « Vous savez , madame, que vous avez une visite » à faire au président. » Je sortis donc, et il me montra du doigt un cabriolet qui était à quel* ques pas dans cette petite rue obscure. Je m'é* lançai dans cette voiture, et le cocher me dit : « Donnez mon fouet. » Je le cherchais en vain; il était tombé. « Qu'importe, » dit mon compagnon. Un mouvement des rênes fit partir le che^

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Tal du grand trot. En passant , je vis Joséphine sur le quaî| les mains jointes, et qui priait Dieu de toute son âme. Nous traversâmes lé p<m€ Saint^Midiel , la rue de là Harpe, et bientôt nous atteignîmes le rue de Yangirard /derrière rodéon. Là seuiemetît je commençai à resj^iret*. En regardant le codier dû cabriolet ^ quel fut mon étonnement de reconnaître le comte dé Cbassenon, que je ne m'attendais guère à trouver là! « Quoi ! c'est vous, lui dis- je. — Oui, et 9 vous aveafi derrière vous quatre pistolets dou-» » blés bien chargés; j^espère que vt>us en feresi » usage« — Non, en vérité , je ne veux pas vous » perdre. «^ Alors, je vous donnerai l'exemple ^ » et malheur à qui se présentera pour vous ar- » réter« » Noua allâmes jusque sur le boulevart neuf 9 au coin de la rue Plumet« Là nous nous arrétâmesii Je plaçai mon mouchoir blanc sur le tablier du cabriolet; c'était le signal convenu avec M. Baudus. Sn chemin, je m'étais débarrassé de tout l'attirail féminin dont j'étais affublé, et je me couvris d'un carrick de jockey avêc le chapeau rond galonné. M. Baudus arriva bien* tôt. Je pris congé de M. de Chassenon , et je sni^ vis modestement mon nouveau maître. Il était huit heures du soir; la plnie tombait à torren&j^

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la nuit éliât profonde, et la solitude, complète daiks cette partie du £Biufaourg Smit^Gennain. Je marchais avec peme; M^ Baudus a^vançait mpi-dément ^ôt ce n'était qu'avec ^ort que je pouvais coBeenver ma distance. Bientôt je perdis un de mes aonliers ; il fallait mancber cependant. Nous r6B€ontrâavi&des,gendamiesqui couraient au galop, et qui ne se. chiutaie&t guère que j'étais, là^ car prohoblement c'était à moi qu'ils.en voubmnU ËnfluLi^après plus d'une heure de marche, hara^ de lali^ié^ ua pied dhiaussé, Tautre n^i, M. JSaudus s'arrêta un instant me de Grrenélie , près de la rue du Bac. « Je vais entrar, me dit*îi, » dams un hôtel ^ pendant qoe je parierai au 3» suisse y avancez dans la cour, Yous trouvères 1» un escalier k la gauche; mo(Qtez«le jusqu'au^ » deraierétage..Avan€e&daii8 un corridor^scur » «que vous trottverea à droite. Au fond est «me j> pile de bois, l;«tM^VK>ns-là9etiiltendei;.t Nou^ Ornas Mors quelques pas dans la rue rdii Bao , el; une sorte ide wertigCiiBe prit quand Je le vis/ftap^ par à la pmile du mùnistne dés affaires étrange^ res, QOûupé alors par M. le duc de BiobeUeu^ ]MLfisudu0 emtna le prexyier^ et pendant qu'ail parjbii; au suis&e, qui avait la tête hors de sa lo^i je pas^i rapidement. • Où va cet. homme ?

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» s'écria- t-il. — C'est tnon domestique. » Je gagnai Fesoalier jusqu'au troisième étage i et j'arrivai à l'endroit qui m'avait été indiqué. A peine y étais-je que j'entendis le froissement d'une robe d'-étoffe* Je nie sentis prendre doucement par le bras; on me poussa dans uûe chambre^ et la porte fut fermée sur moi. J'avançai vers un poêle allumé, et qui jetait une lueur fort incertaine. En plaçant mes mains sur le poêle pour me chauffer, je trouvai un flambeau et un paquet d'allumettes. Je compris que je pouvais éclairer la chambre. A l'aide d'une bougie, j'examinai mon nouveau domicile. C'était une chambre de médiocre grandeur, à mansarde. Un lit fort propre, une commode, deux chaises et le petit poêle de faïence. Sur la commode était un papier sur lequel je trouvai écrit : Point de bruit , n'ouvrez la fenêtre que la nuit, chausses-vous de pantouffles de lisières, et attendez avec patience. A côté de ce papier était une bouteille d'excellent vin de Bordeaux, plusieurs volumes de Molière et de Rabelais, et un joli panier qui ren« fermait des éponges, des savons parfumés, de la pâte d'amande et tous Ifis petits instrunoens d'une toilette soignée. Ces attentions délicates et là jo*^ lie écriture du billet m'indiquaient des botes qui

joignaient aux plus généreux sentimens des mœurs élégantes et de bon goût. Mais pourquoi l'hôtel des ÂflPaires étrangères ? Je n'avais jamais vu le duc de Richelieu ; M. Baudus était, il est vrai , attaché à ce département, mais d'une ma-' nière fortindirectCi Je ne pouvais inspirer aucun intérêt au roi. D'ailleurs il eût été si simple d'accorder la grâce. Si j'étais là par la volonté du ministre , pourquoi violer des devoirs sacrés , démentir la loyauté qu'il devait à son souverain j s'associer au parti de Bonaparte et à un criminel d'état condamné comme conspirateur?

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