‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 32 sur 47 · II · texte numérisé non relu

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assez de précaution: fQui étes-^vous, m'écriai^

> je ? -« Le vale^e-chambre de monsieur Mais

> il était convenu avec vps maîtres que personne » n'entrerait cbez moi. ^ On a changé d'avis, et » si vous voulez vous lever, .vous passerez dans » ma chambre pendant que je mettrai tout en

> ordre ici. »> Je me levai donc, et il me fit entrer en fqce dans une autre pièce. Quand il fut parti je me mis à considérer cette chambre , beaucoup trop ornée pour celle d'un domestique. Une cheminée y ornée d'une, pendule et de vases de fleurs; un lit élégant: je m'avisai d'ouvrir une garde-robe à la tête du lit; j'y vis des vétemetis de femmev Que signifie tout ceci ? cet homme est donc marié, sa femme est dope instruite ? Quoi ! déjà un enfant et deux domestiques dans la confidence, et dans cet hôtel ! tout cela est^il bien sage ? Ces réflexions D^e troublèrent à tel point , que je me sentis le cœur défaillir. Je voulus me lever et je tombai de ma hauteur dans un évsH nouissement profond. Le domestique revint une demi- heure après et me trouvant en cet état, me traîna jusqu'à mon lit, où il eut beaucoup de peine à me faire revenir, c Tâchez de vous main»* » tenir^ car jusqu'à ce soir, monsieur ni madame 1 ne pourront venir. Je reviendrai si je puis. Mais^

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» au nom de Diev y n'allez pas tomber malade ; car > comment voua faire visiter par un médecin?» Je sentais bien irivem^it tout ce que me disait cet excdient homme; et si j'allais mourir, pensais-je^ que feraient'^ts de mon cadavre ? Je fus bientôt arraché à «es réflexions désolantes par les cHs d'un colporteur qui proclamait dans la rue quelque chose que je n'entendais pas, mais où je crus que mon nom se trouvait mêlé. Je courus à la fenêtre y mais déjà l'homme était trop loin pour que je pusse saisir un mot. Il fallut en attendre un autre , et je passai quatre mortelles heures a?ant qu'un second se fit ent^idre. Cette fois, c'était une femme dont la voix claire et criarde fit arriver jusqu'à mon oreille les mots : Lavallette... locataires... propriétaires... Ainsi c'étMtu ne or^ donnance sans doute, et elle devait prononcer des punitions sévères contre ceux qui me donneraient asile (cela m'inquiétait peu), maiis auasi des récompenses pour IcGl révélateurs; et qui savait si parmi les domestiques de la maison il ne s'en trouverait pas un que l'appât du gain pousserait à me dénoncer? J'étais bien injuste, car André JonfEAJD et sa femme que l'on appelait Montety étaient d'anciens domestiques de la maison , d*nne fidélité et d'nn dévouement à toute épreuve ;

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la femme, surtout» protestante, jolie, était re^ marquable par sa bonne éducation et par ses sentimens élevés. Enfin vers six heures du soir, j'étais encore sans lumière, lorsqu'une dame entra et vint s'asseoir au pied de mon lit, pour s'informer tout bas de ma santé; je cherchai à la rassurer, et comme je lui renouvelais mes remercimens de toutes ses bontés: « Je ne suis »pas madame Bresson, me dit- elle, je suis sa » femme de chambre. Madame viendra dans une

> heure ou deux; mais elle a appris que vous i étiez souffrant et elle voulait avoir de vos nou-

> velles. > Encore un. témoin de plus , me disais-je en gémissant. Dieu veuille que toutes ces confidences ne tournent pas à mal , mais j'en doute. Enfin madame Bresson vint elle-même. Je lui parlai des cris de la rue. « Ce n'est rien , me dit-

> elle; une vieille ordonnance de police renouve- . » lée de 93, et qui &it rire tout le monde, car c'est

> une incroyable joie dans tout Paris. Madame » de Lavallette est portée aux nues. Rien n'est » piquant comme les propos des femmes du peu- » pie et surtout à la Halle. Aux spectacles, les plus » légères allusions sont saisies avec fureur, et si » l'autorité s'avisait de vouloir réprimer ces trans> I ports qui cachent au reste beaucoup de haine,

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> ses agens seraient assommés. Ainsi tenez- vous » en repos sur ce point Quant aux confidences » multipliées autour de nous, nous avons te^ » connu y mon mari et moi, et nous avons trouvé » plus sûr de tout dire aux deux domestiques qui » logent en face de vous ; malgré toutes vos pré»^ » cautions, ils pouvaient vous entendre, s'en ef- » frayer, en causer avec leurs camarades; il valait » mieux leur lier la langue en ]es mettant dans le » secret. Mariés et attachés à nous depuis vingt » ans, ce sont des gens pleins d'honneur et qui » exposeraient leur vie pour nous. Nous avons » même décidé que Stanislas serait instruit, car »il loge à côté de vous; je vous l'amènerai ce 9 soir. > Il vint effectivement C'était un homme de vingt ans , fort instruit et de manières trèsagréables. Nous fumes bientôt amis. Il restait avec moi depuis onze heures du soir jusqu'à deux. Je lui appris les échecs , il m'apportait les journaux et les nouvelles de la ville.

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