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priiice Eugène, et ensuite à Augsbourg, chez sa sœur, madame ia duchesse de Saint-Leu. Je passai près d'elle la dernière année de mon exil; et les soins et les bontés dont elle me combla m'auraient peut-être fait oublier la France, si mes affections les plus chères ne m'en avaient pas rendu Féloignement insupportable.
Madame Lavallette était sortie de prison après six semaines de mauvais traitemens. Une mélancolie profonde et des terreurs continuelles lui inspirèrent du dégoût pour la société, et jetèrent dans son esprit un désordre assez grand pour qu'il fut caractérisé de maladie mentale. Ma fille n'avait alors que quinze ans, et sa mèi*e s'empressa de chercher à l'établir, pour qu'elle trouvât protection lorsque sa maladie ne lui permettrait plus de s'occuper d'elle. Elle m'écrivait : « Il )) faut que je mette ma fille à l'abri de nos mal- » heurs ; je sens qu^il en est temps. » Et elle fit choix de M. de Forget , fils d'un propriétaire d'Auvergne, dont le nom est respecté depuis long*temps. Ce jeune homme avait été auditeur au conseil d'état ; je lui avais reconnu de la capacité et d'excellentes qualités de cœur; je donnai mon consentement, et ma fille est heureuse et estimée dans sa province.
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Enfin , après six ans de proscription , les portes de France me fiirent: ouvertes* Avant mon départ j'obtins uqe audience du roi de Bavière ; il me serra' dans ses bras avec émotion. « Tem- )» brasse M. Cossar (c'est le nom que je portais en » Allemagne) , mms j'exige que M. Lavallette 9 vienne me remercier avant deux ans ; je suis » vieux y il ne faut pas tarder. » Ma situation politique en France était trop mauvaise, et la sévérité du gouvernement trop prononcée, pour que j'aie pu accomplir l'engagement que le roi avait bien voulu me faire prendre, et qui 9'accordait si bien avec les voeux de mon cœur reconnaissant. La mort Ta enlevé à ses sujets qui Fadoraient, et qm n'oublieront jamais le bon roi, ainsi qu'ils l'appelaient.
Je laissai le prince Eugène, jeune encore, jouissant d'une santé florissante, dans la position 1^ plus heureuse , aimé du roi comme s'il eût été son fils, entouré d'une famille nombreuse et charmante, comblé des biens de la fortune, et n'ayant plus rien à lui demander, puisque son nom brillait d'une gloire éclatante et sans tache. Il fit une chute en traîneau, en 1816; un dép6t se forma, dit-on , dans sa tête : il souffrait peu et négligea les précautions nécessaires. Sept
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OU huit ans après, ce dépôt se déclara par des symptômes que les médecins ne surent pasreconnaître , et il succomba à l'âge de quarante-quatre ans, laissant une veuve au désespoir, des enfans dont l'éducation n'était pas adievée, mais aussi des souvenirs de courage, de sagesse et de bonté que la France, l'Italie et la Bavière ne laissèrent pas effacer.
£n rentrant en France , il fallait faire entériner les lettres . de grâce. . Cette formalité , qui pouvait être blessante pour moi, fiit remplie par les magistrats de Colmar avec une modération dont je serai toujours reconnaissant. M. Rossec, l'avocat général , se contmta de dire : a II a été » condamné pour un.faitdontla gravité diminue » chaque jour. » Je vins à Paris, où je fixai mon séjour, vivant dans la solitude, fort oublié de la plupart de mes anciens amis, mais aussi de la police, qui pouvait jeter sur ma vie beaucoup d'ennui et de chagrin. .
Enfin la santé de madame Lavallettese.ré* tablit assez pour que je pusse la fixer près de moi. Une mélancolie profonde la jette trop sou-, vent dans la préoccupation ; mais elle est restée douce, aimable et bonne., Nous vivons dans la retraite, pendant l^é, à là campagne, où elle
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se plaît beaucoup. J'ai conservé mon indépendance , le premier des biens, sans pensions, sans traitement, sans indemnité, après une longue carrière consacrée à mon pays , mais disant pour la liberté des vœux qui ne seront peut-être jamais exaucés, et vivant avec les souvenirs d'une grande époque et d'un grand homme.