‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 4 sur 47 · II · texte numérisé non relu

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courageuse défense donna aux Prussiens une haute leçon de courage dans l'adversité. C'est la plus noble et la plus importante leçon que les hommes et les nations puissent recevoir.

Ces deux années de triomphes ne donnèrent point à l'empereur l'idée de vaincre l'Europe pour en être le maître ou le président ; son génie et son caractère la développèrent, car ces terribles conquérans du monde sont tous de la même £imille : le premier partout, ou périr. Il avait passé quatre années de son consulat à discuter le Code civil, monument qu'on a déjà déchiré dans unede ses dispositions les plus graves, mais qu'on ne dé^ truira pas tant que l'amour de la patrie et le sentiment de la civilisation présideront à nos destinées : dans l'intervalle de cette seconde guerre à la dernière , il s'occupa avec plus de soin de l'administration intérieure.Quelques désordres, plutôt l'œuvre de l'inexpérience que de l'improbité, s'étaient signalés pendant son absence. A son retour, il fit quelques déplacemens, rectifia quelques choix et donna à l'administration générale une impulsion vive mais constante. Sa mémoire étonnante le rendait maître non-seulement des choses par leur ensemble et, pour ainsi dire , par leur sommité , mais encore de tous les détails,

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aussi ses entretiens étaient-ils fort dangereux pour les hommes qui n'étaient pas parfaitement au courant des choses qu'ils étaient chargés d'administrer. Cette application continuelle à toutes les affaires, et son excellente méthode de les classer dans sa tête, a mis le comble à ses succès. Il m'est arrivé souvent de ne pas être aussi sûr que lui des distances, et d'une foule de détails de mon administration , qu'il savait assez pour me redresser. Je tiens de M. de Talleyrand que, voyageant avec lui pour revenir de Boulogne à Paris , peu de jours après le départ de l'armée des côtes pour les bords du Rhin , l'empereur rencontra un peloton de soldats qui venaient rejoindre et qui était restés en arrière ^ et ne sachant où retrouver leur corps. Il lui suffisait de savoir le numéro de leur régiment pour leur donner une juste direction; il calculait avec rapidité le jour de leur départ , le chemin qu'ils avaient pris , et la route qu'ils avaient suivie, et leur disait : «Vous trouverez votre bataillon à telle étape.i L'armée était alors forte de deux cent mille hommes. L'ordre admirable qui régnait dans sa tête et sa mémoire prodigieuse, le faisaient aimer du soldat autant que respecter par les officiers de l'armée. On savait

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qu'U n oubliait pas le nom d'un brave , et il suffisait de lui rappeler une action où Ton s'était montré avec courage pour qu'il récompensât; et quand il promettait^ il tenait constamment sa parole.

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