CHAPITRE in
GampagDe de 1809. — P>'oj®^ ^^ mariage et de divoroe» — Signalée confidence du maréchal ***, — Désespoir de l'impératrice. — Douleur réelle de l'empereur. — Courage de Joséphine. — Abandon presque général. »Mariage.-~Nais8ance du roi de Rome.
Js passe à la campagne de 1 809. Le succès dé la campagne de Wagram eut une influence sur les destinées de la France , moins parce qae la paix fut encore une fois donnée au continent, que par l'alliance des deux couronnes. Les premières ouvertures du mariage de l'empereur avec l'archi-duchesse Màrie-Louise eurent lieu à Vienne avec le
prince de Metternich , malgré les efforts d'un parti considérable qui repoussait cette alliance. Le premier soupçon m'en fut donné d'une manière singulière. L'empereur se trouvait assez embarrassé pour divorcer avec une femme qui méritait toutes ses affections^ et dont les adorables qualités l'avaient rendue l'idole des Français : il n'était pas fâché de recevoir un exemple, qui fît assez de bruit dans le public, pour que le passage devînt moins difficile; du moins je l'ai toujours pensé ainsi. Le maréchal***, le lendemain de son arrivée, vint me voir. ISaas étions amis depuis long-temps; sa confiance en moi était sans bornes , et il me parla de sa femme en homme fort mécontent. Je l'ai toujours cru jaloux , et je crois qu'il a toujours manqué de justice envers elle. Après m'en avoir parlé avec chagrin et en homme qui ne voulait plus habiter avec elle , il me raconta un eiitretien qu'il avait eu avec l'empereur , à Vienne. L'empereur, lui parlant de ses chagrins domestiques, lui proposa de les terminer en faisant prononcer^on divorce. <c Vous n'aurez point d'enfant d'elle, lui avait-il dit; cependant vous devez désirer de ne ne pas- laisser éteindre un nom comme le vôtre. Divorcez, et vous pourrez choisir dans les familles les plus élevées de la France
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une femme qui donnera des successeurs à votre rang et à vos dignités. » Le maréchal , en me faisant cette confidence et en me demandant mon conseil , était aussi loin que moi de soupçonner le motif secret qui avait fait parler l'empereur. Je ne doutais pas de la sagesse de sa femme ; elle avait des qualités fort estimables, et lui avait apporté une grande fortune : je lui conseillai de ne point prendre un parti qui pourrait lui laisser de longs regrets. U suivit mon avis, et je crois qu'il fit bien. Peu de jours après^ l'empereur revint de l'armée, et au bout de deux mois il alla s'établir à Fontainebleau. J'y allai moimême presque aussitôt. A peine étais-je arrivé, que l'impératrice me fit donner l'ordre de me rendre par un escalier dérobé dans son appar-^ tement. Je la trouvai abattue , et le visage ému , altéré par la plus profonde commotion, a Fouché sort de chez moi , me dit-elle , et voici ce qu'il m'a dit : — U faut, madame , que votre majesté donne à la France et à l'empereur un grand témoignage de votre dévouement. L'empereur doit laisser après lui des enfans qui puissent le continuer, et donner à la France une famille qui ôte aux Bourbons toute espérance de retour. Dix années de mariage ne permettent
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plus à la nation et à l'empereur d'espérer des enfans de votre majesté. Vous êtes le seul obstacle, sous ce rapport, à la consolidation du bonheur de la France : daignez suivre le conseil d'un homme qui vous est dévoué. La situation singulière dans laquelle vous vous trouvez vous impose , au nom de votre gloire et de l'intérêt de tous, un grand sacrifice. Je sais combien il vous sera cruel; mais votre âme élevée saura s'y rési* gner. L'empereur ne le consommera pas : je connais son attachement pour vous. Soyez plus grande qu'il n'est grand , et donnez ce dernier gage de votre dévouement à la patrie et à l'empereur; l'histoire vous en tiendra compte, et votre place y sera marquée au dessus des femmes les plus illustres qui ont occupé le trône de France. — Je fus si déconcertée de ce discours , ajoutât-elle , que je ne pus lui répondre que je réfléchirais à cette étrange proposition^ et que je lui donnerais une réponse dans quelques jours. Conseillez -moi donc, me dit-elle, vous qui m'êtes attaché comme parent , et comme homme dévoué. N'est-il pas évident que Fouchéest envoyé par l'empereur , et que mon sort est décidé ? Hélas! descendre du trône est peu de chose pour moi ; qui sait plus que moi combien j'y ai répandu
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de larmes? mais perdre en même temps Thomme à qui j'ai consacré mes plus chères affections, le sacrifice est au dessus de mes forces. » — Je pensai , avec l'impératrice , que Fouché avait été envoyé par l'empereur ; mais cette étrange nouvelle m'avait surpris autant qu'elle ^ et je lui demandai quelques heures de réflexion pour lui répondre. Il ne me fallut pas de longues méditations pour être convaincu que , soit que la proposition eût été faite par ordre de l'empereur, soit que Fouché voulût avoir la gloire d'opérer un tel changement, elle présentait trop d'avantages pour être abandonnée, et que le sacrifice devait être consommé. Cependant je connaissais trop la tendresse de l'impératrice pour son mari pour n'être pas persuadé qu'elle n'irait jamais au devant du sacrifice. Je lui étais dévoué depuis long-temps , j'étais l'ami de son fils et le mari de sa nièce : il n'était donc pas convenable que je l'encourageasse dans un projet qui pouvait bien n'être que celtii d'uu ambitieux, et que je rompisse tous les liens qui m'attachaient à cette famille : et je ne parle pas ici des liens qui pou* valent m'être utiles , mais de ceux de l'amitié. Je me suis, d'ailleurs, toujours défié de cette sagesse humaine qui prétend gouverner les événemens
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en les prévoyant. Il n'appartient qu'aux âmes les plus éclairées et les plus fortes de prévoir, encore se fourvoient-elles souvent, rengageai l'impératrice à se taire sur cet objet, à voir venir l'empereur , et à déclarer à Fouché que son pre« mier devoir était l'attachement à l'empereur, et le second^ l'obéissance; qu'ainsi elle ne voulait plus entendre parler de cette afi&ire que par l'homme qui était le maître de sa destinée* Ce conseil lui convenait ; elle le suivit. Mais la catastrophe ne tarda pas à éclater. Tout était sans doute conclu avec l'Autriche, lorsque l'empereur fit venir le prince Eugène d'Italie pour consoler sa mère au moment fatal de son divorce; et peu de jours après il tint un conseil particulier où furent admis, outre les grands officiers et les ministres , les membres de la famille. Il établit dans son conseil les motifs qui le décidaient, pour l'avantage de l'état , à chercher dans une autre union l'espérance perdue depuis longtemps de se donner une postérité directe. Il- fit entendre ensuite qu'il était maître de choisir une nouvelle compagne soit dans la maison d'Autriche, soit dans la maison de Russie, soit dans les maisons souveraines d'Allemagne. Les grands officiers de l'empire et les ministres ^ proba- '
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blement instruits de sa secrète détermination , donnèrent leur opinion pour une princesse autrichienne. Le prince Eugène la partagea , et apporta pour principal motif la religion catholique dans laquelle l'archi-duchesse était née.Xe roi de Naples se prononça pour une princesse russe , et motiva son opinion sur l'avantage que présentait cette union avec le souverain le plus puissant de l'Europe et le plus éloigné de la France; il combattit Talliance avec l'Autriche par tous les inconvéniens dont l'histoire nous avait donné une triste expérience, — « Une alliance de famille^ ajouta-t-il, n'a jamais donné à la France que des aubaines fâcheuses. La France sera obligée de supporter toutes les fautes de ce gouvernement, et d'en partager les pesans et dangereux fardeaux. Sa situation seule peut la décider à conclure une union que , dans ses idées de fierté , elle doit en secret détester. C'est particulièrement elle qui a donné à cette pensée toute la force d'une maxime , que les souverains n'ont point de parens. La France sera forcée de la soutenir à grands frais dans sa politique souvent si gauche ^t si peu loyale , et dans ses guerres si mal conduites ; et quand nous aurons besoin d'elle comme alliée^ nous ne trouverons en elle ni
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énergie ni fidélité. Une alliance avec la Russie ne nous présente aucun de ces dangers. » — Ces ob* servations étaient fort sensées, mais elles ne pou* vaient rien contre une résolution arrêtée. J'sû €utendu dire d'avance que des insinuations lui avaient été faites pour un mariage avec une grande-duchesse ; et la personne qui m'a confié le secret avait un tel caractère de probité, et était dans une situation si avantageuse pour être instruite des affaires les plus graves, que je ne peux avoir aucun doute. Cependant la détermination de l'empereur était alors si bien prise que le motif de la discussion dont je viens de parler ne doit avoir eu sa source que dans un sentiment de vanité auquel il n'était peut-être pas tout-àfait étranger, et dans un but politique que je n'ai pas su démêler.
Peu de jours avant il m'avait £sdt appeler. Il désirait qu'un ami de l'impératrice pût rendre moins amer le breuvage qui allait lui être présenté : sa pensée se fixa sur moi. — « La nation a tant fait pour moi , me dit-il, que je lui dois le sacrifice de ma plus chère affection. Eugène n'est pas assez jeune pour que je puisse le maintenir comme mon successeur : je ne suis pas assez vieux pour ne pas espérer d'avoir des enfans, et cependant
je ne peux en espérer d'elle ; le repos de la France exige que je me choisisse une nouvelle compagne. Depuis plpsieurs mois l'impératrice vit dans les tourmens de l'incertitude. Tout est terminé pour une nouvelle union. Vous êtes le mari de sa nièce; elle vous honore de son estime, voulezvous vous charger deluiannoncer cette triste nouvelle, et de la préparer à sa nouvelle destinée ?j> — Je lui répondis que iba position vis-à-vis de l'impératrice ne me permettait pas de me charger d'une telle commission , que l'attachement que je lui avais voué ne me donnait aucune raison plausible pour justifier une telle infortune, et qu'il me paraissait plus convenable que sa majesté voulût bien donner un tel ordre à quelqu'un qui fut dans une position moins délicate pour un tel ministère. Il ne me parut pas offensé de mon refus, et il en chargea M, N***, qui s'en acquitta avec délicatesse et succès. L'arrivée du prince Eugène fut une grande consolation pour elle.
Lorsqu'au conseil , devantl'empereur, en présence des grands-officiers de l'empire, elle fut obligée de déclarer qu'elle consentait au divorce , elle y déploya une telle grandeur de courage et une telle fermeté d'âme que tous le monde en fut profondément ému. Le lendemain, elle quitta
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les Tuileries pour n'y plus rentrer. L'empereur avait passé quelques heures la veille auprès d'elle; sa douleur était profonde, et cet homme, que les événemens les plus graves n'avaient pu arréterni émouvoir un instant, fléchit le genou devant cette excellente femme et répandit des larmes abondantes. J'étais allé la voir le matin de son départ. Quelques personnes de la cour vinrent froidement lui faire leurs adieux, et lui ofl&ir avec embarras des vœux sans sincérité; et quand elle monta en voiture avec la comtesse d'Alberg , sa dame d'honneur, et avec son chevalier d'honneur, il ne restait plus personne pour lui présenter un visage reconnaissant. Déjà tous les vœux , toutes les prétentions étaient pour la nouvelle cour. L'empereur se retira à Trianon pendant quinze jours. Sa douleur y fut vraie et profonde. Mais l'archi-duchesse arriva , et dès ce moment il se livra à tout le plaisir que lui promettait cette nouvelle union.
La fortune, qui jusqu'alors avait secondé son génie, lui donna cette nouvelle faveur sans réserve. La nouvelle impératrice était d'une taille élevée et bien faite et d'une santé robuste; elle se présentait parée des grâces et de la beauté qui accompagnent ordinairement la jeunesse. Sa
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figure était remarquable par tous les caractères de physionomie qui distinguent la famille impériale d'Autriche, mais avait éminemment celui de la bonté; et, contre l'ordinaire de la famille, son sourire était aimable et doux. L'éclat qui l'environnait, la splendeur du premier trône de L'univers, tous les arts jaloux de lui plaire , une cour jeune , brillante et guerrière à ses pieds , l'empressement de l'empereur, dont elle avait l'imagination frappée depuis plusieurs années, lui rendirent le séjour de Paris enchanteur. Elle s'en expliqua souvent avec une naïveté et une chaleur qui la faisait aimer. Les cérémonies du mariage se firent avec une grande pompe. Beaucoup de gens cependant se rapelaient l'arrivée de l'archi-duchesse Marie- Antoinette et de la fatale soirée du feu d'artifice donné sur la place Louis XV, où tant de gens périrent. On se plaisait dans le public à comparer ces deux époques , et surtout à l'occasion de la fête donnée au Champ-de-Mars par la garde impériale ; fête superbe où l'ordre le plus admirable avait régné au milieu de six mille personnes réunies danç une salle en bois bâtie à la hâte , et entourée de plus de quatre* vingt mille personnes accourues pour jouir du feu d'artifice. Toutes ces réjouissances étaient ter-
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rainées, lorsque Tempereur ne crut pas devoir refuser une soirée offerte par l'ambassadeur d'Autriche, prince de Schwarzenberg, dans son hôtel rue du Mont-Blanc. La réunion était de six cents personnes au moins, et pour contenir tant de monde dans un hôtel peu considérable , l'ambassadeur avait fait construire en bois une salle en rotonde dans le jardin^ mais faisant suite aux appartemens. de l'hôtel. L'architecte n'avait mis que quatre jours pour terminer tous les préparatifs. Il eut le malheur de fixer le plancher de la salle, d'un côté aux marches de l'hôtel sur le jardin , et de l'autre côté sur le rocher d'une grotte, qui n'avait jamais, je crois, connu im filet d'eau. La galerie, également en bois, avait été construite pour servir de sortie sur la rue de Provence. C'était au commencement de Tété, la chaleur était extrême; des draperies en gaze, en mousseline, et des guirlandes à profusion , entouraient le salon et toutes ses avenues. Une immense quantité de bougies échauffait encore l'atmosphère, et communiquait à tous ces ornemens une sécheresse inflammable. Une bougie s'inclina près d'un rideau de la galerie, et y mit le feu; un chambellan, . dont la taille était très-élevée, s'en aperçut et
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Tarracha; mais la flamme s'étendit avec une telle rapidité qu'elle gagna en quelques secondes le salon y et se répandit brusquement autour de la salle. Tout le monde se précipita dans le jardin. Mais comme il n'y avait quune porte , la foule se pressa sur un seul point, brisa les planches du parquet, et beaucoup de personnes tombèrent au fond à plus de cinq pieds. Alors le désordre fut au comble, les cris de désespoir et d'effroi , l'épouvante et le désir d'échapper au danger, qui ne connaît plus ni le sexe ni le rang, rendirent cette scène affreuse. Bientôt le feu ayant atteint et consumé le comble de la salle, le plafond s'abîma 9 et ne présenta plus qu'une vaste fournaise. L'incendie avait tout envahi en trois minutes. Le feu dévorait ses victimes jusque dans les jardins et même dans les rues , où elles se sauvaient demi-nues et les restes de leurs vétemens enflammés. L'empereur s'était retiré au moment où le feu gagnait le salon; mais après avoir mis l'impératrice en sûreté, il revint promptement en habit de ville avec le prince Eugène, qui avait sauvé la princesse Auguste par une grande présence d*esprjt. Alors le spectacle était horrible: de malheureuses femmes, tombées sous le plancher, avaient cherché à gagner l'issue qui