‹ Mémoires et souvenirs du comte Lavallette, aide-de-camp du général Bonaparte, conseiller-d'étatChapitre 41 sur 47 · II · texte numérisé non relu

II

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sur ma jaineiit bien harnachée , comme si f allais passer une inspection ; qne Htittchinson se tiendrait k côté an cabriolet, s'entretenant avec nous, et que^ dans le cas où il sanriendrart quelque embarras , Lavallette monterait sur son cheval , et moi sur la jument , afin d^étre plus libres et de gàgn^ de vitesse.

J'aurais eertaitiement préféré passer les bar^ rières à cheval ^ mais nous pensâmes que notre 'façon toute anglaise de monter à cheval pourrait attirer l'attention ; et qu'en les passant en plein jour, et, dans un cabriolet découvert, cela an- .noacerait trop d^assurance pour excitar le soupçon. .Enfin, l'heure fixée pour le départ étant proche, Huttchinson, Ellister, Bruce et moi, nous nous réunîmes dans l'appartement de Huttchinson, squs le prétexte de boire un bol de punch : c'était le moment qui devait offrir à nos regards ttb homme dont le sùrt reposait sur les plans que bous ovièAs fermés pour lé sâUter, -et dont les jcNArs afvàîent déjà ^té ebtiiptés par ses , ennemis^ un homme qui était l'objet de toute la rhaifie et de toute l'alfectioD des partis opposés, ,et qui , sll venait à être découvert^ serait pour . nous^l'joccasion de tous ks maux que des ennemis et même des amîs, trompés dans leur attenté,

»u toMTE tkykthtn^. 3îi5

pourraient causer soit coimne cbàtinient^ soit trorame reproches. Bruce alla sur Tescalier, et aussitôt Layattette le ^rit par la maiti , et nous •TÎmes devant nous ce personnage si digne d'in^ térét. U était vêtu d'un uniforme bleu , et asse2 bien déguisé pour n'être pas remarqué néme dans Tappartement d'un Anglais. L'ami qui l'avait conduit n'entra pas, mais ii remit à Huttchinson p<Mir Lavallette un pistolet à deux coups que Je possède aujourd'hui. Celui-ci parut d'abord très*^mu, mais nous ne lui permîmes pas de donner cours à sa reconnaissance; et peu d'inélans après, Ellister et moi nous nous retirâmes^ «t le bbsâmes aux soins de Bruce €t de Huttchin» son. A ndnuity Bruce se retira^et il se coucha sur Un Ut qui lui avait été préparé. Une demi4ieure après, on vint frapper à la porte : Lavallette sauta de son lit> en s'écriant: a Nous sommes perdus! » Mais Huttchinson sut bientôt que c'était un offi* cier français ivre, qui, en se retirant dans sa ehand>re , avait £siit ce bruit c vous pouvez bien penser qu'aucun de nous ne passa une nuit bien tranquille, et dans le fait je n'étais pas sans inquiétude, tant que je savais que Lavallette était encore à Paris ; car j'avais aussi à penser à ma fetnille. J'avais seulement dit à madame

Wilson que j'étais engagé dans un plan tendant à sauver un des proscrits , et que j'étais obligé de cacher son nom et les arrangemens pris. Je crus ne pas devoir, pour le moment, lui en dire davantage ; mais elle aurait su garder le secret sur le tout , s'il avait été nécessaire, et aurait même , je suis sûr, donné bien volontiers toute l'aide qui aurait dépendu d'elle. Peut-être soupçonna-t-elle toute la vérité d'après mon air d'inquiétude; mais je dois dire à sa louange qu'elle ne me dit pas un seul mot qui me donnât à penser qu'ellecherchait à me détourner de mon projet, quoiqu'elle eut beaucoup à souifrir, et d'autant plus que le moment approchait où j'allais me livrer au chapitre des événemens, chargé d'un dépôt précieux.

Je me trouvai à la porte d'Huttchinson à sept heures et demie; cinq minutes après j'étais monté pour appeler Lavallette, et nous étions en route pour la barrière de Clichy. Nous rencontrâmes un officier qui parut surpris de voir un offîder général qu'il ne connaissait pas; mais mon domestique éluda toute question. Je passai la barrière à un pas modéré : les gendarmes nous re* gardaient fixement , mais le mouvement de la présentation des armes £sicilita à Lavallette le moyen de couvrir son profil dans le salut. Quand

nous futnes passés , I^vallette pressa sa jambe contre la mienne , et lorsque que nous ne craignîmes plus d'être observés, tout son visage était rayonnant de plaisir à cette première fsiveur de la fortune.

La route était couverte de toute sorte de gens; mais lorsque nous rencontrions des voitures publiques, j'engageais la conversation bien haut en anglais , et je remarquai que le chapeau garni d'un plumet blanc , que Lavallette tenait à la main j attirait les regards des voyageurs , et nous dérobait à leur curiosité.

Lavallette a des traits si bien prononcés et sa figure est si bien connue de tous les postillons et de tous les maîtres de poste, que la plus grande précaution lui était nécessaire pour ne pas être découvert. A La Chapelle , nous changeâmes de chevaux, et nous eûmes un moment d'alarme à la vue de quatre gendarmes qui rôdaient auprès de nous; mais^Hutchinson à qui ils s'adressèrent, nous en débarrassa , en répondant que nous venions choisir des cantonnemens pour une division anglaise. Nous fumes obligés de passer près d'autres gendarmes qui avaient le signalement de Lavallette; et on peut remarquer, en passant, qu'il a été distribué à presque tout le

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moade en France. En approchant de Compiègne^ j'aperçus quelques cheveux blancs qui sortaient de dessous sa perruque brune^ et ayant heureusement des ciseaux sur moi, je fis sa toilette^ chemin faisant. A l'entrée de Compiègne , nous trouva* mes le sergent annoncé par le capitaine Fennell^ qui nous conduisit par la ville dans un quartier trèsi-heureusement choia!, car nous ne fumes point inquiétés par les spectateurs dans leà rues*

Personne na faaus vit entrer^ excepté des soldats et des domestiques anglais ^ qui seuls nous servirent pendant que nous attendions la veA^ ture. M. Fonitell nous offrit une colktkm qui ne nous aurait pas arrêtés comme Louis X¥I^ mais qui nous procurait un fort agréable empka da temps,, qui d'ailleurs pesaîl: sur nos têtes , el qu'autremeni nous aurions perdu; enfin v«rs la nuit, ainsi qu'il avait été convenu» EUbtar arriva avec la voilure ( qui était sortie par la barrière Saint-Denîs, après avoir été suivie jusqu'à La Chapelle par des gendarmes) ; leschevaux étaient commandés de suite.

Le postillon étant venu seul , je fis allumer les lampes de la voiture , d'abord pour assurer notre route et pour annoncer que nous étions sans inquiétude dans l'intérieur. Nous quittâmes nos

DU COMTE LAVAIXfiTTS. SSg

aipis f e^ nous moi^tâoies dans cette vpiture , qui deyaiit être pour nous un char funèbre ou le char de la fortune. Noua étions bien armés et préparés à &ire rési&tancç en cas d'attaque. Mais je compris plus sur la présence d'esprit que sur la force , s'il survçnfiit quelques difficultés.

Nous fumes souvent questionnés aux diffé-^^ rentes msusoQ^ de poste; mais ie colonel liosack"^ se tenait toujours en arrière, et j'avais soin de bien couvrir la portière. Mon dpmestique et le ^postillon disaient k chaque relais que c'étsât un général anglais ; et ma voiture étant anglaise pro*. duisit un très-bon effet. Je doisfaire observerque npu^ nq prîmes que trçis cbevi^ux et u^ courrier, d^ns. la craint^ que quatre chevaux île prouvassent nptre ^mpati^nce pu au inoiDs up trop grand bqsoip d« célérité ; et 4'^iileur6 nous évictions t par cp moyen f les regards du second postillon qu'il aurait fallu prei^dre , et qui aurait pu être uu argus pour UPUS*

Nous n'éprouvâmes jauç^n retard jusqu'à Cam*^ bray, où nous perdîoies t^rois bieures ^ux portes par les mauvaises 4l3ppsîtij(Hi^ de la sentinelle anglaise, qui, n'ayant pas d'ordre pour appeler

* Céuît le nom do ^;raUctle.

36o MEMOIRES ET SOUVENIRS

le portier préposé pour faire entrer les courriers pendant la nuit, ne voulut écouter ni prières ni menaces ; négligence qui a déjà eu de trèsgrands inconvéniens pour les communications du gouvernement, et qui aurait pu nous être funeste. A notre passage à Yalenciennes , nous fumes sévèrement examinés jusqu'à trois fois, et nos passe-ports furent portés au commandant de la gendarmerie. Cependant nous passâmes outre, et, à peu près à cinq milles de là, noqs eûmes le bonheur de franchir la dernière barrière « où Ton nous fit subir un dernier exa-

Je n'essaierai pas de dépeindre les sentimens de Lavallette. Je dirai que , dès ce moment, son esprit parut tout«à-&it calme : il n'était pas seulement sauvé, il triomphait; il paraissait surtout sensible à l'idée que le dévouement de sa femme avait été couronné du succès.

Nous ne nous arrêtâmes qu'à Mons. Là , nous dinâmes, et primes «des arrangemens pour le voyage ultérieur de Lavallette. récrivis plusieurs lettres pour lui faciliter les moyens de parvenir à sa destination , et ayant pourvu à tout ce qui était nécessaire pour sa sûreté et sa satisfaction , je pris congé de lui ; et je suis arrivé à Paris hier

DU GOMTS LAVÀLLBTTE. 36 1

soir, par la route de Maubeuge , Soissons j et la porte Saint-Martin.

N'ayant été absent que soixante heures , mon voyage n'a pas dû être beaucoup remarqué y et y jusqu'ici , je n'ai à craindre aucune conséquence fâcheuse de mon entreprise. Je n'ambitionne pas l'emprisonnement ni la perte de mon état, mais je m'étais résigné à tous les deux, et même à plus, avant de m'embarquer dans cette entreprise ; mais il n'y a pas d'apparence que j'aie à regretter une tentative qui a si complètement réussi.

J'ai quelquefois eu Fidée de communiquer confidentiellement au duc d'York ce que j'ai Élit y afin de ne pas encourir le soupçon de cons* pirer clandestinement : mais je crains de com ^ promettre ceux dont je suis obligé de défendre les intérêts; et par conséquent je me borne , pour le moment, à vous faire part de ce qui s'est passé, en vous priant de faire parvenir cette lettre à mon frère, à ArundeP, lorsque vous l'aurez lue, n'ayant pas le temps de lui écrire , et craignant, dans le fait , d'envoyer à son adresse une lettre à ce sujet.

J'ai dû, comme vous le pensez, obtenir des

* Ville do comté de Sassex.

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renseigoemens d'un grand intérêt ; mais j« dois attendre, pour vous en faire part, que je tous écrive de nouveau , et par des occasions sûres.

le serais bien aise que lord Holland fut instruit de ce que f ai &it ^ car il connaît LAvallette et s'est intéressé pour lui ; je Tai dit à ce dernier, qui l'a appris avec reconnaissance.

Lavallette lui enverra sa protestation relative à la convention , et réclamera sa protection dés que madame lAvallette sera sortie de prison et sera en sûreté. J'espère pouvoir me procurer l'opinion écrite de Fouché à ce sujet, et l'explication des motifs qui l'ont porté à signer la liste des proscrits. Il paraît qu'il a cédé au dé^r d'en sauver beaucoup d'autres.

Je viens d'apprendre que Soult doit être porté sur la première liste , et que les princes font tous leurs efforts pour assurer sa condamnation et son exécution : comme cette nouvelle vient de quelqu'un qui est dans la Confidence de Feltre f j'en avertirai Soult.

Pour toujours, mon cher lord , bien sincèrement.

Signé R. W.

Il ne pourra m'étre que très-agréable d'avoir votre opinion. Faites-moi savoir, le plus tôt pos-

siUe , si je dois écrire au duc , ou prier Gordon de lui parler.

Je regrette de ne pouvoir recopier ma lettre, mais je n'en ai pas le temps , et il faut me pardonner si je vous oblige à me déchiffrer, lord H. venant de m'envoyer une lettre qui me tiendra une semaine à lire.

Signé R. W.

LE COMTE LAYALLETTE

A MAPAMS LA nUGHESSE D£ RAGUS£.

Des borda da lac de Starnberg, le a8 jnîllit i8z6.

Je ne sais pas comment vpus exprimer , cfaère amie , tout ce que j'ai éprouvé à la vue et à la lecture de votre lettre. On m'avait dit que vous étiez de ce côté-ci*; je n'osais le croire. Mais une lettre de vous , je n'y pensais pas ; et je suis si loin de toute civilisation qu'une lettre d'un être vivant, d'une amie^ me fait une impression terrible. Depuis ce matin , je l'ai relue dix fois ,

* Madame la dachease de Eagase était alors i Baden.

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et les détails qu'elle contient m'ont fsàt pleurer comme un enfant. C'est la seule qui me donne des détails sur cette funeste époque ; et vous y avez mis un tel charme, une naïveté si vraie, que j'ai retrouvé, en la lisant, tout ce qui m'avait si profondément agité dans ce dénouement si extraordinaire.

Il est donc vrai que ma pauvre Emilie * se porte bien : on me l'avait dit , mais pas comme vous. Je vous félicite toutes deux de vous être rapprochées. Vous êtes digne de la comprendre « et de l'aimer. Us ne l'entendent pas, dans le monde. Us n'ont jamais su ce qu'elle avait de noble , de dévoué , de courageux , avec cette figure si calme , si tranquille et si froide en apparence. Soignez-la tous , je vous en prie : veillez sur elle et ne soufïrez pas que les misérables la tourmentent. C'est un être sacré, l'honneur de son sexe; et ce serait une honte éternelle qu^on lui fit expier , par des persécutions , une action si noble et si généreuse. Quant à moi, chère amie, j'ai passé cinq mois dans la plus profonde solitude, avec une énergie de cœur et une hauteur d'âme dont je ne savais que faire (c'est assez;

* Madame LaTallette.

ou COMTE LAYALLETTE. 365

VOUS dire que je n'étais pas découragé), mais avec une douleur qui me jetait dans les convulsions. £t Cependant je ne maudissais pas l'humanité ; car, quel est Thomme qui a moins à s'en plaindre ?Parens, amis, domestiques, et jusqu'à des étrangers , tout a été parfait pour moi. Dans ce pays-ci même, je n'aurais qu'à me nommer pour trouver des amis; et à la honte éternelle de ces misérables, je pourrais parcourir le continent, leur écriteau sur'lai poitrine^ sans rencontrer une insulte. C'est là ipa- consolation. Mais mon pauvre cœur est si malade, si horriblement déchiré, qu'il me faut un courage, qui s'épuisera, pour supporter ma position. Je fais cependant tout ce -qu'il faut pour me distraire. Je vis dans un trou, dans les montagnes, au milieu des eaux. J'ai pour compagnon un bon jeune homme , dessinateur habile, et avec lequel je travaille une partie de la journée. Je passe l'autre partie à recommencer les études de ma jeunesse, et avec ces colosses de l'antiquité qui se jouaient de l'adversité et supportaieiit le malheur avec tant de noble3se et de grâce. Je prie et je pleure en pensant à tout ce que j'aime, et à ma pauvre patrie , tombée dans un tel avilissement que je n'ose plus la nommer. J'apprends la langue du

S66 MÉKOIRSS ET SOinTENlRS

pays , car mon compagnon ne sait pas un mot ée la mienne. Je cause avec des paysans qni soppoi*tent tranquillement leur position , qui sont gou^ vernés par un souverain qu'on me loue pas dans les gazettes, mais qu'on bénit dans les chaumié*res; qui ne connaissent ni mon nom ni mes infortunes , mais qui paraissent disposés à m'aimer , parce que fe n'ai pas l'air d'un méchant homme^ et que je leur fais du bien.

Les misérables qui m'ont si cruellement traité ne se doutaient pas que cette femme si faible , si malheureuse, si accaUée, serait plus forte et plus courageuse qu'eux tous. Je ne leur veux aucutt mal : le plus prcrfbnd mépris m'en a fait justice } mais je doute qu'ils se trouvent bien en continuant de parcourir cette route de sang.

Je ne vous parle point de l'ami que j'ai ici ** : mi frère aurait été moins bon , moins généreux, je le vois ^ lui et sa Êiitiillé, souvent depuis queU ifue temps. Ce soni; des anges de bonté ; il est heareox! et ce spectacle de bonheur me £rit grand bien.

^ L» prince Eagène.-

Btr COMTE LAVALLETTB. 36^

Vous avez donc vu wêbl pauvre petite José-* pbine. Mon Dieu ! que deviendra*t-el)e ? Je frémis en pensant qu'elle sera peut^re un jour bien malheureuse. Hélas ! il m'eût été si doux de perfectionner son éducation ! Quand je pense à tout cela ) je me frappe la tête contre les mu-^ raifles et je ne sais ce que je ferais contre moi. Ditea^moi , répétee-moi , avec ^me noble amie * qui a été si admirable pour moi , et qui voyage aussi de ce côté; répétes&-moi toutes que je vous reverrai , que je jouirai de votre bonheur. Car , pqur le mien, tout est fini, et j'ai le pressentiment qu'un petit ooin de terre m'attend, dans un cimetière de village.

Aimable Caroline ** ! elle est donc avec vous. Que Dieu, vous bénisse ! elle mérite une telle amie. Dites-moi donc où est son mari. Ëst-il vrai qu*il ait pris la route de l'Orient? Où \a-t-il ? cela m'inquiète, car c'est un des plus nobles caractères que j'aie trouvés* Vous reverrez nos bons amis MoUien. Dtt)es-lui que je l'aime et que je pense à lui tous les jours et long-temps chaque jour. Embrassez sa douce compagne ;

* La reine Hortense.

** If «dame LaQemant, femme da généraL

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je lui souhaite du booheur. C^est la dernière per^ sonne que j'aie vue; car c'est en sortant de chez elle que j'ai perdu ma liberté, et sa tendre compassion m'est restée dans le cœur... Enfin, embrassez aussi Fréville ; il m'a donné une preuve d'amitié , dont j'ai gardé un doux souvenir. Pensez tous à moi, et vous surtout, chère amie, dont j'aime tant le noble caractère et l'âme si courageuse. J'espère que Vous aimez mes chers Anglais. Faut-il qu'une si belle action leur ait attiré une si odieuse persécution? Que vont-ils devenir? Si le malheur de Sruçe est réel, que cela me rendra malheureux moi-même ! On paie cher une noble conduite : le vice est plus. heu* reux! Adieu! adieu.

P. S. Si vous êtes rentrée lors de la fête d'Emilie, envoyez-lui une fleur de ma part. Voilà im mot pour elle.

DEUXIEME lettre; IJS MÊME A LA MÊME.

Des bords da bc de Starnberg, le 14 août 1S16.

Je ne vous parle pas du plaisir que m'a fait votre lettre, chère amie; ce serait ridicule. Il

DU COMTE LAVÂLIiETTE. ^6g

faut cependant que vous sachiez que le jour où je l'ai reçue , avant-hier j je l'ai lue deux fois le matin, et le soir encore deux fois. Il me semblait vous entendre et presque vous voir. Le matin^ je suis allé la lire au fond d'un bois qui entoure mon ermitage, menacé par un orage qui. ne m'aurait pas chassé, si je n'avais craint de mouiller votre chère écriture. Que les consolations de l'amitié sont douces au coeur du malheureux!

Les tourmens passés s'évanouissent en vous lisant ; l'avenir semble me sourire, et mon infortune a des charmes , en pensant que , dans une autre situation, je n'aurais pas eu de si douces jouissances.

Quelques jours avant l'arrivée de votre lettre, j'ai éprouvé un moment de bonheur bien vif. Le beau>>père * de mon ami , que vous avez vu aux eaux, est venu dîner chez son gendre , avec son fils. Il avait mis pour condition que je m'y trouverais. Il m'a parlé de vous , avec des éloges si vrais et si aimables , qu'il m'en a paru cent fois plus respectable. Il y est revenu à plusieurs fois, et son fils^ussi. Son accueil a été parÊdt. Il m'a traité avec une bonté , une délicatesse que

* Le vieax roi do Bayière.

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