ESSAI HIST. T. I
des Anglais. Bliicher réussit en effet à réunir, dans la journée du 15 et dans la matinée du 16, trois corps d"'armée commandés par les généraux Zietten , Pirch et Tliielman ; le 4« corps , sous les ordres de Bulow , et composé en grande partie de landwehr , arriva . le 16 au soir, à Gembloux. Wellington, au contraire, qui avait partagé son armée en deux corps, sous les ordres du général Hill et du prince d'Orange, ne put réunir le 16 aux Quatre-Bras que sept à huit mille Belges et Brunswickois , un corps d'Ecossais qui se battit avec résolution et une division anglaise commandée par le général Picton , et qui même n'arriva qu'à deux heures après-midi.
On voit que nous étions les maîtres , le 15 au soir, malgré le temps qu'on avait perdu , de nous diriger à notre choix sur l'armée prussienne ou sur l'avantgarde anglaise et de les écraser sans qu'elles pussent se donner aucun secours. Si l'on jette les yeux sur la carte , on verra que nous nous trouvions beaucoup plus près de l'armée prussienne , qui , d'ailleurs , était presqu'entièrement réunie , et que nous ne pouvions pas nous porter sur les Anglais sans lui prêter le flanc ; aussi ce n'était pas , comme le dit l'infortuné maréchal Ney, dans sa lettre du 25 juin à Fouché , sur Wellington « qu'il fallait marcher le 16 au matin , mais bien sur Blùcher, et il ne fallait pas concevoir la possibilité de donner deux batailles le même jour. « L'événement a pourtant prouvé que si on n'avait pas rendu le l^*" corps tout-à-fait inutile , ces deux batailles auraient été gagnées.
Tout m'iitaire à qui on présentera la situation tirs
armées ennemies ainsi que la nôtre , va croire que l'Empereur ne laissera qu'un corps d'observation avec quelque cavalerie sur la route des Quatre-Bras , et qu'avant d'arriver à Frasnes par la chaussée Brunehaut, le î^"* corps tout entier, une partie du second et les deux divisions de grosse cavalerie, commandées par Kellermann , se dirigeront à la pointe du jour sur Wagnelée et Bry, pour séparer tout-à-fait les Anglais des Prussiens et tourner la droite de ceux-ci. Il n'en fut pas ainsi ; l'Empereur revint à Charleroi d'où il ne partit que le lendemain très tard.
11 était plus de dix heures du matin et nous étions encore en observation devant Fleurus où l'on aurait du entrer la veille. L'Empereur arrivait alors par la grande route dans sa voiture , avec une escorte de cavalerie et suivi de quelques autres équipages 5 il ne croyait pas à la présence de l'ennemi et n'en fut convaincu que par une canonnade qui le fit descendre de sa voiture ; il alla trouver Vandamme qui lui annonça vainement la réunion des Prussiens ; il envoya plusieurs officiers pour s'en assurer , et pendant ce temps nos troupes se mirent en marche et entrèrent dans Fleurus que l'ennemi ne chercha pas à défendre. L'Empereur ne voulait pas croire à la réunion de ces forces : vers midi , il monta sur un grand moulin qui est en avant de Fleurus sur la gauche de la route, et de là il vit quatre-vingt mille Prussiens sur l'immense plateau qui s'élève derrière la petite rivière de Ligny s'étendant de Bry à Sombref ; ayant la masse de leurs forces au moulin de Bussy et occupant, en avant de leur position et au bas du plateau , les grands villages
de Saint-Amant et de Ligny qu'ils avaient fortifiés à la hâte. Cette position était belle et imposante. M. AValdech l'avait occupée en 1674 devant M. de Luxembourg et nous aurions dii l'attaquer comme ce dernier l'attaqua.
L'Empereur donna aussitôt des ordres pour que la garde et le 6« corps , qui étaient déjà en mouvement, hâtassent leur marche : ses premières dispositions annonçaient qu'il avait bien apprécié la position de l'ennemi et découvert au premier coup-d'œil le vrai point d'attaque. Le 4^ corps et la division Girard du 2^, eurent ordre de marcher en colonne derrière le ô« qui devait attaquer St. -Amant , et de faire tête de colonne à gauche pour envelopper la position et tourner la droite de l'ennemi. Le 6^ corps et la garde auraient sans doute fait de fausses attaques sur Ligny et la cavalerie eût contenu la gauche des Prussiens ; mais , soit crainte que l'ennemi ne lui échappât pendant qu'on manœuvrerait, soit qu'il comptât que le général comte d'Erlon à qui il envoya l'ordre de se porter sur la droite des Prussiens, arriverait à temps , Napoléon changea tout à coup ces dispositions et livra une de ces batailles parallèles qui n'exigeait pas les combinaisons de son génie. Le général Vandamme , ayant la division Girard en réserve, attaqua Saint-Amant avec le 5<= corps : Gérard avec le 4^ se porta sur Ligny, et le général Grouchy avec une ou deux brigades d'infanterie et les deux corps de cavalerie des généraux Excelmans et Pajol, s'étendit à droite devant Sombref , Tongrenelle et Tongrine , direction où l'ennemi montrait beaucoup de cavalerie. La garde et le 6^ corps
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restèrent en position en avant de Fleurus et intermédiairement entre les ponts de St.-Amant et de Ligny ; deux divisions sous les ordres des généraux Milhaud et Delort augmentèrent aussi celte réserve.
Il était trois heures quand le feu commença. Nos troupes abordèrent avec le plus grand courage les villages que les Prussiens défendirent d'abord sans opiniâtreté ; mais leurs généraux envoyèrent de nombreux renforts , et le combat se renouvela à plusieurs reprises , ou pour mieux dire , il fut presque continuel dans les ruelles , les carrefours , les chemins creux , qui se trouvent dans ces deux villages , surtout dans celui de Saint-Amant qui a plus d'une demi-lieue de long, et qui n'est qu'un amas de fermes, de granges et d'échoppes. Ce fut le premier dont on s'empara , et même les divisions des braves généraux Habert et Berthezen n'en furent jamais repoussées. Il est vrai que lorsqu'on voulait déboucher du village, on était écrasé par l'artillerie des ennemis qui, placée sur l'amphithéâtre de hauteurs qui s'élève jusqu'aux moulins de Bussy, ne pouvait pas sur ce point être contre-battue par la nôtre ; mais quand ils s'avançaient , e\A aussi trouvaient la mort à l'entrée du village que nous ne pouvions franchir. Ils essayèrent un moment de le tourner par la droite et en suivant la direction que nous aurions dû prendre; mais la division Girard du 2« corps se porta à leur rencontre et les contint. Ce général , officier plein d'esprit et de courage , y fut tué ; ses deux généraux de brigade , Piat et Devilliers, officiers également distingués , y furent blessés.
Une autre tentative, faite à l'extrême gauche de
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notre ligne , n'eut pas un plus heureux résultat : les Prussiens , malgré un nombreux renfort qu'ils reçurent vers les cinq heures par la route de Namur, furent constamment contenus et repoussés par les bonnes dispositions des généraux Excelmans et Pajol. Le premier occupa même un moment les avenues de Tongrine et s'empara d'une batterie de canons qu'une colonne prussienne, qui voulait déboucher, avait à sa tête : les dragons du 5^ régiment se firent remarquer par leur audace à braver le feu de l'infanterie ennemie.
A huit heures le feu se maintenait encore sur toute la ligne , et notre artillerie , disséminée sur les hauteurs , faisait dans l'inlervalle des deux attaques un grand ravage parmi les Prussiens qui nous présentaient, comme l'a dit le général Drouot dans son discours à la chambre des pairs , des masses disposées en amphithéâtre, tandis que nos troupes étaient sur ce point ou éloignées ou dérobées par les sinuosités du terrain. Mais il fallait aborder l'ennemi pour décider la victoire. C'est alors que l'Empereur, voyant que nous étions tout-à-fait maîtres du village de Ligny , dirigea sur ce point huit bataillons de la garde et la cavalerie de réserve. Ces troupes débouchèrent au pas de charge avec les troupes du 4^ corps, qui n'avaient pas été engagées et qui se trouvaient sous les ordres du général Pecheux. Le général prussien Gneisenau, par un subterfuge indigne de ses talens et de son caractère , représente dans son rapport cette attaque audacieuse et brillante , « comme une surprise faite par une division qui, à la faveur de la nuit,
aurait tourné le village sans être vue , tandis que des régimens de cuirassiers prenaient à dos le gros de l'armée, qui était placé derrière des maisons. » La vérité est qu'on s'avança au pas de charge , au bruit de la musique et au cri de vive TEmpereur ! On franchit le pont, on gravit la hauteur, et tout ce qu'on rencontra fut tué ou mis en fuite.
La droite des Prussiens, tout -à- fait séparée de Jeur gauche, qu'on amusait vers Sombref et Tongrenelle , se retira dans le plus grand désordre , suivant le mouvement du centre qui fuyait devant nous , et prit la route de Tilly où elle arriva vers onze heures du soir dans une grande confusion. Malheureusement la nuit était close quand nos troupes eurent emporté les hauteurs , et on ne put pas poursuivre un ennemi qui était hors d'état de résister; il paraît même qu'on perdit tout-à-fait sa trace et qu'on ne sut pas le lendemain la direction qu'il fallait suivre. Cette assertion mérite une explication ; nous allons la donner.
Nous avons dit que le mouvement par Ligny séparait tout-à-fait la droite et le centre de l'armée prussienne de sa gauche qui était contenue vers Sombref et Tongrine par la cavalerie des généraux Excelmans etPajol et par quelques bataillons d'infanterie. Cette gauche qui n'avait pas été battue , qui avait peutêtre même lutté avec quelque avantage , puisqu'elle avait opposé cinquante bouches à feu à dix-huit que nous avions sur ce point, ne se relira pas avec les deux corps battus ; elle passa même toute la nuit dans ses positions et ne commença que le 17 au matin son mouvement de retraite vers Gembloux. C'est elle que
nos troupes légères suivirent, et, d'après leur rapport , on ne clouta pas que l'armée battue n'eût pris cette direction.
Telle fut la bataille de Fleurus où nous luttâmes contre trois corps de l'armée prussienne qui présentait plus de quatre-vingt mille combatlans. Le4e corps ne put arriver ce jonr-là qu'à Gembloux où il se réunit le lendemain au général Thielman. Notre force n'était pas de cent trente mille hommes, comme le dit le rapport officiel des Prussiens. Les seuls corps engagés furent le o^ commandé par Vandamme : ce corps , qui ne se composait que de trois divisions , n'offrait que quinze mille combattans ; le 5^ , fort de seize à dix-huit mille hommes, la division Girard , forte de neuf mille hommes et environ cinq mille hommes de cavalerie : total 45 à 46 mille hommes. Mais comme nous avons compté toute l'armée prussienne présente sur ce point, il est juste de compter aussi tous les Français qui pouvaient, au besoin, être employés dans l'action et alors , en y comprenant le reste de la garde et le faible 6« corps commandé par le comte de Lobau , nous trouverons à peu près soixante mille hommes qu'il a plu au général Gneisenau d'augmenter de plus du double.
Revenons au commencement de cette bataille et au mauvais emploi qu'on avait fait de la journée du 16. Si on s'était mis en mouvement de Charleroi à la pointe du jour 5 si l'Empereur s'était trouvé , comme autrefois , aux avant-postes , dès les premiers rayons du soleil, il eût reconnu l'armée ennemie, il eût donné sur-le-champ des ordres au maréchal Ney, mis
en mouvement toutes les troupes, et la bataille aurait commencé avec ensemble vers les neuf heures du matin 5 le corps du comte d^Erlon y contribuant , elle eût été plus décisive; sans ce corps même, elle eût été décidée vers trois heures et alors quels immenses avantages ces audacieux mouvemens sur le centre de toute la ligne n'eussent-ils pas eue ? Alors l'ennemi poursuivi au-delà de Tilly et vers Wavre n'eût pu s'arrêter qu'à S^-Hubert , position forte , il est vrai , mais qu'on eût tournée par un mouvement facile sur notre droite. Alors on eût jeté dès le premier moment des troupes sur la rive gauche de la Dyle j l'ennemi n'eût pas pu se concentrer à Wavre , se concerter avec Wellington , et la bataille de Waterloo n'eût pas eu lieu. Ce n'est pas la première fois que des victoires sont ainsi restées inutiles parce qu'on avait trop tard engagé le combat. Celles de Lawfeld , de Rocou , de Markick sont de ce genre; ce n'est que lorsqu'on veut combattre sans avoir de fortes espérances de l'emporter dans la lutte , qu'on est autorisé à livrer ainsi des combats qui ne peuvent pas avoir de grands résultats.
Pendant que nous combattions à Ligny avec une infériorité de forces qui ne nous empêcha pas de vaincre , une fausse manœuvre , ou du moins une manœuvre trop précipitée , et intempestive , nous empêchait d'écraser aux Quatre -Bras l'avant - garde anglaise.
Nous avons dit qu'après le passage de la Sambre l'armée s'était divisée en deux ailes, dont l'une suivait la route de Gosselies et l'autre s'échelonnait sur
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celle de Fleurus. La première se composait du l^"^ et du 2« corps et était sous les ordres du maréchal Ney ; le 15 , il repoussa les avant-postes ennemis et occupa successivement Gosselies , Frasnes . Mallet et Hippignies , mais le 1*^"^ corps ne le rejoignit pas et resta ce jour à Marchiennes ; le 16 on marcha sur les Quatre-Bras ; il eût été à désirer que le maréchal Ney se fût mis en mouvement spontanément et sur plusieurs colonnes; le terrain le permettait et alors il n'eût pas laissé derrière lui le 1'-'^ corps , dont l'Empereur disposa , dit-il , sans l'en prévenir. Il ne marcha qu'avec les trois divisions d'infanterie du 2^ corps qui étaient sous les ordres de Reille et quelques corps de cavalerie ; ces troupes se battirent avec beaucoup de résolution et il faut bien que leur audace ait fait une grande impression sur l'ennemi, puisque le duc de Wellington regarde comme une victoire de les avoir repoussées, se justifie par-là de n'être pas allé au secours de Blùcher , et ajoute : « L'ennemi nous attaqua à plusieurs reprises, avec des corps nombreux d'infanterie et de cavalerie soutenus par une artillerie formidable. « Le fait est que nous n'attaquâmes qu'avec environ quinze mille hommes d'infanterie qui luttèrent long-temps avec avantage contre les Belges , le corps de Brunswick dont le duc fut tué , les divisions anglaises des gardes , celles des lieutenans-généraux Alten et Thomas Picton et un corps d'Hanovriens , qu'on ne peut pas évaluer ensemble à moins de trente mille hommes. Aussi, après des prodiges de valeur , fûmes-nous obligés de renoncer à l'offensive et même y eût-il quelques désordres dans
une partie de la ligne. C'est alors que le maréchal Ney apprit que le 1^"^ corps qu'il faisait appeler à l'appui, avait été dirigé de Frasnes sur la gauche des Prussiens. « Le coup que me porta cette nouvelle fut terrible , dit-il dans le rapport que nous avons déjà cité , je n'avais plus sous mes ordres que trois divisions au lieu de huit sur lesquelles je comptais, et je fus obligé de laisser échapper la victoire. «
Le le» corps qu'on aurait dii mettre en mouvement à la pointe du jour, si l'on voulait l'employer utilement contre les Prussiens, fut renvoyé dès que l'Empereur jugea qu'il n'en avait pas absolument besoin ; il revint à la hâte , mais ne put rejoindre le maréchal qu'à neuf heures du soir, ayant ainsi perdu toute la journée à une marche et à une contre-marche inutiles. Ces dispositions sont incompréhensibles 5 il fallait que nous fussions frappés par le destin.
On vient de hre les explications données par le maréchal Ney; il est juste de rapporter les reproches que l'Empereur lui adresse. Sans doute ce dernier se serait montré plus généreux en n'accusant pas le héros qui mourut pour lui; mais la vérité de ses assertions importe plus à l'histoire que leur moralité; mais Napoléon aUssi est descendu dans la tombe : la postérité a commencé pour lui comme pour le maréchal Ney; et le respect dii à une grande infortune s'étend sur tous les deux. Nos lecteurs prononceront '.
■ Le 16 juin , un officier d'état-major de la gauche fit le rapport que le maréchal Ney , au moment où il prenait les armes pour marcher à la position en avant des Quatre-Bras , avait été arrèlc
La perle des Anglais, au combat des Quatre-Bras , fut très considérable : la nôtre est portée dans le rapport officiel à quatre mille deux cents hommes tués ou blessés : c'est énorme pour le petit nombre de combattans que nous avions sur ce point.
La narration qu'on vient de lire explique assez les fautes qui furent faites le 16. Notre conduite du 17 est adssi extraordinaire.
par la canonnade qui s'était fait entendre sur son flanc droit ; que croyant les armées ennemis réunies, et craignant d'être tourné , il attendait de nouveaux ordres que lui donnerait l'Empereur en apprenant ce nouvel incident. L'Empereur le blâma d'avoir perdu huit heures , dit que ce que le maréchal prenait pour un nouvel incident existait depuis la veille , et lui réitéra l'ordre de se porter en avant des Quatre-Bras ; il reçut cet ordre à onze heures et demie ; il devait avoir pris à midi sa position. A deux heures , l'Empereur ordonna un changement de front sur Fleurus ; tout annonçait la perte de l'armée prussienne. Le comte Gérard s'étant approché de l'Empereur pour lui demander quelques instructions pour l'attaque du village de Ligny , INapoléon lui dit : « Il se peut que dans trois heures le sort de la guerre soit décidé : siîNey exécute bien ses ordres, il ne s'échappera pas un canon de l'armée prussienne ; elle est prise en flagrant délit. » Effectivement, si le maréchal Ney, ainsi qu'il en avait reçu l'ordre, se fût porté avec ses 43,000 hommes , à la pointe du jour , le 16 , en avant des Quatre- Bras, il se fût emparé de cette importante position. A midi ayant reçu les mêmes ordres que l'empereur lui réitéra de Fleurus , il marcha, mais seulement avec 20 ou 21,000 hommes, laissant en réserve, en avant de Gosselies, le !«■■ corps, la cavalerie légère du général Lefebvre-Desnouettes et une division des cuirassiers Kellermann : en tout 16,000 hommes ilinfanterie . 4,5oo hommes de cavalerie cl 64 bouches à feu. Ce ne fut qu'à trois heures qu'il aborda franchement l'ennemi qui avait la supériorité du nombre, puisque la 2^ ligne du maréchal ÎV'ey était à trois lieues en arrière. Jl en sentit le besoin, l'envoya cherchera six heures; il était
La bataille de Fleurus avait été décidément perdue par les Prussiens , quoique Wellington dise « que le maréchal Blùcher avait gardé sa position à Sombref, » ce qui ne veut pas dire qu'il l'ait gardée à Saint-Amant, à Ligny et aux moulins de Bussy où était la masse de ses forces. Le général Gneisenau est plus véridique que le général anglais , et il dit : « La bataille fut perdue mais non l'honneur , » phrase assez incom-
trop tard , elle ne pouvait arriver qu'à huit heures ; le maréchal se battit avec son intrépidité ordinaire , les troupes françaises se couvrirent de gloire , mais l'ennemi conserva sa position.
Le lendemain 17 , le maréchal >ey avait reçu l'ordre de se porter sur les Quatre-Bras et d'attaquer l'arrière-garde anglaise. Le comte de Lobau , pour favoriser cette attaque , se porte par la chaussée de Namur, sur les Quatre-Bras. Napoléon part au galop, arrive en même temps que la cavalerie du comte de Lobau , la joint au village de Marchais , et s'aperçoit en approchant de la ferme des Quatre-Bras, qu'elle est encore occupée par l'ennemi. Des officiers sont envoyés à Ney pour le presser de déboucher sur les Quatre- Bras : le combat s'engage et les troupes de la gauche ne paraissent pas encore ; l'Empereur impatienté envoie l'ordre directement aux chefs de corps. Le comte d'Erlon arriva, puis le général Reille, enfin le maréchal Ney parut. L'Empereur lui témoigna son mécontentement de tant d'incertitude , de tant de lenteurs et de ce qu'il venait de lui faire perdre trois heures bien précieuses. Le maréchal s'excusa , balbutia , dit qu'il croyait que le duc de Wellington était encore aux Quatre-Bras avec toute son armée. L'avant-garde de l'armée française n'arriva le 17 devant Waterloo qu'à six heures du soir ; on n'avait plus le temps d'attaquer. Sans de fâcheuses hésitations, elle y fût arrivée à trois heures. L'Empereur en fut très contrarié et dit en montrant le soleil : « Que ne donnerais-je pas « pour avoir aujourd'hui le pouvoir de Josué et retarder sa marche « de deux heures ! «
{Campagne de i8i5 par Napoléon. Pages 74, ?7 , 82, 83, 89, i5i , etc.) «
préhensible, à moins qu'il n'ait voulu dire que ses troupes s'étaient battues avec beaucoup de courage : assertion qui n'est pas exacte ; car la position était si belle et nous avions tellement attaqué le taureau par les cornes , que si les Prussiens s'étaient battus avec résolution , nous ne fussions pas parvenus à franchir ni peut-être même à occuper les villages de Saint- Amant et de Ligny . La perte des ennemis fut immense : on la croit décuple de la nôtre; cela s'explique par l'extrême adresse de nos tirailleurs, par l'intelligence de nos sous-orficiers, par la grande expérience des officiers particuliers. Chaque rue, chaque jardin, chaque enclos étaient des champs de bataille; là des individus luttaient contre des individus; là de petites masses se mesuraient avec des petites masses. Les paysans, étonnés de cette extrême disproportion entre les morts des deux nations, croyaient, le lendemain de l'action, que nous avions l'habitude d'emporter les nôtres pour cacher nos pertes.
Un assez grand nombre de pièces d'artillerie tombèrent dans nos mains ; pourtant nous finies peu de prisonniers ; les ombres de la nuit les sauvèrent.