DÉCLARATION AU PEUPLE FRANÇAIS
«Français î en commençant la guerre pour soutenir l'indépendance nationale , je comptais sur la réunion de tous les efforts , de toutes les volontés et sur le concours de toutes les autorités nationales; j'étais fondé à en espérer le succès , et j'avais bravé toutes les déclarations des puissances contre moi.
«Les circonstances me paraissent changées. Je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères dans leurs déclarations et n^en avoir voulu réellement qu'à ma personne ! Ma vie politique est terminée , et je proclame mon fils , sous le titre de Napoléon II, Empereur des Français.
« Les ministres formeront provisoirement le conseil du gouvernement. L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à inviter les chambres à organiser sans délai la régence par une loi.
« Unissez-vous tous pour le salut public et pour
rester une nation indépendante !
« Le 9.2 juin.
f Signé, Napoléon. »
Napoléon abdiquait en faveur seulement de son fils , et il ne restait au corps législatif qu'à s'occuper d'une loi qui organisât la régence; mais ce n'était pas ce que voulaient les hommes qui conspiraient pour l'ancienne dynastie. Ils firent croire à l'assemblée , qui
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devait encore cire égarée par eux , que la nomination de Napoléon II pourrait mettre un obstacle aux négociations qu'on allait entamer; que, le trône de France étant vacant, l'espoir de l'occuper pourrait s'emparer de quelques puissances et mettre la division entre elles ; qu'il fallait savoir si l'Autriche , qui tenait à sa disposition le fils de Napoléon , consentirait à l'envoyer en France , etc. , etc. Vainement TEmpereur répéta à plusieurs reprises au président de l'assemblée, qui lui avait été envoyé sur la proposition de Regnaud de Saint-Jean-d'Angely pour lui exprimer la reconnaissance qu'inspirait le noble sacrifice qu'il venait de faire : « Je n'ai abdiqué qu'en faveur de mon fils ; » vainement l'infortuné Labédoyère et le prince Lucien cherchèrent-ils, dans la chambre des pairs, à faire prêter serment de fidélité à Napoléon II 5 Pontécoulant et Boissy-d'Anglas , dont les vues ne pouvaient pas être douteuses, s'y opposèrent formellement; la discussion fut cependant très vive et le résultat un moment incertain. Le comte Ségur faillit entraîner l'assemblée et faire adopter une régence; mais, au moment où le général Flahaut rappelait avec force les droits de Napoléon II , M. Decrès , ce ministre si dévoué de l'Empereur , s'écria : « Napoléon II est le prince selon mon cœur; mais que notre patrie soit notre première considération ; elle est en danger, ne perdons pas un instant pour la sauver. ->•>
On eut pu répondre à M. Decrès que le sort de la patrie dépendait alors du choix des individus , et que jamais discussion n'avait mérité d'être plus approfondie ; mais on est sur avec certains mois de faire
une forte impression sur les grandes assemblées , comme avec certains cris les pasteurs arrêtent ou accélèrent la marche de leurs troupeaux.
Au lieu d'établir une régence ou un comité de régence, on nomma une commission de gouvernement de cinq membres, sous lesquels les ministres devaient continuer leurs fonctions. La chambre des représentans en désigna trois, et celle des pairs deux. Un moment on eut le projet de choisir les hommes les plus énergiques etles plus purs , et le nom de Lafayette était répété par toutes les bouches. Mais rassemblée fit la faute de croire que les intérêts donnaient pins de garanties que les vertus et que des régicides ne transigeraient jamais avec les Bourbons. L'infâme Fouché, qui avait déjà fait son traité et qui répandait par ses créatures cette opinion si fausse , fut préféré à celui qui joint le caractère de Paul-Emile à l'ame de Caton ; Carnot et Grenier furent adjoints à Fouché , et la chambre des pairs choisit Gaulaiucourt et un juge de Louis XVI , nommé Quinette.
Certes l'Empereur avait le droit de déclarer surle-champ que son abdication n'existait plus , puisqu'on n'en remplissait pas les conditions; le peuple qui se pressait sous ses croisées l'invoquait encore par ses cris, l'armée qui à chaque moment se grossissait sous les murs de Paris ne demandait pas mieux que de le reconnaître. On assure qu'il en forma le projet , qu'il voulut hasarder pour son fils ce qu'il avait dédaigné d^entreprendre pour lui-même; mais que Davoust refusa de le seconder, et qu'après lui avoir dit que lui , Davoust , appartenait à la patrie , il se rendit en hâte
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chez Fouché pour le prévenir sans doute du danger qui les menaçait.