CHAPITRE XII
La chambre des cent jours. Départ de Napoléon.
Quoique mou but ne soit pas de présenter ici un procès-verbal des séances des chambres , les discussions qui eurent lieu le 25 et les jours suivans sont tellement imposantes, elles sont liées à de si grands intérêts, elles nous offrent de si hautes leçons en nous faisant voir la facilité avec laquelle quelques intrigans peuvent paralyser ou tromper le grand nombre , que j'entrerai dans les détails les plus importans , que je rapporterai les discours quifirentle plus d'impression. Cette assemblée, on ne saurait trop le répéter, était composée, presqu'en entier, d'hommes éclairés et courageux; Tamour de la liberté et la haine du despotisme l'animaient. Cependant on doit la regarder comme la principale cause des malheurs de la France. On la vit parler avec audace et agir avec hésitation , perdre dans des discussions abstraites un temps que réclamaient des déterminations vigoureuses, renverser Napoléon par peur d'être dissoute, ne pas reconnaître son fils par crainte de déplaire aux puis-
sances alliées, et ne montrer un grand courage qu'au moment où elle délibérait sous les baïonnettes étrangères j semblable à ces malheureux qui , tremblans de loin à l'idée de la mort , l'envisagent sans pâlir quand il n'y a plus d'espoir et la reçoivent, quand elle les frappe , avec une tranquillité dont on ne les aurait pas crus capables.
La chambre des représentans se réunit le 23 à onze heures et demie ; il y avait parmi eux des hommes qu'on ne pouvait ni aveugler ni séduire. Defermont, déjà proscrit sous Robespierre, et qui depuis le fut par les Bourbons , était de ce petit nombre ; il monta à la tribune et fit voir la nécessité de proclamer Napoléon II, ne fût-ce que pour détruire le bruit qui courait parmi le peuple que les représentans attendaient Louis XVIII. A ce nom toute l'assemblée se lève avec indignation : Non , non ! point de Bourbons ! vive l'Empereur ! s'écrièrent tous les membres. Boulay succéda à Defermont et parla avec la même force. Le parti de Fouché était culbuté si on avait délibéré; il fallait gagner du temps, M. Perrière demanda l'ajournement. « Attendrons-nous que Wellington soit à nos portes? » lui répondit Regnaud qui , dans un discours éloquent, prouva qu'il fallait présenter à l'armée un nom ostensible et positif, qu'il en fallait aussi un au nom duquel les négociateurs pussent parler aux puissances.
M. Dupin lui succéda, et, ne dissimulant pas sa pensée , comme l'avaient fait tous ceux qui avaient parlé dans son sens, il s'opposa au choix d'un enfant dont on ne pouvait pas espérer ce que le père n'avait pu
faire. « On demande, ajouta-t-il, au nom de qui l'on se battra? On se battra au nom de la nation. C'est au nom de la nation que nos négociateurs parleront, et c'est la nation qui décidera à quel souverain elle veut confier le soin de la gouverner. »
Pour appuyer cette opinion , M. Bigonnet lut l'article du traité de 1814 , qui exclut du trône Napoléon et sa famille. Pourquoi ne lisait-il pas celui qui rétablissait les Bourbons? Alors M. Manuel, montant à la tribune , captiva toute l'attention de l'assemblée par ces paroles éloquentes :
« Nous avons fait bier un acte important; nous avons pris une mesure décisive, mais l'esl-elle assez? je ne le crois pas. Nous avons un gouvernement; il le fallait pour donner la vie à nos opérations ; mais ce gouvernement doit-il agir au nom d'une puissance, au nom de la nation? Oui, sans doute , c'est au nom de la nation que nous combattrons pour le maintien de notre liberté et de notre indépendance ; c'est pour la nation que les pères et les fils redoubleront de sacrifices et de courage : mais , au sein de ce grand peuple agité par tant de mouvemens divers, en proie à tant d'intérêts opposés, livré à tant de souvenirs, à tant d'espérances diverses , peut-on dire qu'il n'y a qu'une opinion, un désir, un parti?
« Certes, s'il n'y avait qu'une opinion, l'objection serait sans réplique et la nation combattrait pour la nation. Si personne ne rêvait le retour des Bourbons, si tous les intérêts étaient sacrifiés à la patrie, s'il n'existait personne attaché à de vaines dignités et jaloux de conserver ou de reprendre de vains titres,
alors il n'y aurait qu'un seul intérêt , un seul désir. «
L'orateur examine ensuite les divers partis qui divisent la France. « Celui des républicains n'est qu'une chimère ; celui d'Orléans , quoiqu'il promette plus de chances pour la liberté et le bonheur du peuple, ne réunit pas l'assentiment du grand nombre. Le seul vraiment à craindre est celui des royalistes, et aussi n'y a-t-il dans l'assemblée qu'un désir, qu'un sentiment pour repousser ce parti qui réserve un si malheureux sort à la France. «
Après avoir donné des développemens lumineux à ridée de se rallier autour d'un gouvernement fixe et déterminé, M. Manuel proposa le décret suivant :
« La chambre des représentans , délibérant sur les différentes propositions mentionnées dans le procès-verbal, passe à l'ordre du jour par les motifs suivans : l'^ parce que Napoléon II est devenu Empereur des Français par le fait de l'abdication de Napoléon 1er et en vertu des constitutions de l'empire j 2° parce que les deux chambres ont voulu et entendu par leurs résolutions d'hier, portant nomination d'un gouvernement provisoire , assurer à la nation française les garanties nécessaires, dans les circonstances, à sa liberté et à son repos , au moyen d'une administration investie de la confiance du peuple. «
Cette proposition fut adoptée avec une unanimité qui ne laissa aucun doute qu'elle n'eût été concertée avec le président actuel du gouvernement qui avait trompé la confiance de M. Manuel. On condamnait en effet au silence ceux qui avaient invoqué le nom de Napoléon II en paraissant leur avoir accordé leur
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demande, et d'un autre côté on conservait un gouvernement qui n'agissait pas en son nom. Cet article était de la diplomatie. On dut s'en convaincre au moment même, puisqu'au milieu des cris répétés par les tribunes de vive l'Empereur ! on rejeta la demande que fit un membre d'obliger la commission à prêter serment de fidélité à Napoléon II.
La chambre des pairs adopta, sur la motion de M. Thibaudeau, la proposition de M. Manuel, et le même jour la commission du gouvernement présidée par le duc d'Otrante commença ses fonctions. Davoust fut nommé commandant de l'armée, Masséna chef de la garde nationale , Bignon ministre provisoire des affaires étrangères, Pelet de la Lozère à la police. Le 24 une proclamation fut affichée dans tout Paris : on y annonçait « que les plénipotentiaires étaient partis pour traiter au nom de la nation et négocier avec les puissances de l'Europe cette paix qu'elles avaient promise à une condition qui était aujourd'hui remplie.
« Le monde entier va être attentif comme vous , et leur réponse fera connaître si la justice et les promesses sont quelque chose sur la terre.
« Soyez unis du nord de la France aux Pyrénées , de la Vendée à Marseille ! Quel homme né sur le sol de la France pourrait ne pas se ranger sous le drapeau national pour défendre l'indépendance de la patrie?
« L'Empereur s'est offert en sacrifice en abdiquant. Les membres du gouvernement se dévouent en acceptant de vos représentans les rênes de l'état.
« Signé , le duc d'Otrante, président. «
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Quel dévouement que celui de M. Fouché! Les commissaires envoyés étaient MM. Lafayette , Sébastiani , d'Argenson, Pontécoulant et Laforest. M. Benjamin Constant les accompagnait en qualité de secrétaire. Avant de lessuivre dans leur inutile mission, jetons un coup d'œil sur la position de l'armée, sur Tesprit quiTanimaitetsur les moyens qu'avait encore le gouvernement pour appuyer ses négociations et faire respecter l'indépendance nationale.
Le funeste vertige qui avait ramené l'Empereur dans sa capitale semblait avoir saisi la plupart des chefs de l'armée , et on ne sait comment expliquer l'arrivée à Paris du maréchal Ney , au moment où il aurait dû rallier sur la Sambre ou sur l'Oise les 1^'' et 2<^ corps qui avaient été mis sous ses ordres. On est plus étonné encore de l'entendre , dans la séance des pairs du 22 juin , interrompre la lecture d'une lettre du ministre de la guerre et s'écrier : « C'est faux, de toute fausseté ! Le maréchal Grouchy et le duc de Dalmatie ne sauraient rassembler soixante-dix mille hommes : ce nombre ne peut pas être réuni. Le maréchal Grouchy n'a pu rallier pour sa part que sept à huit mille hommes , et le duc de Dalmatie n'a pu tenir à Rocroi. Vous n'avez pas d'autre moyen de sauver la patrie que les négociations ! »
Le maréchal Ney voulait-il excuser ainsi son abandon de l'armée , ou croyait-il le mal aussi irréparable qu'il le disait ? Quoi qu'il en soit , ces paroles glacèrent tous les esprits. Qui pouvait conserver quelques espérances , quand un homme comme le maréchal Ney désespérait du salut de la patrie? Ces alarmes
cependant étaient exagérées. Le mal était grand sans doute; mais il n'était pas sans remède. Les soldats n'écoutant que leur intelligence particulière , intelligence qui nous a valu le gain de plus d'une bataille , s'étaient tirés eux-mêmes d'une position où toute manœuvre eût été inutile. Les officiers des corps , ces officiers qui ne manquent jamais à leurs devoirs , avaient fait ce que les chefs auraient dû faire. A chaque instant les régimens se grossissaient d'hommes qu'on croyait morts ou prisonniers de guerre 5 et on vit avec étonnement qu'une armée , que certains hommes disaient détruite, existait presque entière. Les soldats du train avaient, il est vrai , abandonné les pièces et les caissons; mais ils avaient amené les chevaux harnachés, et nous avions assez de matériel pour réparer les pertes.
Nous avons laissé l'armée commandée par Grouchy, le 26, près de Soissons. Le 27 elle se porta à La Ferté- Milon : cette marche se fit sans ordre, fut mal éclairée par la cavalerie légère sous les ordres du général Pajol, qui perdit seize pièces d'artillerie dans le défilé de A^illers-Cotterets. On avait d'ailleurs trop divisé les troupes du 3« corps qui se trouvaient à Verte-Feuille, à Soissons et à plusieurs lieues plus loin , pour y prendre des vivres. Le 28 , l'armée se mit en marche pour Sainte-Maure en passant par Prax. Ce détour fatigua beaucoup les troupes qui n'y arrivèrent que le 29, à 3 heures du matin ; il fallut s'y arrêter jusqu'à midi pour y rallier les corps , et on ne passa la rivière qu'à deux heures pour aller occuper Mont- Rouge.
On se demandera sans doute pourquoi cette marche tortueuse? Pourquoi ne pas s^être porté de Réthel ou de Reims sur Paris , puisque Paris était le seul point qu'il fallait défendre ? De cette manière , les deux rives de la Seine auraient été occupées, et l'ennemi se serait vu forcé d'exécuter un passage de vive force. Si nous ne connaissions pas le caractère probe et loyal du maréchal Grouchy, si les honorables persécutions auxquelles il fut en butte ne détruisaient jusqu'à l'idée de tout soupçon, on pourrait peut-être chercher les causes de ce retard, qui pouvait être si préjudiciable , dans les intrigues du chef du gouvernement et dans les insinuations de quelques traîtres. On ne doit pas passer sous silence que le général Sénécal, son chef d'état-major , homme sans talent, mais non pas sans astuce, s'était rendu le 28 près de Meaux, avec un officier prussien, aux avant-postes du général Excelmans, pour l'engager à rester derrière la Somme et à ne pas marcher sur Paris. Ce ne fut qu'avec peine qu'on le sauva de la juste fureur des soldats; mais, envoyé à Paris, il y fut mis en liberté.
Les troupes qui s'étaient trouvées à la bataille de Waterloo avaient devancé celles que commandait Grouchy, et il y avait alors sous Paris une armée de quatre-vingt-six mille hommes dont plus de vingt mille de cavalerie et une artillerie de plus de cinq cents pièces attelées. Les fédérés qu'on nomma tirailleurs de la garde nationale, demandèrent des armes, une partie de cette garde nationale même ne respirait que les combats, et dans les départemens voisins tout était en mouvement pour défendre la capitale menacée.
Voici de quels corps se composait Tarmée que nous avons portée à quatre-vingt-six mille hommes présens sous les armes :
r>e et 4« corps arrivés avec le m^' Grouchy, 40,000 h.
1er et 2e venus de Waterloo 28,000
Garde impériale 10,000
Bataillons tirés des dépôts voisins 8,000
Total. . . 86,000
De grands travaux avaient été exécutés aux environs de Paris. Ils se liaient par la droite à Vincennes et par la gauche à Chaillot , couvrant ainsi la rive droite de la Seine. Le centre était au canal de POurcq j en première ligne Saint-Denis, Aubervilliers et la digue du canal qui joint Saint-Denis à la Villette ; ces points emportés , on rencontrait Monceaux , Montmartre , les hauteurs de Belleville , de Ménilmontant et la butte Saint-Chaumont qu'on avait chargés d'ouvrages.
La rive gauche était négligée : quelques lignes étaient à peine tracées dans la plaine de Mont-Rouge. Quel était le but de l'Empereur? le temps lui avait-il manqué pour fortifier cette partie , ou voulait-il engager l'ennemi à passer sur la rive gauche de la Seine , pour livrer la bataille sous les murs de Paris?
On voit quels immenses moyens nous avions pour combattre 5 mais la trahison devait rendre inutiles et les bras de tant de braves qui n'attendaient que le signal , et le patriotisme des représentans . et l'enthousiasme de la nation.
Des députés avaient été envoyés , comme nous
Tavons dit , au quartier-général des puissances alliées ; etle 27, d'autres députés, Andréossy, Boissy-d'Anglas, Flaugergues , Valence et de la Bernardière se rendirent au quartier-général de Wellington pour tâcher, disait-on , de conclure un armistice ; ils étaient porteurs d'une lettre très digne où Fouché disait au général anglais :
« La nation française veut vivre sous un monarque ; elle veut aussi que ce monarque règne sous l'empire des lois.
Cl La république nous a fait connaître tout ce qu'ont de funeste les excès du pouvoir. Notre vœu , et il est immuable, est de trouver à égale distance de ces excès, l'indépendance , l'ordre et la paix de l'Europe. Tous les regards en France sont fixés sur la constitution anglaise: nous ne prétendons pas être plus libres, mais nous ne consentirons pas à l'être moins.
tt Les représentans du peuple français travaillent à son pacte social. Les pouvoirs seront séparés, mais non pas divisés.
« Nul homme en ce moment ne peut aussi puissamment que vous concourir à mettre l'humanité tout entière sous un meilleur génie et dans une meilleure condition. «
Ces belles phrases n'arrêtèrent pas Wellington , à qui l'on faisait peut-être des instances secrètes pour prévenir devant Paris l'arrivée du corps de Grouchy, arrivée dont on doutait encore , et pour empêcher l'effet de l'ambassade solennelle envoyée aux souverains. Sans ces sollicitations, le général anglais aurait-il osé, en effet, violer aussi ouvertement les
déclarations faites par les souverains alliés, qu'ils n'en voulaient qu'à Napoléon 5 aurait-il osé se mettre en opposition avec lord Castlereagh , qui venait de proclamer en plein parlement que l'Angleterre ne faisait la guerre qu'à Napoléon , et qu'elle ne prétendait pas donner à la France telle ou telle forme de gouvernement ? Non seulement Napoléon avait abdiqué ; mais , malgré la délibération que la chambre avait prise sur la proposition de M. Manuel, le nom de Napoléon II ne se trouvait même plus sur les actes du gouvernement , et un décret de la commission avait décidé , dès le 26 juin , que ces actes seraient au nom du peuple français. Ainsi rien ne justifie le mouvement de Wellington , qui , trompé sans doute par le discours du maréchal Ney, s'avançait vers la capitale , où il croyait n'avoir aucun ennemi à combattre.
La position des conspirateurs devint alors embarrassante. On était bien parvenu à renverser Napoléon par le secours des chambres , mais les chambres ne voulaient pas le retour des Bourbons; et la marche de Wellington , qu'elles croyaient devoir s'arrêter à la seule nouvelle de l'abdication de l'Empereur, commençait à leur donner des inquiétudes sur les projets des puissances alliées. D'un autre côté, M. Otto, envoyé en mission près du gouvernement anglais, était à Boulogne, où il ne recevait pas de passeport. Quatrevingt-cinq mille hommes , auxquels se réunissaient quinze ou vingt mille fédérés , demandaient à grands cris d'expier sous les murs de Paris la honte de AVaterloo.Une résolution généreuse pouvait tout sauver: il fallut la prévenir.
Napoléon , s'abandounant comme une victime dévouée . était encore à la Malmaison , d'où il aurait dû partir le 22 , dix minutes après son abdication , pour aller s'embarquer à Lorient ou à Rochefort ; il aurait ainsi échappé aux ennemis , et ce n'était pas ce qu'on voulait. Il se laissa endormir, ou par l'espérance que les chambres le remettraient à la tête des armées , ou par la promesse d'un passeport et d'un sauf-conduit pour aller en Amérique ; mais , le 28 , lord Wellington écrivit « qu'il n'était pas autorisé par son gouvernement à satisfaire à cette demande. » Sans doute les dispositions étaient prises pour bloquer les ports 5 on pressa alors Napoléon de partir 5 on lui fit craindre de tomber entre les mains des ennemis qui s'avançaient , et le général Becker, chargé de pourvoir à la siireté de sa personne et de l'accompagner, écrivit, le 29 au soir, à la commission du gouvernement , que l'Empereur allait monter en voiture , « en faisant des vœux pour le rétablissement de la paix et la prospérité de la France. »
Déjà le 25 , Napoléon avait fait ses adieux aux braves de l'armée sous Paris : « Soldats ! leur disait-il , en obéissant à la nécessité qui m'éloigne de la brave armée française, j'emporte l'heureuse certitude qu'elle justifiera par l'éminent service que la patrie attend d'elle, les éloges que nos ennemis mêmes n'ont pu lui refuser.
« Soldats , je suivrai vos démarches quoique absent. Je connais tous les corps , et pas un d'eux ne remportera un avantage signalé sur l'ennemi que je ne lui tienne compte de la bravoure qu'il aura déployée. On
liO ESSAI HISTORIQUE
nous a calomniés vous et moi. Des hommes peu faits pour apprécier nos travaux ont vu dans les marques d'attachement que vous m'avez données un zèle dont j'étais le seul objet : que vos succès futurs leur apprennent que c'était la patrie surtout que vous serviez en m'obéissant , et que , si j'ai quelque part à vos affections, je le dois à mon ardent amour pour la France , notre mère commune.
a Soldats, encore quelques efforts et la coalition est dissoute. Napoléon vous reconnaîtra aux coups que vous allez porter : sauvez l'honneur, l'indépendance des Français. Soyez jusqu'à la fin ces hommes que j'ai connus depuis vingt ans , et vous serez invincibles ! »
Telles furent les dernières paroles que Napoléon fit entendre à son armée : le Moniteur ne les inséra même pas, tant on craignait tout ce qui venait du monarque détrôné. On sait comme il s'achemina vers Rochefort , comme , ne voulant pas courir les hasards d'être fait prisonnier , il s'abandonna à la loyauté anglaise , se comparant à Thémistocle qui alla s'asseoir au foyer de son ennemi. Mais l'honneur d'un despote asiatique offrait une garantie plus sûre que les lois tant vantées de la Grande-Bretagne. Ainsi , par un concours d'événemens qui humilie et désespère tout ce qui a le cœur français , celui qui avait vaincu toute l'Europe se laissa terrasser par les Anglais , et mit le soeau à sa honte en se livrant à ces mêmes Anglais. Sept années de tourmens et une mort douloureuse ont expié ce crime de sa confiance ! Le malheureux croyait peut-être que celui qui se dit son vainqueur imiterait
Paul-Emile, menaçant le sénat romain du courroux des dieux , s'il n'adoucissait pas le sort de Persée !