MARQ^* DE RAI&ECOURT ET MARQ^*' DE BOMBELLES
lesacrifice, même foi religieuse, même soumission devant les impénétrables décrets de la Providence.
La grandeur de la résignation égale, chez ces âmes chrétiennes, l'horreur des catastrophes. A la nouvelle de l'arrestation de la famille royale i'i Varennes, Madame deBombelles écrit de Stuttgard, le 50 juin 17Q1, à Madame de Raigecourt :
« Dieu enfin Ta voulu ainsi, ma pauvre petite; baissons la tête ! Je suis d'une inquiétude mortelle de Tarrivée à Paris. Je crains bien que le peuple ne se soit jeté sur la reine et ne l'ait massacrée... Le courage de notre princesse (Madame Elisabeth) ne m'ctonne pas: il est puisé dans la religion, et elle seule peut calmer des douleurs aussi aiguës. Mon Dieu ! que va-t-elle devenir? Pourra-t-elle au moins voir ses amis? J'en doute; s'il m'était possible de la voir, ne fût-ce qu'un moment, ce serait un grand adoucissement à mes maux. Mon mari est à Sbleure, où je ne serais pas étonnée qu'il mourût de chagrin et de désespoir... Ma santé se trouve mal de nos désastres; j'ai des maux de tête fous et, snns le secours de Dieu, je crois que je deviendrais folle... »
Le 4 février 179?, elle écrit de Wartegg à M. de Raigecourt:
« Rien ne peut égaler notre douleur, mon cher marquis, que celle que vous éprouvez. La mort de notre infortuné maître nous remplit d'amertume et d'effroi, et mon pauvre mari et moi ne cessons de le pleurer du fond de notre cœur; mais en même temps, cependant, l'héroïsme, la douceur, la piété de cet excellent prince, sont pour nous une véritable consolation. Nous l'invoquons avec confiance comme un saint, et l'exemple admirable qu'il nous a donné en mourant doit être notre guide, notre soutien dans les malheurs qui succéderont
peut-être encore à tous ceux que nous éprouvons
« La Gazette de Berne dit que ces barbares veulent faire périr la reine et notre princesse, etque h procès de
cette dernière se fondera sur les preuves qu'ils ont qu'elle a fait passer ses diamants aux princes ses frères (i). La tête m'en tourne; je dis à Dieu : Que votre volonté soit faite ! mais, hélas ! mon sacrifice est bien imparfait. Je gémis et pleure, et me tourmente surtout de mon inutilité dans une circonstance où je voudrais lui sauver la vie aux dépens de la mienne; prions, prions sans cesse; la Providence se laissera enfin fléchir. »
De tels accents, si déchirants et si généreux, éclatent à chaque page de cette correspondance, toute pleine d*ailleurs de détails intéressants, de faits nouveaux dont l'histoire devra faire son profit. L'éditeur de ces lettres les à collationnées avec un soin attentif, les accompagnant, chaque fois qu'il en était besoin, de notes sobres ei précises (2). La plupart du temps, dans les originaux, les noms propres ne sont indiqués que par des initiales. Partout le nom véritable a été rétabli. Des tables très détaillées facilitent les recherches. Une excellente /nfroliaction ouvre le volume et prépare le lecteur à Tinf diligence des documents qu'elle précède. La Correspondance du marquis et de la marquise de Raigecourt iipec le marquis et la marquise de Bombelles est donc, de tous points, digne de prendre place à la suite de ^ces deux beaux livres : V Histoire de Madame Elisabeth, par M. de Beauchesne, et V Histoire de Marie-Antoinette par M. Maxime de la Rocheterie.
2] septembre 1892.
(i) Ce fut en effet Tud des chefs d'accusation formulés contre Ma> <bfne Elisabeth Tannée suivante.
(2) Je signale à M. de la Rocheterie deux légères corrections à faire, liages 396 et 445. C'est à Vihiers (Maine-et-Loire) et non à Viliers, que Santerre fut battu, le 18 juillet 1793, par les Vendéens.— Page 43 », je lis ; André Cheni r, député. André Chénier n'a aucun droit à ce titre. Le grand poke n'a mérité
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.