MARQ" DE RAIGECOURT ET MARQ^® DE BOMBELLES
du baron, alors fixé à Soleure,qui avait déterminé M. de Borabelles, en avril 1791, à s'établir au château de Wartegg. Comme l'ancien ambassadeur de France à Vienne, l'ancien ambassadeur à Venise est donc l'homme du roi et de la reine; il est un des rares confidents du projet d'évasion qui échoua si tristement à Varennes. Dès le début, il agit près du comte d'Artois comme modérateur ; plus tard, tenu en suspicion par le prince, il n'ose pas venir à Coblentz, et c'est près des puissances étrangères qu'il reporte son action; il est chargé par M. de Breteuil de missions diplomatiques près des diverses cours, et plus particulièrement près de la cour de Russie; là il se rencontre et ne peut s'entendre avec l'agent des princes, le comte Esterhazy. La marquise de Bombelles, sans être initiée à toutes les négociations de son mari, est cependant- en quelque sorte le reflet de sa pensée ; si elle a quelque penchant pour le comte d'Artois, elle professe, en revanche, un grand éloignement pour son entourage et peu de sympathie pour le prince de Condé. En politique, elle est pour les réformes modérées; elle ne va pas, en fait de concessions, aussi loin que Lous XVI et peut-être même que Marie-Antoinette ; mais elle repousse énergiquement tout soupçon de retour à l'ancien régime; la Déclaration du 2} juin 1789 , voilà son idéal. Dans la correspondance que contient le volume de M. de la Rocheterie, le marquis et la marquise de Bombelles représentent donc plus particulièrement, quoique avec des divergences de vues , ce que le savant éditeur nomme le courant des Tuileries, le parti du roi et de la reine.
M. de Bombelles était un diplomate. Le marquis de Raigecourt est surtout un soldat. Il avait servi d'abord dans l'artillerie, puis dans Royal-Allemand. Après avoir conduit sa temme à Trêves, il part immédiatement pour Turin, où le comte d'Artois cherchait à organiser quelque chose et à donner la m:\in aux mécontents de
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France. Il a mis sa foi au service des princes ; il les suivra partout où il voudront le mener. C'est par l'épée, ce n'est pas par la diplomatie qu'il prétend combattre la Révolution. Femme d'imagination et de premier mouvement, nature essentiellement dévouée, avec un cœur plein de chaleur et une tête ardente, la marquise de Raigecourt est de cœur, de sentiments et d'idées avec son mari. Tous deux représentent donc le parti des princes dans ce qu'il a de meilleur. Ils n'en partagent pas tous les préjugés ni toutes les illusions ; ils n'en adoptent pas toutes les préventions et tous les projets ; mais ils en suivent intrépidement la destinée. Il arrive à M. de Raigecourt, esprit habituellement juste et toujours modéré, d'être parfois sévère pour certains actes et certains personnages de son parti; mais ses jugements et sa clairvoyance n'altèrent en rien sa fidélité. Il voit et déplore le peu de moyens des princes et les conseils téméraires qui les poussent « à taire un coup de tête, sauf, lorsque nous nous serons jetés dans la nasse, à faire comme les enfants et à crier au secours. » Mais que le coup de tête se fasse, Raigecourt sera là ; il oubliera ses plaintes et ses sombres prévisions pour suivre, sans hésiter, ses chefs et partager leurs périls.
On le voit, les documents recueillis par M. de la Rocheterie présentent un vif intérêt historique. La double correspondance du marquis et de la marquise de Raigecourt, du marquis et de la marquise de Bombelles nous montre l'émigration sous ses deux faces. Nous avons les deux cloches et nous entendons les deux sons. Sur un point d'ailleurs le son est le même. Un lien commun unit ces cœurs dévoués et ne se relâche jamais. La diversité de vues ne va pas chez eux sans une admirable communauté de sentiments; même attachement à Madame Elisabeth, même dévouement à la monarchie, mêmes émotions et mêmes douleurs à la vue des maux de la France, même générosité et même héroïsme dans