‹ Mémoires et souvenirs (volume 2)Chapitre 12 sur 30 · LE GENERAL POIRIER DE BEAUVAIS 4I · texte numérisé non relu

LE GENERAL POIRIER DE BEAUVAIS 4I

Je vois bien qu'en eflet

On vous donne ici la victoire :

Mais l'ouvrier vous a déçus ;

Il avait liberté de feindre.

Avec plus de raison nous aurions le dessus

Si mes confrères savaient peindre.

Plus sont rares les Mémoires sur la Vendée, plus nous devons attacher de prix à ceux qui paraissent de loin en loin. M. C. de la Chanonieamisau jour en 1891 les Mémoires politiques et militaires du général Tercier(ï). Les Souvenirs de la comtesse de la Bouè're (179 3- 1796) ont paru également en 1891, publiés par Madame la comtesse de la Bouëre, belle-fille de l'auteur (2). Cette année, Madame de la Bouëre nous donne les Mémoires inédits de Bertrand Poirier de Beauvais, commandant général de V artillerie des armées de la Vendée.

Né à Richelieu le 19 novembre 1750, Poirier de Beauvais était conseiller du roi en son grand-conseil à Paris, depuis 1777. 11 quitta la France au mois d'août 1791, mais pour y rentrer dès le printemps de 1792, chargé d'une mission des princes. Après la mort du roi, son père, homme de loi à Chinon, fut jeté en prison et n'en sortit que pour marcher à l'échafaud (5). Lui-même fut un instant privé de la liberté. Le 10 juin 1793, trois mois après le commencement de l'insur-

(1) Un vol. in-8. PIod, Nourrit etCie.

(2) Un vol. in-8. Pion, Nourrit et Cie, éditeurs.

(3)11 fut guillotiné le 13 novembre 1793.— H. Wallon, Histoiic du Tribunal révolutionnaire de Paris, tome II, p. 79.

rection vendéenne, — elle avait éclaté le lo mars, — il rejoignit Tarmée royaliste à Saumur, le jour de la prise de cette ville.

M. de Beauvais se signala bientôt par la sagesse de ses conseils non moins que par l'éclat de son courage, et il eut vite fait de prendre rang parmi les chefs. Les Vendéens avaient commencé la lutte avec des fusils de chasse et des butons. Trois mois de succès presque ininterrompus avaient fait tomber entre leurs mains un assez grand nombre de canons. Us avaient maintenant une artillerie. Le moment était venu de l'organiser. On en forma trois divisions, placées sous le commandement général de Bernard de Marigny. La seconde de ces divisions fut donnée à la Marsonnière, et la troisième à Odaly; Poirier de Beauvais fut commandant de la première.

11 ne quittera plus la grande armée jusqu'à la fin. Il assiste à la prise d'Angers, à l'attaque de Nantes, aux combats de Châtillon, de Luçon, de Chantonnay, d'Erigné, de Coron, de Saint-Lambert, de Torfou, de Montaigu, de Saint-Fulgent et de Cholet. Après le passage de la Loire, qui eut lieu malgré ses avis (18 octobre 1/9^), il suit l'armée dans sa longue tournée à travers la Bretagne, la Normandie et le Maine, la tournée de Galerne (i), comme l'appelaient les Vendéens. Il est à la prise de Laval, aux combats de la Croix de Bataille, d'Ernée, de Fougères, au siège de Granville, aux trois batailles de Pontorson et d' Antrain, à la défaite du Mans. Le 16 décembre, les débris de l'armée sont à Ancenis, prêts à repasser la Loire. S'il faut mourir, ils mourront du moins en Vendée. Déjà Henri de La Rochejaquelein, escorté de Stofflet, de la ViUe-Baugé et de Langerie, a traversé le fleuve, afin de s'assurer de la rive gauche. Mais l'arrivée de Westermann a rendu

(i) Galerne, Nord.

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