LE GÉNÉKAL POIRIER DE BEAUVAIS
à Belleville, Beauvais est reconnu comme commandant de rartillerie des trois armées royalistes. Le brevet lui en est déhvré le i6 juin 1794. A partir de cette époque jusqu'à la pacification (2 mai 1795"), on le trouve tantôt à l'une de ces arméer, tantôt à Tautre, assistant à toutes les affaires, se battant tour à tour aux côtés de Stofflet, de Sapinaud ou de Charette. Ce n'est plus sans doute la grande guerre de 93, celle des Lescure, des Bonchamps, des d'Elbée, des La Rochejaquelein ; ce ne sont plus ces grands chocs où se heurtent des armées de soixante mille hommes ; mais si les champs de bataille sont moins éclatants, l'héroïsme n'a pas diminué. Les résultats obtenus ne laissèrent pas d'ailleurs d'être considérables. Les républicains furent forcés d'évacuer successivement les différents postes qu'ils occupaient dans l'intérieur du pays. Au commencement de juin, il ne leur restait plus que Montaigu, aux portes de Nantes. Vers la fin de 1794, les choses avaient pris une telle tournure, que Beauvais a pu dire, dans ses Mémoires :
La sécurité était devenue si grande dans la Vendée que les foires et marchés existaient comme avant la guerre, sur les débris d^s villes et des bourgs dans lesquels ils avaient coutume de se tenir.
Instruits que des patriotes pro6taient de ces foires pour se mêler aux royalistes afin de les espionner, nous fûmes obligés de les défendre.
Toutes choses commençaient à se faire avec une espèce d'ordre, et déjà la justice se rendait au nom du roi Louis XVII. La tranquillité était telle que nous en étions étonnés, car on ne cherchait plus à nous inquiéter...
Il est certain que^ vers la fin de 1794» ce même pays qui, son opinion à part, avait été forcé de se remettre sous les armes^ était plus tranquille du côté de ses ennemis qu'il ne Tavait jamais été. C'est la vérité la plus exacte que déjà des manufactures reparaissaient dans les villes, les bourgs et les campagnes, où, à 'aide de quelques soins, on était parvenu à se mettre à l'abri des injures de Tair.
Ainsi Ton fabriquait des étoffes de différentes façons, des mouchoirs, des toiles, linons, batistes, boutons à fleurs de lys, etc. Mieux que tout cel 1 : des moulins fabriquaient tranquillement de la poudre, des ateliers de salpêtre étaient établis à Châtillon, Saint-Aubin, Chalonnes^ Saint-Florent (i).
Au mois de janvier 179J, la République fit aux Vendéens des propositions de paix. Les négociateurs des deux partis se réunirent au château de la Jaunaie, situé à une lieue de Nantes. Dans les conférences, qui durèrentplusieursjours,Beauvais opina avec force pour la continuation des hostilités. StofHet partageant sa manière de voir, l'armée du Centre et celle de Çharette signèrentseules la paix(i7 février 179c). L'armée d'Anjou refusa d y adhérer. Réduite à ses seules forces, seule désormais à tenir tète à toutes les armées républicaines, sa situation était désespérée. Ses derniers jours ne furent pas du moins sans gloire. Deux fois encore elle fut victorieuse, à Chalonnes et sur les bords de la rivière du Layon. Elle fut enfin écrasée à Saint-Florent. C'est là qu'elle perdit le dernier canon qui lui restât encore.
€ Nous voulûmes alors, dit Beauvais, atteler notre pièce ; mais comme elle était exposée à tout le feu de la ligne ennemie, plusieurs canonniers avaient été blessés ainsi qu'une partie des cheveaux de trait, malgré leur éloignement, et Ton ne put agir avec assez de promptitude.
€ Un canonnier qui tenait un affût sur son épaule le laissa tomber.
— Je suis blessé, dit-il.
€ Il venait de recevoir une balle à l'épaule.
€ Les républicains alors arrivèrent de tous côtés, se dirigeant sur la pièce : c'était à qui aurait l'honneur de la prendre. Nous fûmes donc obligés de nous retirer, et nous n'étions pas hors du champ que les soldats répu-
(I) Mémoires..,, p. 363.