PRÉFACE UT
un jour si médiocrement de son bouclier : parmula non benerelictaMieux vaut rappeler le mot de Cervantes , le glorieux mutilé de Lépante : <nNunca la lania embotô la pluma. iamdiis la lance n'émoussa la plume.)^ Après cela, que les soldats, quand ils écrivent leurs Mémoires, soient tous plus ou moins gascons ; que Marbot etThiébauIt, par exemple, le soient jus* qu'aux moelles, sans avoir, comme le brave Montluc, Texcuse d'être nés au cœur même de la Gascogne, je n'ai nulle envie d'en disconvenir. Mais c'est Jeur affaire, et non la nôtre. Ceux-là non plus ne sont pas toujours exacts, qui, hommes d'Etat, ministres, ambassadeurs,courtisans,philosophes,acadé- . miciens, ont, eux aussi, composé des M émoires. Tou^ d'ailleurs rachètent ce défaut, sans doute inévitable, par deprécieux avantages. Lorsque parut,sous la Restauration, la Collection des Mémoires relatifs à l^histoire de France, depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu'au commencement du dix-septième siècle ( [), un spirituel et judicieux critique, l'abbé de Feletz, ne manqua pas de faire, à ce sujet, une remarque qui, pour être aujourd'hui vieille de plus de cinquante ans, n'en demeure pas moins juste et vraie : « Tous ceux, disait-il, qui lisent quelques-uns des
(ï) Cette collection, publiée de 1819 à 1829, forme 130 rolumes in*octàvo>
tV PRÉFACE
nombreux Mémoires écrits sur notre historre, sont enchantés de cette lecture... Ce n'est pas que ces guides soient toujours bien sûrs, mais ils se trompent plutôt qu'ils ne veulent nous tromper ; ils ont leurs préventions, mais ils ne les déguisent point ; leurs passions, mais ils les montrent à découvert ; ils n'emploient pas, pour les masquer, toutes les ressources d*uae logique astucieuse et d'une dialectique sophistique; il y a de la candeur dans leurs préjugés, de la bonne foi jusque dans leurs erreurs; de sorte que, même en s'égarant, ils n'égarent pa^ leurs lecteurs (i). »
Vers le même temps où MM. Petitot et Monmerqué publiaient leur collection, M. François Barrière en entreprenait une autre, comprenant les Mémoires relatifs à l'histoire de France pendant le XVI U^ siècle et plus particulièrement pendant la Révolution. Ils offraient, les derniers surtout, un intérêt d'autant plus vif que les faits dont ils parlaient étaient de date plus récente et que leur caractère était plusdramatiqne. L'éditeur aurait pu leur donner pour épigraphe cette parole de Cicéron : S'il est triste d'être le témoin de certaines époquesorageuses et tragiques, il est agréable d'en lire l'histoire féconde
(n Miianies de philosophie, d'histoire et de littérature, par Ch.-M, de Fddi, T. IV, p. 198.